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Martinisme
Friday, February 20, 2009
  zohar 1 1-85

Zohar

Première partie

Préliminaires

(fol.1a – Fol. 15a)

 

 





PRÉLIMINAIRES

ZOHAR., I. - 1°

Rabbi Hizqiya[1] ouvrit une de ses conférences par l'exorde suivant : Il est écrit a : « Telle que la rose entre les épines, telle est ma bien-aimée entre les filles. » Que désigne le mot rose ? Il désigne la « communauté d'Israël »[2]. De même que la rose est rouge et blanche, de même la communauté d'Israël subit tantôt la rigueur et tantôt la clémence; et de même que la rose est pourvue de treize pétales, de même la communauté d'Israël est environnée de treize voies b de miséricorde. Ainsi, au commencement de la Genèse c, entre la première mention du nom divin « Élohim » (Myhla) et la seconde, il y a treize mots qui, comme les treize voies de miséricorde, entourent la communauté d'Israël et la gardent. Puis, il est fait une autre mention du nom divin « Élohim ». Pourquoi cette autre mention ? Pour indiquer le mystère que symbolisent les cinq pétales forts qui entourent la rose. Ce nombre de cinq désigne les cinq voies du salut et correspond[3] aux cinq portes de la grâce. C'est à, ce mystère que font allusion les paroles de l'Écriture d : « Je prendrai le « calice

 

a) Cant., II, 2. Cf. Zohar, II, 189 h. - b) Cf. Zohar, III, 233 h. - c) Gen., 1, 1 et 2. Cf. Zohar, III, 131 h et 147 a. - d) Ps., cxv, 13.

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ZOHAR, I. – 1 a

du salut » et j'invoquerai le nom du Seigneur. » Le « calice du salut » désigne a la « coupe des bénédictions » qui doit reposer sur cinq doigts seulement b, semblable à la rose qui est assise sur cinq pétales forts correspondant aux cinq doigts. Ainsi la rose symbolise la « coupe des bénédictions ». C'est pourquoi, entre le second « Elohim » et le troisième, il y a cinq mots. Après le troisième « Élohim », est écrit c le mot « lumière ». Cette lumière a été créée et ensuite cachée et renfermée dans l'«alliance » (tyrb), symbole du principe fécondateur qui pénètre dans la rose et la féconde. Et c'est cela qui est appelé dans l'Écriture d « arbre fruitier qui renferme sa semence »; et cette semence fécondante se trouve dans l'«alliance » même. Et de même que le symbole de 1' «alliance» est formé de quarante-deux grains de matière fécondante, de même les parties constituantes du nom gravé et ineffable sont les quarante-deux lettres avec lesquelles s'opéra l'oeuvre de la création e.

Il est écrit f : « Au commencement. » Rabbi Siméon ouvrit une de ses conférences par l'exorde suivant : « Les « fleurs »g paraissent sur la terre, l'époque de tailler est venue et la voix de la tourterelle s'est fait entendre dans notre pays. » « Les fleurs », c'est l'oeuvre de la création. « Paraissent sur la terre », quand ? Au troisième jour de la création, comme il est dit h : au troisième jour « la terre produisit » ; donc les fleurs parurent ce jour-là sur la terre. « L'époque de tailler est venue » désigne le quatrième jour de la création, dans lequel eut lieu la chute des démons. C'est en raison de cet événement que le mot « M'oroth » i (= Lumières) est écrit sans vav tram et peut se traduire par « malédiction ». « Et la voix de la tourterelle » désigne le cinquième jour de la création; car à propos de ce jour il est écrit j : « Faisons l'homme », l'homme qui, plus tard, lors de le proclamation de la loi, dira :

« Nous ferons » avant de dire : « Nous entendrons »k, c'est-à-dire

a) Cf. Talmud, tr. Pesahim, 119 h, et Zohar, II, 169a. - b) Talmud, tr. Berakhoth, 51a. - Gen., 1, 3. - d) Ibid., 29. - c) Cf. Zohar, II, 187a – f) Gen., I, 12. - i) Cant., II, 12; cf. Zohar, I, 97a et III, 4b - h) Gen., I,12. - i) Cf. Taanith, ch. IV, 68b : Zohar, I, 19b et 33b.-.j) Gen., I, 26. - k) Ex., XIX, 8, XX, 19 et XXIV, 7; cf. Talmud, tr. Sabbath, 68a

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ZOHAR, I. - 1

qui prendra l'engagement d'observer la loi avant même d'avoir entendu sa proclamation [1b]. En effet, dans les deux textes se trouve l'expression identique : « Nous ferons. » « Dans notre pays » désigne le jour du Sabbat, symbole du « pays de la vie », qui est le monde futur, monde des âmes, monde des consolations. « Les fleurs », ce sont les âmes des Patriarches, qui préexistaient dans la pensée de Dieu avant la créationa et entrèrent et furent cachées dans l'autre monde, d'où elles émigrent et vont habiter le corps d'un prophète véritable. Ainsi, lorsque Joseph naquit, elles vinrent se cacher en lui; et quand il monta « en terre sainte », il les y fixa. Et c'est là la signification des mots : « Les fleurs paraissent dans le pays » : les âmes des patriarches apparaissent en ce monde. Et quand apparaissent-elles ? L'Ecriture répond : Au moment où l'arc-en-ciel apparaît en ce monde. Car c'est le moment appelé « l'époque de tailler », c'est-à-dire, le temps d'exterminer les coupablesb de ce monde. Mais pourquoi les coupables sont-ils sauvés ? Parce que « les fleurs paraissent sur la terre ». Si elles ne paraissaient point, les coupables ne pourraient pas subsister, et le monde ne subsisterait pasc. Et qui soutient le monde et détermine l'apparition des patriarches ? C'est la voix des petits enfants1 qui étudient la Tora; et c'est grâce aux petits enfants que le monde est sauvéd, comme il est écrite : « Nous te ferons des tourterelles d'or », c'est-à-dire les tout jeunes enfants, ainsi qu'il est dit ailleursf : « Tu feras deux chérubins d'or. »

Il est écritg : « Au commencement. » Rabbi Éléazar ouvrit une de ses conférences par l'exorde suivant : « Levezh les yeux en haut et considérez qui a créé cela. » « Levez les yeux en haut », vers quel endroit? Vers l'endroit où tous les regards sont tournés. Et quel est cet endroit2 ? C'est l' « ouverture des yeux »i (Mynyi ctp).

