"C'est le système mystico-philosophique de Martinez Pasqualis,
repris et modifié plus tard par son disciple Saint-Martin, le
/philosophe inconnu/, Martinez prétendait trouver dans la Cabale juive
la science révélatrice de Dieu et des intelligences créées par lui.
D'accord sur certains points avec la tradition chrétienne, il s'en
séparait par la croyance à un état élémentaire de la nature avant la
création divine. Cazotte, raconte Gérard de Nerval, dans la belle
préface qu'il a consacrée à l'auteur du Diable amoureux, venait de
publier ce dernier ouvrage, lorsqu'il reçut la visite d'un mystérieux
inconnu, qui lui reprocha d'avoir révélé le secret des initiés et lui
conseilla de s'abstenir désormais de pareilles divulgations. Pour
innocent qu'il fut, le pauvre Cazotte dut être d'autant plus porté à
réparer la faute qui lui était attribuée, que ce n'était pas alors peu
de chose que d'encourir la haine des Illuminés, nombreux, puissants et
divisés en une foule de sectes, sociétés et loges maçonniques qui se
correspondaient d'un bout à l'autre du royaume. Accusé d'avoir révélé
aux profanes les mystères de l'initiation, il s'exposait au même sort
qu'avait subi l'abbé de Villars qui, dans /le Comte de Gabalis/, s'était
permis de livrer à la curiosité publique, sous une forme demi sérieuse,
toute la doctrine des rose-croix sur le monde des esprits. L'abbé fut un
jour trouvé assassiné sur la route de Lyon et l'on ne put qu'accuser les
sylphes ou les gnomes de cette expédition. On sait que cet épisode a
fourni à M. Anatole France le dénouement de /la Rôtisserie de la reine
Pédauque. "
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