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Martinisme
Sunday, November 1, 2009
  couleurs symbolique Portal
*SYMBOLIQUE DES COULEURS.
Selon PORTAL
*


Au Moyen-âge comme dans l'antiquité, le choix de telle ou telle nuance
n'était pas l'effet d'un caprice; chaque couleur avait une signification
aussi tranchée qu'énergique pour s'en convaincre, il suffit de lire
l'ouvrage écrit /ex professo /sur la Symbolique des couleurs par M.
Frédéric Portal. Son livre, dont on ne saurait trop louer l'érudition et
les aperçus de haute philosophie, ressuscite cette langue primitive et
développe avec bonheur ses principes élémentaires. Grâce à cette
nouvelle voie d'investigation dans l'étude des monuments et des
peintures antiques, il est permis d'atteindre au-delà des stériles
appréciations de forme et de coloris; sous l'enveloppe matérielle et
morte, l'oeil de l'esprit découvre la pensée vivante exprimée par le
symbole.

Avant d'aborder les détails, il est nécessaire d'établir quelques
principes généraux sans lesquels il nous serait malaisé de nous faire
comprendre.

Les couleurs eurent la même signification chez tous les peuples de
l'antiquité, et l'histoire de ces mêmes peuples démontre que toutes les
religions doivent parcourir et parcourent en effet trois phases
successives : /La /première où la divinité se manifeste à l'homme sans
aucun alliage de superstition, à l'état de complète pureté; la seconde
où le culte est forcé de recourir à la majesté des temples et à la pompe
des cérémonies pour revêtir une forme sensible aux yeux des nations
qu'environnent déjà les ténèbres ; enfin la troisième, où l'homme arrivé
au dernier degré de l'abrutissement se méprend sur la valeur du symbole
qu'il divinise. De là dans la symbolique, trois langues^1
<#sdfootnote1sym> bien distinctes :


La /*langue divine*// /s'adresse d'abord à tous les hommes et leur
révèle l'existence de Dieu. La symbolique est la langue de tous les
peuples, comme la religion la propriété de chaque famille. Le sacerdoce
n'existe pas encore; chaque père de famille est roi et pontife.

La /*langue sacrée*// /prend naissance dans les sanctuaires. Elle règle
la symbolique de l'architecture, de la statuaire et de la peinture,
comme les cérémonies du culte et les costumes des prêtres : cette
première matérialisation emprisonne la langue divine sous des voiles
impénétrables.

C'est alors que la /*langue profane*// /s'empare de l'expression
matérielle des symboles ; les nations livrées à l'idolâtrie ne savent
plus remonter jusqu'à Dieu au-delà du symbole ou de l'image grossière
qui leur frappe la vue.

La couleur fut le premier moyen de transmettre la pensée et d'en
conserver la mémoire. Les Quipos du Pérou et les Cardelettes de la
Chine, teintes de/ /diverses nuances, formaient les archives de ces
peuples enfants. Les couleurs jouent un rôle encore plus important dans
les peintures mexicaines. Mais cette écriture symbolique arriva dans les
hiéroglyphes égyptiens à son plus haut degré de perfection. Vint aussi
la dégradation nécessaire ; la langue sacrée tomba dans l'oubli et la
langue profane , dernier reflet de ce brillant langage, popularise les
symboles en les matérialisant.