1. Certains verront ici, sous cette dénomination de « petits enfants », les Initiés à la doctrine ésotérique. - 2. vhyad Nygb au lieu de vhya Namv. La leçon de M., S., A. et autres éditions est incontestablement la plus correcte.

 

 

a) Cf. Talmud, tr. Sabbath, 88b; tr. Haguiga, 13b et 14a; tr. Zebahim, 116a.

- b) Cf. Zohar, III, 215a. - c) V. Etz ha-Hayim ch. XIX. – d) Cf. St Math., XVIII, 10 et XIX, 14. - e) Cant., t, 11. - f) Ex., XXV, 18. - g) Gen., 1, 1. - h) Isaïe, XL, 26. - i) Cf. Talmud, tr. Sotah, f. 10; V. Pardes, sect. Aharé Moth, fol. 71b

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ZOHAR I. – 1b

Là vous apprendrez que le mystérieux Ancien, éternel objet des recherches, a créé cela. Et qui est-il ? « Mi » (= Qui). C'est celui qui est appelé 1' « Extrémité du ciel » a, en haut, car tout est en son pouvoir. Et1 c'est parce qu'il est l'éternel objet des recherches, parue qu'il est dans une voie mystérieuse et parce qu'il ne se dévoile point qu'il est appelé « Mi » (= Qui)b; et au delà il ne faut point approfondir c. Cette Extrémité supérieure du ciel est appelée « Mi » (= Qui). Mais il y a une autre extrémité en bas, appelée « Mâ » (= Quoi). Quelle différence y a-t-il entre l'une et l'autre ? La première, mystérieuse, appelée « Mi » est l'éternel objet des recherches; et, après que l'homme a fait des ; recherches, après qu'il s'est efforcé de méditer et de remonter d'échelon en échelon jusqu'au dernier, il finit par arriver à « Mâ » (= Quoi). Qu'est-ce que tu as appris ? Qu’est-ce que tu as compris ? Qu’est-ce que tu as cherché ? Car tout est aussi mystérieux qu'auparavant. C'est à ce mystère que font allusion les paroles de l'écriture d : « Mi » (= Quoi), je te prendrai à témoin, Mâ (= Quoi), je te ressemblerai. » Lorsque le Temple de Jérusalem fut détruit, une voix céleste se fit entendre et dit : « Mâ » (= Quoi) te donnera un témoignage », car chaque jour2, dès les premiers jours de la création, j'ai témoigné, ainsi qu'il est écrite « Je prends aujourd'hui à témoin le ciel et la terre. » « Mâ te ressemblera », c'est-à-dire te conférera des couronnes sacrées, tout à fait semblables aux siennes, et te rendra maître du monde, ainsi qu'il est écritf : « Est-ce là la ville d'une beauté si parfaite, etc. » et ailleursg, Jérusalem qui est bâtie comme une ville dont toutes les parties sont dans une parfaite harmonie entre elles. » « Mâ

1. C'est par simple inadvertance que F. a omis les mots amyqd liv hlaw Nmt tl alyil ahd ym yrqa aylgta alv Myts xrab vhyav hlawl 2. S. B LL et V. donnent entre parenthèses cette variante : Kdyia hm Kdyia hm (ou avhhb) yahb Nl hmda hmv. Le Derekh Emeth cite, d'après le ms. de Palestine, les variantes suivantes : hmda hmv amvy avhhb QKdyia hm amvyv amvy lkb Nl .

a) Deut., IV, 32. - b) Cf. Zohar, I, 30a; Il, 93 a, 126b et 226a; III, 193b. - c) Cf. Haguiga, coin. du ch. II. - d) Cf. Zohar, I, 9a, 16b, 167a; II, 138a, 140a 157a, 211a ; III, 148b - e) Lam., II, 13. – f) Deut., xxx, 19. - g) Lam., 15.

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Zohar, I. - l b

(= Quoi) deviendra ton égal »a, c'est-à-dire il1 prendra en haut la même attitude que tu observeras en bas ; de même que le peuple sacré n'entre plus aujourd'hui dans les murs saints, de même je te promets de ne pas entrer dans ma résidence en haut avant que toutes les troupes soient entrées dans des murs en bas. Que cela te serve de consolation, puisque sous cette forme de «Quoi » (mit) je serai ton égal en toutes choses. Et s'il en est ainsi2, « le débordement de tes maux est semblable à une mer »b. Mais si tu penses que ton mal est sans guérison et sans fin, détrompe-toi, « Mi te guérira »c2. Car (Mi), celui qui est l'échelon supérieur du mystère et dont tout dépend, te guérira et te rétablira; Mi, extrémité du ciel d'en haut, et Mâ, extrémité du ciel d'en bas 3. Et c'est là l'héritage de Jacob qui forme le trait d'union entre l'extrémité supérieure Mi et l'extrémité inférieure Mâ, car il se tient au milieu d'elles. Telle est la signification du verset : « Mi (= Qui) a créé cela »d.

Zone de Texte: ('r )S'adressant à son fils, Rabbi Siméon dit : Éléazar, mon fils, continue à expliquer le verset, afin que soit dévoilé le mystère suprême que les enfants de ce monde ne connaissent pas encore. Rabbi Éléazar garda le silence4. Prenant alors la parole, Rabbi Siméon dit : Éléazar, que signifie le mot « Éléh » (= Cela)°? Il ne peut pas désigner les étoiles et autres astres, puisqu'on les voit toujours et puisque les corps célestes sont créés par « Mâ », ainsi qu'il est écritf : « Par le Verbe de Dieu, les cieux ont été créés. » Il ne peut pas non plus désigner des objets secrets, attendu

1. Pour ce qui concerne l'expression lvkybk employée également dans le Talmud et ayant la signification de « s'il est permis de parler ainsi », voir Aroukh, s. v. lvkybk - 2. S. et A. ont hm alyil Mymwh hxq ym, etc., ce qui fait supposer que le Zohar lit (Deut., IV, 32) hxqym au lieu de hxqm. Cela est absolument inadmissible. - 3. « attingit ergo a fine usquem ad finem fortiter. » Sap., VIII, 1. - 4. Ainsi qu'il résulte du contexte, la phrase adh aigr Myaqv Nvimw Nbr hkb doit être placée au folio 2a, avant les mots hqyti rzila ym rma etc. Elie de Vilna, dans ses notes sur le Zohar, a déjà constaté qu'il y a interversion ; mais il s'est trompé en déplaçant la phrase vhyla crpv jusqu'à da amwml.

a) Ps., CXXII, 3. - b) Lam., 1. c. - c) Lam., 1. c d) Isaïe, XI.26. - e) Ibid. - f) Ps.. XXXIII, 6.

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Zohar, I. – 1b, 2a

que le mot « Eléh » ne peut se rapporter qu’à des choses visibles. Ce mystère ne m'avait pas encore été révélé avant le jour où, comme je me trouvais au bord de la mer, le prophète Elie m'apparut. Il me dit : Rabbi, sais-tu ce que signifient les mots : « Qui (Mi) a créé cela (Eléh)?» Je lui répondis : Le mot « Eléh » désigne les cieux et les corps célestes; l'Écriture recommande à l'homme de contempler les oeuvres du Saint, béni soit-il, ainsi qu’il est écrit a :

« Quand je considère tes cieux, oeuvre de tes doigts, etc. » 2a, et un peu plus loin b : « Dieu, notre maître, que ton nom est admirable sur toute la terre. » Elie me répliqua : Rabbi, ce mot renfermant un secret a été prononcé devant le Saint, béni soit-il, et la signification en fut dévoilée dans l'Ecole céleste; la voici : Lorsque le Mystère de tous les Mystères voulut se manifester, il créa d'abord un pointc, qui devint la Pensée divine ; ensuite il y dessina toutes espèces d'images, y grava toutes sortes de figures et y grava enfin la lampe sacrée et mystérieuse, image représentant le mystère le plus sacré1, oeuvre profonde sortie de la Pensée divine. Mais cela n'était que le commencement de l'édifice, existant sans toutefois exister encore, caché dans le Nom, et ne s'appelant à ce moment que « Mi ». Alors, voulant se manifester et être appelé par son nom, Dieu s'est revêtu d'un vêtement précieux et resplendissant et créa « Eléh » (Cela), qui s'ajouta à son nom. « Éléh », ajouté à « Mi » renversé, a formé « Elohim ». Ainsi le mot « Élohim » n'existait pas avant que fut créé « Eléh ». C’est à ce mystère que les coupables qui adorèrent le veau d'or firent allusion lorsqu'ils s'écrièrent d : « Éléh » est ton Dieu, ô Israël.

Et de même que dans la création « Mi » reste toujours attaché à « Éléh », de même en Dieu ces deux noms sont inséparables.

1. M. anynbl atvryw ymydqav. S. et V. ont entre parenthèses atywar au lieu de atvryw. Le Etz ha-hayim, ch. IV, cite une variante qui porte toutes les marques de l'authenticité awydq wydqd azr ym yrqav cf. Tiqouné Zohar, IX, XII, XVII, et XXI. - 2. M. a hla arb ymb ym Petwad hmkv au lieu de hlab ym Pttwad, qui n'a aucun sens. C’est pourquoi nous avons traduit : « De même que dans la création, etc. ».

 

a) Ps. VIII, 4. b) ibid. 10 c) Cf. Zohar, I, 15a: II 105a, 226 b et 228a. - d) Ex., XXXII, 4.

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C'est grâce à ce mystère que le monde existe Après avoir ainsi parlé, le prophète Élie s'envola et je ne l'ai plus revu. Et c'est de lui que j'ai appris l'explication de ce mystère. Rabbi Éléazar et tous les compagnons s'approchèrent alors de Rabbi Siméon et se prosternèrent devant lui en pleurant. Si nous n'étions venus en ce monde, disaient-ils, que pour entendre ces paroles, cela nous eût suffi. Continuant son discours, Rabbi Siméon dit : Ainsi le ciel et tous les corps célestes ont été créés à l'aide de « Mâ », car il est écrita « Quand je considère tes cieux, ouvrage de tes doigts, etc. », et un peu plus loin b : « Éternel notre Dieu « Mâ » (= Que) ton nom est admirable sur toute la terre, ô toi qui donnes ta parure au ciel. »1 « Au ciel », pour s'ajouter à son nom, car une lumière crée l'autre; l'une revêt l'autre et elle s'ajoute au nom d'en haut. Telle est la signification des paroles : « Au commencement, Dieu créa Élohim. » « Éléh » s'ajoutant à « Mi », qui est en haut, forma « Élohim »; car « Mâ », qui est en bas, n'existait pas encore et ne fut créé qu'au moment où les lettres émanaient les unes des autres, « Éléh » d'en haut vers « Éléh » d'en bas; et la mère prête à la fille ses vêtements et la pare de ses joyaux. Et quand est-ce qu'elle la parera de ses joyaux comme il convient ? Lorsque 2 tous les mâles se présenteront devant le Seigneur tout-puissant ainsi qu'il est écrit° « Tous les mâles se présenteront trois ,fois l'année devant le maître Dieu. » Or, celui-ci est appelé « Maître », ainsi qu'il est écrit d » : « L'arche de l'alliance, Maître de toute la terre. » Ainsi si on remplace le * (hé) de Mâ(h), qui est l'image du principe femelle, par la lettre « i » de « Mi », qui est l'image du principe mâle, et si on y ajoute les lettres de « Éléh », émanées d'en haut,

1. Les lettres finales des mots Mymwh li Kdvh hnt forment le mot XX hklm. C'est ce qui fait dire au Zohar que la mère (Mi) prêta sa gloire à sa fille (Éléh) et qu'ainsi fut engendré l'Élohim d'en bas (Mâ). - 2. Nvda arqa adv n'ayant aucun rapport avec ce qui précède, le texte authentique est sans doute celui reproduit dans le Tiqouné Zohar, XXI : haevwyqb hl heywq ytmyav tyrbh Nvra hnh dbityd htiwb yzc aqdk, etc. « Lorsque sera accomplie la prophétie de l'Écriture : L’arche de l'alliance sera le Seigneur tout puissant, etc. » V. Etz ha-Hayim, ch. LXIII.

a) Ps., VIII, 4. - b) Ibid., 2. - c) Exode, XXIII, 17, et XXIV, 23. - d) Josué, III, 11.