Si nous envisageons l'ère chrétienne, nous ne voyons pas sans surprise
les vitraux de nos cathédrales procéder de la même manière que les
peintures égyptiennes; mêmes couleurs exprimant mêmes symboles à double
signification, l'une mystique et l'autre populaire. Quand vient la
renaissance, le génie symbolique s'éteint ; la peinture n'est plus la
naïve expression du dogme sacré, elle se fait le superbe interprète de
toutes les passions humaines. La symbolique bannie de l'Église se
réfugie à la cour, et là se réveille avec une nouvelle splendeur sur les
chevaleresques armoiries. Le blason perpétue dans les familles le
glorieux [50] souvenir des actions d'éclat, mais le plus souvent la
signification primitive est méconnue et faussement appliquée^2
<#sdfootnote2sym>. A l'ère aristocratique succède la galanterie /des
/Maures, et leur mysticisme amoureux donne naissance à la langue
symbolique, telle qu'elle s'est conservée jusqu'à nos jours; les débris,
tout défigurés qu'ils sont, attestent encore sa haute origine ; mais
c'est une dernière lueur qui s'obscurcit de plus en plus, si bien que
les peintres modernes qui en ont recueilli à peine quelques traditions,
la plupart ne sauraient dire pourquoi saint Jean porte une robe verte,
le Christ et la Vierge des draperies rouges et bleues, et Dieu des
vêtements blancs comme la neige.

D'après la symbolique, deux principes donnent naissance à toutes les
couleurs, la lumière et les ténèbres, le blanc et le noir. La lumière
n'existe que par le feu dont le symbole est le rouge. Partant de cette
base, la symbolique n'admet que deux couleurs primitives : le rouge et
le blanc. Le noir, négation des couleurs, fut attribué à l'esprit des
ténèbres.

Le rouge est le symbole de l'amour divin; le blanc, le symbole de la
divine sagesse. Les couleurs secondaires ne sont autre chose que les
diverses combinaisons des deux principes : amour et sagesse.

Une particularité importante à noter, c'est que la symbolique
considérant les couleurs au point de vue mystique, idéal, les associe,
non pas d'après le résultat matériel, mais d'après leur signification
emblématique. Voilà comme, exprimant par le jaune la révélation de
l'amour et de la sagesse de Dieu, elle fait émaner cette couleur du
rouge et du blanc, bien que l'expérience démontre le contraire.

Le bleu émane de même du rouge et du blanc ; il désigne la sagesse
divine manifestée par la vie, par l'esprit ou le souffle de Dieu ; il
est le symbole de l'esprit de vérité.

Le vert formé par l'union du jaune et du bleu, indique la manifestation
de l'amour et de la sagesse dans l'acte ; c'est le symbole de la charité.

Telle est la signification des cinq couleurs primordiales dont deux
seulement sont élémentaires: La règle de leurs combinaisons ne sera pas
difficile à saisir. Les teintes secondaires reçoivent leur signification
des couleurs qui les composent ; celle qui domine donne à la nuance sa
signification générale, et celle qui est dominée la modifie. Ainsi, le
pourpre qui est d'un rouge azuré signifie l'amour de la vérité, et
l'hyacinthe qui est d'un bleu pourpré représente la vérité de l'amour.

Il est une autre règle qui prête à la langue symbolique une énergie
inconnue aux langues vulgaires, c'est la règle des oppositions. Le noir
uni aux autres couleurs leur donne une signification toute contraire.
Symbole du mal et du faux, cette couleur devient la négation de toutes
les nuances auxquelles on la mélange ; *ainsi le rouge (amour divin),
mêlé de noir, exprime l'amour infernal, l'égoïsme , la haine, enfin
toutes les passions de l'homme dégradé.*

* *Ces principes, dont on ne peut s'empêcher d'admirer le mécanisme
aussi simple qu'ingénieux, vous conduirait à trouver sans peine le sens
exprimé par les autres nuances admises dans le catalogue symbolique.

Revenons aux deux couleurs primitives pour les considérer dans les trois
langues divine, sacrée et profane.

*DU BLANC*.

/* Langue divine*. /Le blanc, unité d'où émanent les couleurs
primitives, est le symbole de Dieu, unité qui embrasse l'univers. Les
prophètes, dans leur langage toujours symbolique, voient la Divinité
revêtue d'un manteau blanc comme la neige. Dans toutes les religions de
la terre à la couleur blanche se rattache la même idée. Le dieu Pan est
aussi blanc que la neige; Osiris a des bandelettes étincelantes de
blancheur ; Jupiter est vêtu de blanc, et lorsque Jésus-Christ se
transfigure sur le Thabor, ses vêtements sont blancs /comme la neige.
/Cette couleur exprime aussi la vérité absolue.