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ZOHAR, 1. – 2 a

 

grâce à Israël, on forme Élohim d'en bas. Telle est la signification des paroles de l'Écriture : « Mes larmes m'ont servi de pain le jour et la nuit, lorsqu'on me dit tous les jours : Où est ton Élohim ?a Je me suis souvenu de Cela- (Eléh) et j'ai répandu mon âme au dedans de moi-même. » « Je me suis souvenu de cela et j'ai versé des larmes », pour faire émaner les lettres les unes des autres, pour faire émaner « Éléh » et former « Élohim », comme il est dit : «Je les ferai descendre» d'en haut « jusqu'à la maison d'Élohim », en bas, pour former un « Élohim » pareil à « Élohim» d'en haut. Par quel moyen ? « Par des chants et par des actions de grâces. »

A ces paroles, Rabbi Siméon se mit à pleurer et interrompit son discours. Profitant de cette courte pause, Rabbi Éléazar dit : Mon silence m'a valu un discours de mon père relatif à l'édification du Temple d'en haut et du Temple d'en bas; et ainsi se vérifie le proverbe qui dit b : « La parole vaut un sélà, mais le silence en vaut deux »; car les paroles que j'ai prononcées précédemment valent un sélà; mais le silence que j'ai gardé ensuite en vaut deux, attendu que grâce à ce silence j'ai appris que Dieu a créé les deux mondes, celui (l'en haut et celui d'en bas à la fois.

Rabbi Siméon dit : Nous allons maintenant expliquer la seconde partie du verset précitée : « Qui fait sortir ». L'Ecriture parle des deux hypostases, dont l'une, c'est-à-dire « Mi », fait sortir l'autre, c'est-à-dire « Mâ »1. Bien que l'Écriture se serve du mot « sortir », le « Mi » d'en haut et le « Mâ» d'en bas ne sont en réalité qu'une seule et même chose; et quand on dit que « Mâ » sort de « Mi », il ne faut pas prendre le mot « sort» à la lettre. De même on dit dans la bénédiction qu'on prononce avant de manger le pain a : « Béni soit Dieu, notre Maître, le Roi de l'Univers, qui fait sortir le pain de la terre. » Ici non plus le mot

1. M. et C. n'ont pas les mots vhyynm dc lk Mywr yvhml Kyrexad. D'après le Mikdasch Mélekh, ces mots doivent être placés au folio 7", après les mots vkv amli yahd Mda ynbd anqvyd ayhhb.

a) Ps., XLII, 4. – b) Talmud, tr. Meguilla, 17b et Bamidbar Rabba, sect. Balak. - c) Isaïe, LX, 26. – d) Talmud, tr. Beraklva, 35a,

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ZOHAR, I. – 2a, 2b

« sortir » ne doit pas être pris à la lettre. « Leurs a armées dans le nombre », c'est-à-dire le nombre de six cent mille, qui se tiennent tous comme un seul homme, ce sont les armées de « Mi » et celles de « Mâ » b. On ne parle ici que des classes, car leurs subdivisions sont innombrables 1. « Il appela par le nom. »° Que signifient ces mots ? Diras-tu qu'il les appela par leurs noms ? Dans ce cas il faudrait : par son nom (chacun par son nom); mais voici ce que cela signifie : « Lorsque ce degré n'était pas encore entré dans le nom, et qu'il s'appelait seulement « Mi », il (Dieu) n'enfantait 2 ni produisait les choses cachées, chacune selon son espèce, bien que toutes fussent cachées en lui. Mais dès qu'il eut créé Éléh, que Éléh se fut ajouté à son nom et qu'il fut appelé Élohim (hla + ym), alors, par la vertu de ce nom, il les produisit en totalité. C'est là le sens de : « Il appela par le nom » ; par son nom il appela et produisit toutes les espèces destinées à exister. C'est de la même façon qu'il est écrit d : « Vois : j'ai appelé par le nom (Beçalel) n, c'est-à-dire : j'ai prononcé mon nom pour que Beçalel fût établi dans ses fonctions. « De beaucoup la grandeur. » ° Que signifient les mots : « De beaucoup la grandeur » ? Cela veut dire que la volonté de Dieu, qui s'accomplit à la première échelle, s'accomplit également en bas [2b] par une voie mystérieuse. « Et puissant en force. » C'est le mystère du monde céleste, à savoir qu'il (le mot Éléh) est entré dans le nom Élohim, comme nous l'avons dit 3. « Aucun homme ne manque »f, c'est-à-dire « aucun ne manque » de ces six cent mille qu'il a produits par la vertu du nom g. De même' que les Israélites, alors même qu'ils étaient décimés par suite de leurs péchés, ont toujours conservé le nombre

1. F. et L. ont, entre parenthèses, une variante ad anvvnk. Ces mots n'ont aucun sens. - 2. A., LL. et F. ont hynzl Nyryme qypa alv, c'est-à-dire ne pouvait faire luire les lumières de son essence. - 3. C'est-à-dire que Dieu est devenu puissant par la force ou vertu du mot Éléh qui est entré dans son nom. - 4. Glose ajoutée par Hayïm Vital en marge d'un manuscrit, et interpolée pour la première fois dans l'édition LL. V. Mikdasch Mélekli, a.1.

a) Isaïe, l. c. - b) Cf. Zohar, II, 138b et 168b. - c) Isaïe, 1. r. - d) Exode, XXI, 2 et 3; cf. Zohar, II, 231b. – e) Isaïe. 1. c. – f) Isaïe, 1. c. – g) Cf. Zohar, 1, 157a, et II, 2a.

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ZOHAR, 1. – 2b

de six cent mille, à chaque dénombrement, sans qu'un seul homme manquât a, de même aucun des mondes ici-bas ne manquera jamais, parce qu'ils correspondent aux armées célestes.

Il est écrit : «Au commencement. » Rab Hammenouna, le Vieillard, dit : Nous trouvons au commencement de la Genèse un renversement d'ordre des lettres initiales. Ainsi les deux premiers mots de la Genèse ont pour initiales la lettre Beth (b) : Bereschith (= au commencement), Bara (= créa), et les deux mots suivants ont pour initiales la lettre Aleph (a) : Élohim (= Dieu), Eth (= Le). Voici la raison de cette interversion : Déjà b, deux mille ans avant la création du monde, les lettres étaient cachées, et le Saint, béni soit-il, les contemplait et en faisait ses délices. Lorsqu'il e voulut créer le monde, toutes les lettres, mais dans l'ordre renversé d, vinrent se présenter devant lui. Ce fut la lettre Thav (ת) qui se présenta la première. Maître des mondes, dit-elle, qu'il te plaise de te servir de moi pour opérer la création du monde. attendu que je forme la lettre finale du mot Émeth (= Vérité) gravé sur ton sceau; et, comme toi-même tu es appelé Émeth, il convient au Roi de commencer par la lettre finale du mot Émeth et de s'en servir pour opérer la création du monde. Le Saint, béni soit-il, lui répondit : Tu es, en effet, digne; mais il ne convient pas que je me serve de toi pour opérer la création du monde, parce que tu es destinée à être marquée sur le front des hommes fidèles e qui ont observé la loi depuis l'Aleph jusqu'au Thav, et à être ainsi mêlée à la mortf1, et aussi parce que tu formes la lettre finale du mot Maveth (= Mort). Pour ces raisons, il ne me convient pas de me

1. Nvtvmy Kld vmywrbv ne veut pas dire « qui mourront en raison de ta marque », puisque c'est le contraire qui a eu lieu, et que tous ceux qui portaient la marque étaient ménagés. Dans le Tiqouné Zohar, fol. 74a, où se trouve répété le même passage, on lit atvm ydhb tnav, c'est-à-dire « tu es mêlé à la mort ».

a) V. Bamidbar Rabba, sect. Qui tissa. - b) Comp. tout le morceau avec « Othiot de R. Akiba » publié par Jellinek dans Beth ha-Midrasch, t. III. 13-64. - c) Cf. Zohar, 1, 204a et 205b - d) V. Tiqouné Zohar, fol. 74a. - e) Ézéch, IX, 6; cf. Tahn. Sabbath, 55a. - f) V. St Jérôme, praef. in lib. Reg., et Origène, in Ézech., IX.

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zohar, I.-2b

servir de toi pour opérer la création du monde. La lettre Thav sortit immédiatement. La lettre Schin (w) entra alors, et, après avoir formulé la même demande, elle fit valoir l'initiale du nom divin Schadaï, qui est un Schin; il convient, dit-elle, que l'on se serve de l'initiale du nom sacré Schadaï, pour opérer la création du monde. Dieu lui répondit : En effet, tu es digne, tu es bonne et tu es vraie. Mais des faussaires se serviront de toi pour affirmer leurs mensonges, en t'associant les deux lettres Qoph (q( et Resch (r) pour former ainsi le mot Schéqer (= Mensonge). De ces paroles, il résulte, que pour faire accepter leurs mensonges, les menteurs sont obligés d'y mêler aussi un principe de vrai a. C'est pourquoi le mot Schéqer (= Mensonge) est l'anagramme du mot Qéscher (= Noeud, Faisceau), parce que, pour faire accepter les mensonges, le menteur est obligé de commencer par dire une vérité (Sch), à laquelle il ajoute ensuite le mensonge (Q et R)b de façon à lier ces deux ensemble. Aussi, bien que tu sois vraie, ô lettre Schin, puisque les trois patriarches seront réunis en toi c, il ne convient pas de me servir de toi pour opérer la création du monde, parce que tu seras souvent associée aux deux lettres Q et R qui sont du mauvais côté, du côté du démon. Quand la lettre Schin eut entendu ces paroles, elle sortit. Ce que voyant, les lettres Q et R (r et q) n'osèrent pas se présenter. La lettre Çaddi (x) entra ensuite et formula la même demande, en se réclamant du fait que le mot juste (Çaddiqim) appliqué aux hommes et à Dieu commence par la lettre Çaddi, ainsi qu'il est écritd : « Car le Seigneur est juste (Çaddiq) et il aime la justice (Çedaqoth). » Dieu lui répondit : En effet, tu es juste, ô lettre Çaddi ; mais il ne me convient pas de me servir de toi pour opérer la création du monde, attendu que tu dois être cachée pour ne pas donner prise à l'erreur. Car ta forme primitive est un Noun (n) oblique, principe femelle, sur lequel vient s'ajouter un Yod (y), principe mâle. Et tel est1 le mys-

1. Toutes les éditions ont dk ad azrv; la leçon ad azrmv se trouve seulement en B. et n'est acceptée par aucun commentateur rabbinique.

a) Cf. Zohar. II,215b -b) Cf Zohar, 148b et 264a. – c) V. Bahya, Exode,VI, S. - d) Ps., XI, 7.

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ZOHAR. I. – 2b, 3a

tère de la création du premier homme, qui fut créé à double face, deux figures tournées en sens inverse, dos contre dosa ; et c'est pourquoi le Yod est présenté de dos (x), non de face (x), soit qu'il regarde en haut, soit qu'il regarde en bas. Toi aussi, dit Dieu à Çaddi, tu seras un jour divisée en deux, mais tu iras autre part. La lettre Çaddi sortit et s'en alla. La lettre Pé (p) entra ensuite et formula la même demande, en faisant valoir ce fait que le mot « Pedouth » (= Délivrance, que Dieu doit accomplir un jour dans le monde) commence par un P. Dieu lui répondit : Tu es digne, en effet ; mais le mot « Péscha » (= Péché) commence également par un P. Tu as, en outre, la tête baissée (p)1, symbole du pécheur qui, honteux, baisse la tête et étend les bras. A la lettre Ayin (i), Dieu répondit qu'elle commence le mot « Avon » (= Crime) ; bien qu'elle fit valoir le fait qu'elle commence également le mot « hava » ( Modestie), le Saint, béni soit-il, lui dit : Je ne me servirai pas de toi pour opérer la création du monde. Quand elle sortit, la lettre Samekh (s) entra [3a] et formula la même demande que les lettres précédentes en se réclamant de ce fait que le verset où il est dit b : « Le Seigneur soutient tous ceux qui chancellent », commence par un mot dont l'initiale est un Samekh (Samekh = Soutien). Dieu lui répondit : C'est précisément à cause de ta destination que tu dois rester à ta place; car, si je t'enlevais de ta place pour me servir de toi pour opérer la création du inonde, qu'adviendrait-il de ceux qui sont près de tomber, puisqu'ils s'appuient sur toi ? La lettre sortit immédiatement. A la lettre Noun (n), qui fit valoir le fait que les mots « Nora » (= craint) et « Nava» (= Beau) commencent par cette lettre, Dieu répondit : Retourne à ta place, car c'est à cause de toi que le Samekh est retourné à la sienne et appuie-toi sur lui, (le Noun étant l'initiale de Nophelinm « ceux qui chancellent » du verset précité). Incontinent, retournant à sa place, elle sortit. La lettre Même (מ) fit valoir le fait qu'elle est l'initiale du mot

1. Selon le Mikdasch Melekh, a. 1., il faut traduire anvvgk « à l'instar» ayvycd « d'un serpent », au lieu de abvcd « d'un coupable ».

a) Cf. T. Tr. Eroubin, fd 18a. – b) Ps., CXLV, 14.