/ *Langue sacrée*. /Le sacerdoce représente Dieu sur la terre, et dans
toutes les religions le souverain pontife porte des vêtements blancs,
symbole de la lumière incréée. Jéhovah ordonne à Aaron de n'entrer dans
le sanctuaire que vêtu de blanc. Les brahmes,les mages, les parsis, les
prêtres égyptiens,romains,scandinaves, celtes et germains, adoptèrent le
même costume. Dans la langue sacrée de la Bible, les vêtements blancs
signifient la régénération des âmes et la récompense des élus. Partout,
et dans tous les temps on a enseveli les morts d'un linceul blanc,
symbole du triomphe de l'âme sur l'empire des ténèbres. Au Japon, quand
une femme se marie, elle est censée mourir pour revivre dans son époux;
aussi elle porte la robe mortuaire blanche et son lit est disposé comme
pour les morts. Triste cérémonie qui semble dire aux parents : vous
venez de perdre votre fille.

/*Langue profane*. /Les Romains notaient les jours heureux avec de la
craie, et dans le langue grecque, /leukos, /blanc, signifie encore
heureux, agréable, gai. Les Maures désignaient par cet emblème la
pureté, la sincérité, l'innocence, la candeur. Nous tenons, dit en
France un auteur héraldique, la blancheur de nos lis pour un symbole de
pureté aussi bien que de franchise. Enfin le blanc, dont le symbole se
modifie d'après l'objet ou la personne auxquels on l'applique. peut
exprimer un grand nombre d'idées ; adressé à la/ /femme, il^- veut dire
chasteté ; à la jeune fille, virginité; au juge, intégrité ; au riche,
humilité; au prêtre, sagesse ; à l'accusé, innocence, etc.

[51]

*DU JAUNE.*

/* Langue divine*. /La chaleur et l'éclat du soleil désignent l'amour de
Dieu qui anime le coeur, et la sagesse qui éclaire l'intelligence. Le
jaune doré exprime à lui seul les deux symboles du rouge et du blanc
amour divin, sagesse divine ; mais il y joint un caractère de
manifestation et de révélation. Le soleil, l'or et le jaune, dans la
langue symbolique, sont analogues, mais non pas synonymes; ils marquent
différents degrés. Le/ /soleil naturel était l'image du soleil
spirituel, l'or figurait le soleil naturel, et le jaune était l'emblème
de l'or. Ce n'est pas sans surprise que nous voyons dans la religion
chrétienne , comme dans toutes les religions antiques, le dogme divin se
révéler par des symboles; d'où résulte une parfaite identité de/
/croyances. Unité sublime! qui, loin de/ /déposer contre le
christianisme, prouve au contraire qu'il résume en lui l'élément
impérissable de l'éternelle vérité.

/ *Langue sacrée*. /L'or et le jaune reçurent dans la langue sacrée
l'acception particulière de révélation faite par le prêtre, ou de
doctrine religieuse enseignée dans tes temples. Par ce métal et par
cette couleur on représentait encore l'initiation aux mystères, ou la
lumière révélée aux profanes. Cette signification se retrouve dès la
plus haute antiquité les pommes d'or du jardin des Hespérides ne
sont-elles pas les fruits de l'intelligence qui naissent de l'amour de
Dieu ? Saint Pierre, comme chef de l'Église, fut revêtu d'une robe
jaune, symbole de la foi. Les aliments de couleur jaune héritèrent du
même privilège; les gâteaux de miel offerts dans les sacrifices étaient
l'emblème de l'amour et de la sagesse de Dieu dont les justes font leur
nourriture. Par opposition, le soufre devint l'image énergique des
passions dépravées qui consument le coeur des impies.