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ZOHAR, 1. – 3a

Mélekh » Roi). C'est vrai, lui répondit Dieu; mais je ne me servirai pas de toi pour opérer la création du monde, attendu que le monde a besoin d'un Roi; reste donc à ta place avec les autres lettres formant le mot « Mélekh », c'est-à-dire avec la lettre Lamed (l) et avec la lettre Caph (k), car il ne sied pas au monde de rester sans Roi A ce moment, la lettre Caph, vivement impressionnée, descendit du trône glorieux et s'écria : Maître de l'Univers, qu'il te plaise de te servir de moi pour opérer la création du monde, attendu que je suis l'initiale du mot qui exprime ta gloire (Cabod = Gloire). Lorsque la lettre Caph quitta le trône, deux cent mille mondes, ainsi que le trône lui-même, furent ébranlés; la secousse était si violente qu'elle menaçait tous les mondes d'écroulement. Le Saint, béni soit-il, dit alors à cette lettre : O Caph, Caph, pourquoi persistes-tu à rester ici ? Retourne à ta place, car je ne me servirai pas de toi pour opérer la création du monde, parce que tu es l'initiale du mot exprimant l'extermination (Calaa1= exterminer). Retourne donc à ton trône et reste-là. Aussitôt la lettre sortit et retourna à sa place. La lettre Yod (y) entra ensuite et formula la même demande en faisant valoir ce fait qu'elle forme l'initiale du nom sacré (hvhy). Dieu lui répondit : C'est assez pour toi d'être gravée et marquée en moi-même et d'être le point de départ de toute ma volonté; il ne convient pas de te retrancher de mon nom. Lab lettre Tèth (e) entra à son tour et formula la demande des lettres précédentes, en faisant valoir ce fait qu'elle est l'initiale du mot Tob (= Bon), qui est un des attributs de Dieu, appelé : le Bon et le Juste. Dieu lui répondit : Tu ne serviras pas à la création du monde; d'abord parce que le bien que tu représentes est enfermé et caché en toi, ainsi qu'il est écrite : « O combien est grande l'abondance de votre bonté, que vous avez cachée pour ceux qui vous craignent »;

1. M. n'a pas les mots hxrcnv hlk. cités d'Isaïe, adjonction qui parait en effet superflue, puisque au mot iwp et à celui de Nvi le fait seul de la signification a suffi pour exclure l'initiale. D'ailleurs, cette citation de l'Écriture n'ajoute rien à la signification ordinaire du mot.

 

a) Isaïe. N, 23, - I) Cf. Zohar, II, 152a. – c) Ps., XXXI, 20.

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ZOHAR I – 3a

donc le bien est réservé pour le monde futur; tu n'as, par conséquent, rien de commun avec le monde que je veux créer maintenant. Ensuite, parce que c'est précisément à cause du bien que tu caches en toi que les portes du temple seront enfoncées dans la terre, ainsi qu'il est écrita : « Ses portes sont enfoncées dans la terre. » Et enfin parce que tu as pour voisine la lettre Heth (c), avec laquelle tu constitues le mot qui designe le péché : Heth. C'est aussi pour cette raison que tes deux lettres (c et e) ne figureront dans aucun des noms des noms des douze saintes tribus. La lettre Heth sortit alors immédiatement. Ensuite entra la lettre Zayin (z) qui formula la même demande que les lettres précédentes, en faisant valoir qu'elle est l'initiale du mot qui commence le verset concernant l'ordonnance du repos sabbatique, ainsi qu'il est écritb : « Souviens-toi de sanctifier le jour du Sabbat. » Dieu lui répondit : Je ne me servirai pas de toi pour opérer la création du monde, parce que tu es l'image de la guerre1, puisque tu as la forme d'un sabre affilé et d'un poignard de guerre, semblable â celle de la lettre finale Noun (n). La lettre (z) sortit alors immédiatement. La lettre Vav (v) entra et formula la même demande que les lettres précédentes, en faisant valoir le fait de faire partie du nom sacré (hvhy). Dieu lui répondit : C'est assez pour toi et pour ta voisine la lettre Hé (h) de figurer dans mon nom, de constituer le mystère renfermé dans mon nom et d'être gravées et marquées dans mon nom. Aussi ne me servirai-je pas de vous pour opérer la création du monde. Les lettres Daleth (d) et Ghimmel (g) entrèrent ensuite et formulèrent à leur tour la demande des lettres précédentes. Dieu leur répondit : C'est assez pour vous également de rester ensemble l'une à côté de l'autre; car il y aura toujours des pauvres dans le monde auxquels on doit du secours; or Daleth (= Pauvreté) désigne le pauvre, et Ghimmel (= secourir)

1. Toutes les éditions ont abrqd acmvrv annwd avrcv abrq Kb tya tnad. La répétition de abrq semble, de prime abord, constituer un pléonasme. Aussi dans les notes de R. Elie de Vilna supprime-t-on le premier abrq. Il se peut cependant que Z. entende sous cette expression la guerre en général.

 

a) Lamentations, II,9. - b) Exode, - XX, 8; cf. Tiqounim, fol. 75a. – c) Deutér., XV, 11.

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ZOHAR, I. – 3a, 3b

désigne le bienfaiteur qui assiste le premier. Donc restez l'une à côté de l'autre pour que l'une nourrisse l'autrea. La lettre Beth (b) entra ensuite en disant : Maître de l'Univers, qu'il te plaise de te servir de moi pour opérer la création du monde, attendu que je suis l'initiale du mot dont on se sert pour te bénir (Baroukh = béni soit) en haut et en bas1. Le Saint, béni soit-il, lui répondit : C'est effectivement de toi que je me servirai pour opérer la création du monde, et tu seras ainsi la base de l'oeuvre de la création. La lettre Aleph (a) resta à sa place, sans se présenter. Le Saint, béni soit-il, lui dit : Aleph, Aleph, pourquoi ne t'es-tu pas présentée devant moi, à l'instar de toutes les autres lettres ? Elle répondit : Maître de l'Univers, voyant toutes les lettres se présenter devant toi inutilement, pourquoi me serais-je présentée aussi ? Ensuite [3b] comme j'ai vu que tu as déjà accordé à la lettre Beth ce don précieux, j'ai compris qu'il ne sied pas au Roi céleste de reprendre le don qu'il a fait à un de ses serviteurs, pour le donner à un autre. Le Saint, béni soit-il, lui répondit : « O Aleph, Aleph, bien que ce soit la lettre Beth dont je me servirai pour opérer la création du monde, tu auras des compensations, car tu seras la première de tontes les lettres, et je n'aurai d'unité qu'en toi ; tu seras la base de tous les calculs et de tous les actes faits dans le monde, et on ne saurait trouver d'unité nulle part, si ce n'est dans la lettre Aleph. » De ce qui précède il résulte que le Saint, béni soit-il, a créé les formes des grandes lettres célestes auxquelles correspondent les petites lettres d'ici-bas. C'est pourquoi les premiers deux mots de l'écriture ont pour initiales deux Beth (Bereschith Bara) et les deux mots suivants deux Aleph (Élohim Eth), afin d'indiquer les lettres célestes et celles de ce bas monde, lesquelles ne sont en réalité que les seules et mêmes lettres, à l’aide desquelles s'opère tout dans le monde céleste et dans le monde d'ici-bas.

Il est écrit b : « Au commencement », Rabbi Youdaï dit : Quelle

1) LL. et P. n'ont pas les mots attv alyil.

a) cf. tr. Sabbath, 104a. - G) Genèse, I,1.

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Zohar, I. - 3b

est l'interprétation anagogique du mot « Bereschith » ? Bereschith, au sens anagogique, signifie Hocmâ1 (= la Sagesse), c'est-à-dire c'est par le mystère sublime et impénétrable de Hocmâ que le monde existea. L'Écriture désigne le Verbe par le mot Bereschith, parce que pour opérer la création, il fut gravé sous la forme d'un tourniquet représentant les six grandes directions célestes, dont émane tout ce qui existe aux six directions de ce monde, les quatre points cardinaux, le haut et le bas. Ces six directions célestes donnent naissance2 à six sources, dont les eaux, bien qu'elles prennent des directions différentes, vont, à la fois, se jeter toutes dans le grand océan. La signification du mot Bereschith est donc celle-ci : Bara schith (= il a créé six) et c'est là la signification de Bereschith. Et qui l'a créé ? C'est l'Ineffable, le Mystérieux, l'Inconnu.

Rabbi Hyâ et Rabbi Yossé voyageaient ensemble. Arrivé à une maison de campagne, Rabbi Hiyâ dit à Rabbi Yossé : L'interprétation Bara schith est certainement bien fondée, puisque nous trouvons dans la Genèse les oeuvres créées pendant six jours, pas plus; il y a d'autres oeuvres cachées dont on parle dans un traité sur les mystères de la Genèse. Le Saint mystérieux a gravé un pointb; et dans ce point il a renfermé toutes les oeuvres de la création, comme on renferme tout avec une clef; et cette clef renferme le tout dans un palais. Bien que ce soit le palais qui renferme tout, c'est la clef qui est l'essentiel; c'est elle qui ouvre et qui ferme3. Ce palais renferme des mystères les uns plus grands que les autres. Le palais de la Création est pourvu de cinquante portes. Dix portes donnent à chacun des quatre points cardinaux : ce qui fait quarante portes. .Neuf « portes donnent au ciel et une

1. La seconde des trois Séphiroth suprêmes. - 2. Le mot vdybita est souvent employé dans le Z. pour Nvqpy. V. Z., I, 231a ; 48a et 75b'. V. également Nitzoutzé Oroth, a. 1. - 3. « Voici ce que dit le Saint et le Véritable qui a la clef de David : qui ouvre et personne ne ferme, qui ferme et personne n'ouvre. » (Apoc., IV, 7.) «Je suis la porte ; si quelqu'un entre par moi, il sera sauvé. » (Saint Jean, X, 9.)

a)V. Tiqounim, fol. 36a. – b) Cf. Zohar, 1, 2a, 15a et 40b. - c) Cf. Tiqounim, foi. 63b.

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ZOHAR, I. 4 a

porte, laquelle on ne sait pas si elle donne accès en haut ou en bas; c'est pourquoi elle est mystérieuse. Une seule serrure est à toutes ces portes. Il y a un endroit pour recevoir la clef; cet endroit porte l'empreinte de la clef; on ne peut le connaître que par la clef. Et voici à quoi fait allusion le « Bereschith bara Élohim ». Bereschith c'est la clef qui renferme tout. C'est elle qui ouvre et qui ferme les six portes qui donnent accès aux six directions et qui par conséquent les contient en elle. Bereschith contient un mot ouvert, c'est-à-dire fécond : schith, en même temps qu'un mot fermé, c'est-à-dire stérile : bara. R. Yossé dit : C'est bien là l'explication du verset. Je l'ai entendu de la Lampe sacrée1, qui disait que Dieu avait créé un mot fermé. Tant que la création était fermée par le mot « bara » le monde ne pouvait pas encore exister, et le Tohoua planait sur tout. Et, lorsque Tohou dominait, le monde n'existait pas. Tant que les cinquante portes du palais étaient fermées, les oeuvres de la création sont demeurées stériles et infructueuses. Et quand est-ce que cette clef a ouvert et rendu fécond le monde ? - Lorsque Abraham vint, comme dit le versetb : « Cela (Éléh) est les produits du ciel et de la terre, behibaram (= lorsqu'ils furent créés) »; or nous avons apprisc que « behibaram » est l'anagramme du mot : beabraham (= par Abraham). La création, qui était d'abord fermée par le mot Bara, fut ouverte et fécondée par la transposition des lettres du mot « bara » en « Eber » (rba, arb), principe sacré sur lequel repose le monde. Le nom de Dieu Élohim, ainsi que celui d'Abraham se sont complétés de la même façon. Le premier aspect de « Eber » (commencement du nom d'Abraham) est « Bara », le premier aspect du Mystérieux caché (Dieu = Élohim) est « Mi »; « Mi » a créé «Éléh»; «Mâ» qui en découle est également un des aspects du nom divin. Si, détachant le M (m) de « Mi » et de « Mâ », nous ajoutons le Iod (y) et le Hé (h) qui restent, l'un à « Éléh », l'autre à « Eber », il ne manquera plus que la même finale M (m) pour former les deux noms « Élohim » et « Abraham ». [4a] D'autres expliquent la

 

1. Rabbi Siméon.

 

a) Gen., 1, 1 et 2. - b)Gen., II, 4. - c) Bereschith Rabba, 1.