/*Langue profane*. /Les langues divine et sacrée désignaient par l'or et
le jaune l'union de l'âme avec Dieu, et par opposition, l'adultère
spirituel. Dans la langue profane , cet emblème matérialisé représente
tantôt l'amour légitime, tantôt l'adultère charnel. Chez les Maures, le
jaune doré signifiait sage et bon conseil; le jaune pâle, trahison et
déception. Dans le blason l'or était l'emblème de l'amour, de la
constance, de la sagesse, et par opposition, le jaune dénote encore de
nos jours inconstance, jalousie, infidélité. — En France, on
barbouillait de jaune la porte des traîtres.

*DU ROUGE.*

/* Langue divine*//. /Le blanc est le symbole de Dieu, l'or et le jaune
indiquent le verbe ou la révélation ; le rouge et le bleu, la
sanctification ou le Saint-Esprit./ /Le rouge, pris isolément, est le
symbole du baptême de feu et d'esprit ; mais là se révèle dans toutes
les cosmogonies une triade divine dont il est impossible de/ /séparer un
seul terme. Dans son unité, Dieu crée l'univers (blanc); comme fils de
Dieu, il se révèle aux hommes (jaune) ; comme Saint-Esprit, il les
régénère par l'amour et la vérité (rouge et bleu). Qui ne serait frappé
de cette merveilleuse coïncidence Dans le bouddhisme, le brahmanisme,
dans les livres sacrés de l'Inde, de la Chine, de l'Égypte et de la
Perse, comme dans la Bible,, partant sa retrouve ce même dogme d'un seul
Dieu en trois personnes exprimées par les mêmes couleurs.

/* Langue sacrée.*// /Le feu du sacrifice était le symbole du feu
céleste qui repose dans le coeur. La couleur rouge chez les Égyptiens
était consacrée aux bons génies ; c'est pour la même raison que Jupiter
et Bacchus étaient drapés de rouge. Les artistes du Moyen-âge, fidèles
aux traditions, donnèrent toujours à Jésus-Christ des vêtements blancs
ou rouges après sa résurrection. Le rouge était donc le symbole de la
divinité et du culte. Le labarum de Constantin était pourpre ,
l'oriflamme de saint Denis pourpre azuré. Mahomet portait des robes
rouges le vendredi et les fêtes du Beyram. Le rouge, comme emblème de
droit divin, fut toujours l'attribut des pontifes, des rois, des
empereurs, des généraux et des classes privilégiées. Les cardinaux en
ont conservé les insignes. Par opposition, le symbole de l'amour divin
deviendra la marque de l'égoïsme, de l'amour infernal ; le démon sera
vêtu de rouge. De même, dans le blason, le gueule ou rouge dénote
l'ardent amour comme la haine, le courage comme la fureur, etc.

/*Langue profane*/. Dans la langue populaire de toutes les nations, la
couleur du sang fut l'emblème des combats; au Pérou, les quipos teintes
en rouge désignaient les gens de guerre. Les Spartiates, qui ne
connaissaient d'autre vertu que le courage militaire, étaient ensevelis
dans des linceuls rouges. Le rouge était nécessairement l'attribut du
dieu Mars dont le symbole spirituel, comme celui du dieu des armées chez
les Juifs, exprimait le combat de la vertu contre le vice. Il y a loin
de cette image consolante au dieu, sanguinaire dont on invoque le nom un
glaive à la main.

*DU BLEU.*

/* Langue divine.*// /L'air, dont la couleur est l'azur, le bleu
céleste, exprime dans la Bible le symbole de l'esprit saint, de la
vérité divine qui éclaire les hommes. Dans l'antiquité, le feu éthéré,
ce qui veut dire le bleu et le rouge réunis, figurait l'identification
de l'amour et de la sagesse dans le père des dieux et des hommes. Sur
les verrières du moyen fige, pendant les trois années de prédication, de
vérité et de sagesse, [52] le Messie porte une robe bleue. Le dieu Agni
dans l'Inde, symbole du feu céleste, est monté sur un /bélier /bleu,
Jupiter-Ammon a un corps bleu avec une tête de /bélier, /et Jésus,
/l'agneau /mystique, est vêtu d'une robe bleue. Rapprochements
singuliers, mais qui démontrent clairement l'unité de ce grand drame
religieux dont la manifestation, obscurcie de ténèbres par intervalles,
se renouvelle invariablement dans sa pureté primitive.

/*Langue sacrée*//. /La symbolique distingue trois cou-leurs bleues ;
l'une qui émane du rouge ; l'autre du blanc, et la troisième qui s'unit
au noir. Le bleu émané du rouge représente le feu éthéré et signifie
amour /céleste de la vérité. /Dans les mystères, il se rapporte au
baptême de feu. Le bleu émané du blanc indique les vérités de la foi ;
il se rapporte aux eaux vives de la Bible, symbole du baptême d'esprit.
Le bleu uni au noir désigne l'esprit de Dieu planant sur le chaos, il se
rapporte au baptême naturel. Ces trois nuances expriment les trois
degrés de l'initiation antique et le triple baptême chrétien. — « Pour
moi, dit saint Jean-Baptiste, je vous baptise /d'eau /pour vous porter à
la repentance ; mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi
; c'est lui qui vous baptisera du /saint esprit /et du /feu. »
/Néanmoins ces trois degrés sont plus particulièrement figurés par le
rouge, le bleu et le vert.

/ //*Langue profane.*// /L'azur fut dans la langue divine le symbole de
la vérité éternelle ; dans la langue sacrée, de l'immortalité; et dans
la langue profane, de/ /la fidélité. Dans le blason , le bleu signifie
chasteté , loyauté, fidélité et bonne réputation.

*Du NOIR.*

Le blanc étant le symbole de la vérité absolue, le noir devait être
celui de l'erreur, du néant, de ce qui n'est pas. Lorsque Jésus-Christ
lutte contre le génie du mal, les enlumineurs du Moyen-âge le
représentent drapé en noir. La vierge Marie, qui est le symbole de
l'Église chrétienne, a souvent le visage noir sur les peintures du
douzième siècle. Dans les cérémonies de l'initiation antique, la
divinité, symbole de la beauté morale, avant de revêtir les vêtements
éclatants en signe de régénération, était d'abord drapée d'une robe de
deuil. En Égypte, cette déité s'appelait la ténébreuse Athor ; en Grèce,
Vénus la noire (symbole de l'amour divin). Par un de ces rapprochements
que nous voyons constamment se reproduire dans la religion chrétienne ,
la couleur noire de la Vierge indique le degré qui précède la
régénération ou le combat de l'Église contre les ténèbres. Chez les
Maures, le noir désignait la douleur, le désespoir, l'obscurité et la
constance. Dans le blason, la prudence, la sagesse et la /constance
/dans la tristesse et les adversités. Rouge sur noir, suivant M. Portal,
se rapporte aux divinités bienfaisantes, c'est ce qui expliquerait
l'emploi constant de ces deux couleurs dans les peintures des vases
étrusques.

*Du VERT*

/* Langue divine*//. /D'après les prophètes , de Dieu émanent trois
sphères qui remplissent les cieux ; la première sphère, ou sphère
d'amour, est rouge ; la seconde, ou sphère de sagesse, est bleue ; la
troisième, ou sphère de création, est verte. Ces trois sphères,
répondent aux trois degrés d'initiation. Sur la Bible latine du dixième
siècle, Jésus-Christ est enveloppé du limbe rouge bordé d'une bande
bleue, son auréole est rouge ; des chérubins et des anges l'environnent;
leurs auréoles sont, les unes rouges, les autres bleues, les autres
vertes. Sous les pieds du Christ est une sphère pourpre, et le
marche-pied de la divinité e,st séparé en trois bandes rouge, bleue et
verte. — Ce sont toujours les mêmes symboles reproduits sous une autre
forme.

/* Langue sacrée*//. /Quatre couleurs sont attribuées aux quatre
éléments; le rouge représente le feu, l'azur l'air, le vert l'eau, le
noir la terre. Le vert est l'image du premier degré d'initiation au
sortir du chaos et des ténèbres. Plus haut nous avons parlé de Vénus la
noire, il y avait aussi la verte Vénus, la Vénus /régénératrice, /la
Vénus Aphrogénie. Ici nous retrouvons encore les rapprochements les plus
curieux. L'apôtre saint Jean, l'initiateur aux combats spirituels , est
presque toujours vêtu d'une robe verte. Dans l'islamisme, Ali,
l'initiateur par la conquête matérielle, porte également le turban vert.
Par opposition, le vert désigne la folie. Satan et Minerve, les deux
extrêmes, sont dépeints avec des yeux verts.

/* Langue profane.* /Les légendes populaires conservent les traditions
sacrées en les matérialisant; le vert, symbole de la régénération de
l'âme, de la nouvelle naissance spirituelle, fut l'emblème de la
naissance matérielle. On a prêté à l'émeraude la vertu de hâter
l'enfantement. Le vert, symbole de l'espérance, dans l'immortalité ,
devint celui de l'espérance dans le monde ; symbole de la victoire
spirituelle, il devint celui de la victoire matérielle, et, par
opposition, il désigna chez les Grecs défaite et trahison ; chez les
Maures, il signifiait espérance, joie et jeunesse ; dans le blason,
civilité, amour, joie et abondance. Enfin dans toutes les religions
antiques et modernes, il fut et demeure le symbole de la bonne doctrine.

*COULEURS MIXTES.*

*Rose, pourpre, Hyacinthe, écarlate, Violet. Orangé, tanné, gris.*

Nous allons glisser rapidement sur les nuances dérivées des six couleurs
principales. la règle des [53] combinaisons est du reste un moyen clair
et facile de prévoir leur valeur symbolique.

*Le rose*, par exemple, est un mélange du rouge et du blanc ; le rouge
désigne l'amour divin, le blanc la sagesse divine, la réunion de ces
deux couleurs devra donc signifier : Amour de la sagesse divine. Nous
trouvons ici une analogie avec le jaune, qui exprime le même symbole,
mais à un degré supérieur. L'or, le jaune se rapportant à Dieu, à sa
révélation ; le rose indique l'homme régénéré qui reçoit la parole sainte.

*Le pourpre et l'hyacinthe* sont deux nuances d'une même couleur qu'il
serait facile de confondre, et qui cependant ont deux significations
différentes. Le pourpre était dans l'antiquité une couleur nuancée de
bleu ; dans l'hyacinthe, au contraire, c'est le bleu qui domine ;
l'hyacinthe se rapportera donc à la vérité de l'amour, et le pourpre à
l'amour de la vérité.

*L'écarlate* est une nuance composée de rouge avec une teinte de jaune;
il est, par conséquent, le symbole de l'amour spirituel, de l'amour du
Verbe ou de la parole divine. Cette couleur dans la langue symbolique
est d'un degré au-dessus du pourpre.

Jusqu'à présent, dans les couleurs mixtes, nous avons trouvé une
dominante ; mais lorsque les deux couleurs s'équilibrent comme dans le
violet, où le rouge et le bleu se font également sentir, la
signification découle des deux nuances primitives. Ainsi *le violet*
comprendra à la fois le sens du pourpre et de l'hyacinthe, l'amour de la
vérité et la vérité de l'amour ; il exprimera l'union de la bonté et de
la vérité, de l'amour et de la sagesse.

Les couleurs *safranée et orangée*, composées de jaune et de rouge,
désignèrent dès la plus haute antiquité la révélation de l'amour divin.
Bacchus, dont le mythe spirituel, et non matérialisé comme il le fut
plus tard, est le symbole de l'esprit saint, de la sanctification des
âmes, portait dans les représentations scéniques un manteau orangé. Dans
le christianisme, l'orangé désigne encore la divinité embrasant le coeur
et illuminant l'esprit des fidèles. C'est par opposition que dans la
langue profane cette couleur est devenue l'emblème de l'adultère
matériel, et dans le blason l'emblème de la dissimulation et de
l'hypocrisie.

Sous le nom de *couleur fauve, tannée*, la pauvreté des langues humaines
nous force de réunir une foule de nuances qui varient à l'infini depuis
le marron jusqu'au /feuille-morte. /Toutes ces couleurs brunes ont une
signification funeste ; dans l'antiquité et le Moyen-âge, elles furent
portées en signe de deuil. Chez les Maures, le tanné était l'emblème de
tout ce qui est /mal; /allié aux autres nuances, il leur donnait un sens
néfaste. Ainsi, vert et tanné signifiait rire et pleurs ; bleu et tanné,
patience dans l'adversité, etc.

Le mélange du blanc et du noir, ou *le gris*, fut dans le christianisme
l'emblème de la mort terrestre et de/ /l'immortalité spirituelle. De
plus, comme le blanc est le symbole de l'innocence, le noir celui de la
culpabilité, le gris, en modifiant et atténuant ces deux significations,
devient le symbole de l'innocence calomniée, noircie, succombant sous le
poids de l'injustice des hommes.

De cette longue et curieuse énumération de/ /la symbolique des couleurs,
M. Frédéric Portal s'élève jusqu'à des considérations philosophiques et
religieuses. Il est certain que si la symbolique des couleurs venait à
se populariser de nouveau, ce qui n'est pas impossible, les couleurs
dont seraient peints les vêtements de tel ou tel personnage offriraient
une ressource de plus pour frapper l'imagination et préciser d'une
manière saillante l'idée que l'artiste s'efforce de traduire aux yeux.


On ne peut refuser à la langue symbolique des couleurs une grande
souplesse jointe à une grande énergie ; par son intermédiaire, l'idée
prend un corps qui la rend plus accessible à toutes les intelligences.
Aussi la joie, le deuil, le triomphe, le mépris, la puissance, l'amour,
la haine, le désespoir, toutes les grandes passions du coeur humain
ont-elles employé cette langue expressive pour se manifester plus
vivement aux regards. Nous n'hésitons pas à le dire, si les peintres
voulaient approfondir quelque peu cette musique du coloris dont chaque
ton exprime une idée, ils en tireraient des effets aussi heureux
qu'inattendus. Les artistes du Moyen-âge ne manquaient jamais dans leurs
peintures religieuses d'accommoder la couleur des vêtements de chaque
personnage à la signification intime du fait représenté. Tout dans leurs
compositions était symbolique, jusqu'à la couleur des cheveux du Christ,
qui ils faisaient d'un blond doré, comme symbole de la plus haute
expression du divin amour.

Eugène VILLEMIN

1 <#sdfootnote1anc>Pourquoi trois ? Comment TROIS ? En pédagogie, on
faisait faire, autrefois, mais il est toujours d'actualité dans sa
simplicité, le test des trois commissions. Ce test permettait, avec
d'autres de déterminer les capacités des élèves. Être apte à faire trois
commissions sans en oublier relève souvent de l'exploit quand l'intérêt
n'y est pas, ou que la consigne est imparfaite. Notez pourtant, que même
avec des individus performants, plus vos consignes sont nombreuses,
moins elles sont exécutées, et que tout « chef » devrait se limiter à
deux « ordres ou consignes ou commissions » s'il veut être certain
qu'elles seront exécutées. La division de données en trois, limite
intellectuelle fréquente, relève d'un bon sens élémentaire, au-delà, la
majorité des individus va « oublier » la série de tâches qu'il doit
exécuter.

2 <#sdfootnote2anc> Les armoiries étaient différenciées en cinq couleurs
: azur (bleu), gueules (rouge), sable (noir), sinople (vert), et pourpre
(violet).

 




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