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Zohar, I. – 4a

composition de ces noms ainsi : Dieu prit « Mi » et l'ajoutant à « Eléh », forma Élohim, puis il prit « Mâ » et l'ajoutant à « Eber », en forma Abraham1. Et voici l'explication du verset cité : Éléh (Cela) a produit les enfants du ciel et de la terre, behibaram, c'est-à-dire lorsque le nom d'Abraham fut créé. Et ce n'est qu'à partir de ce jour que le nom saint fut complet comme il est dita: « Du jour où Élohim-Dieu créa le ciel et la terre. »2

Rabbi Hiyâ se prosterna et, baisant la terre, il s'écria en pleurant : O terre, terre, combien tu es opiniâtre et insolente, de réduire en poussière ceux qui ont fait les charmes des yeux; tu consumes et anéantis toutes les colonnes magnifiques du monde2; ô combien tu es insolente ! La lampe sainte (Rabbi Siméon) qui, jadis, éclairait tout le monde, et grâce au mérite de laquelle le monde existe, est réduite en poussière par toi. O Rabbi Siméon ! Comment se peut-il que toi, qui es le phare éclairant les mondes, toi qui soutiens et gouvernes le monde, tu sois réduit en poussière dans la terre ? Après un moment de silence et d'anéantissement, Rabbi Hiyâ reprit : O terre, terre ! Ne t'enorgueillis pas; les colonnes du monde ne seront pas livrées à ta voracité, puisque Rabbi Siméon n'est pas réduit en poussière dans ton sein b.

Rabbi Hiyâ se leva et, continuant à pleurer, il se remit en route en compagnie de Rabbi Yossé. A partir de ce jour il jeûna quarante jours, afin de voir Rabbi Siméon. Il lui fut répondu : Tu n'es pas digne d'une telle vision. Il se mit à pleurer et jeûna quarante autres jours. Alors Rabbi Siméon ainsi que son fils Rabbi Éléazar lui apparurent en vision. Ils étaient occupés à interpréter le verset biblique précité; plusieurs milliers d'auditeurs étaient attentifs à leurs paroles. Pendant ce temps, il vit arriver de nombreux anges ailés qui, prenant Rabbi Siméon et son fils Rabbi Éléazar sur

1. La glose *** etc. est de Vital ; elle consiste uniquement dans la répétition du passage du Z., fol. 1b et 2a, appliqué à l'interprétation du verset, dans la Genèse, II, 4. - 2. Ce sont les justes, sur lesquels le monde repose. - 3. LL. place cette exclamation à la suite de celle adressée à Rabbi Siméon lui-même. Pourtant le terme *** indique que c'est encore à la terre que s'adresse cette exclamation de Rabbi Hiyâ.

 

a) Cf. Zohar, Il, 105a. - b) Cf. T., tr. Baba Mecia, 83b et 84a.

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Zohar, I. 4a

 

leurs ailes, s'élevèrent dans les airs et se rendirent à l'école céleste. Tous ces anges ailés les attendaient à la porte de l'école. Il vit aussi que les anges prenaient alors des couleurs de plus en plus brillantesa et répandaient autour d'eux une lumière plus éclatante que la lumière du soleil. Rabbi Siméon prit le premier la parole et dit : Que Rabbi Hiyâ entre ici et voie combien grandes sont les joies que le Saint, béni soit-il, a réservées pour réjouir les Justes dans le monde futur. Heureux celui qui entre ici sans honte, et heureux celui qui arrive à ce monde ferme comme une colonne sans défaillance. Voyant Rabbi Éléazar et les autres colonnes (Justes) se lever à son entrée, il se troubla et alla s'asseoir aux pieds de Rabbi Siméon. Une voix fit alors retentir ces paroles : Baisse les yeux, ne lève point la tête et ne regarde pas. Il vit à ce moment une lumière éclairant au loin. Et une voix céleste retentit de nouveau et fit entendre ces mots : Êtres célestes, bien que cachés et invisibles, qui avez les yeux ouverts et parcourez le monde entier, regardez et voyez. Vous, êtres d'en bas, qui êtes plongés dans le sommeil, réveillez-vous. Vous qui, avant de monter ici, aviez transformé l'obscurité en clarté et l'amer en doux ; vous tous qui, durant votre vie, aviez espéré après la lumière qui se répandra à l'époque où le Roi visitera sa biche b, par laquelle il sera glorifié et appelé le Roi de tous les rois du monde. Mais ceux qui, durant leur passage sur la terre, n'ont pas espéré après cette lumière, n'ont aucune part ici. En même temps, il aperçut plusieurs de ses collègues qui faisaient cercle autour des (saints) colonnes du monde. Il en vit monter dans l'école céleste; les uns y montaient, les autres en descendaient. En tête de tous, il vit arriver le chef des anges ailés (Metatron) qui disait avoir entendu derrière le trône de Dieu, que le Roi visite chaque jour sa biche et se souvient qu'elle est abaissée jusqu'à terrec. Le Roi frappe

a) V. Sefer Yetzira, fol. 6a. - b) Cf. Zohar, II, 10 a et 10 b : ***, et Saint Ambroise, ln Ps., 118, Hexam., 9, et ibid., In Ps., 41. Saint Bernard in Cant., serm. L1V, n°9 ; Théodoret, in Cant., II, 8. « Mon bien-aimé est semblable au chevreuil... » Cant., II, 9. - c) Cf. Zohar, II, 9 a, 19 b, et III, 172 a. « Les chevreuils désignent le Roi-Messie, appelé chevreuil. » Zohar, II, 9 a.

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ZOHAR, I. – 4 a, 4 b

les trois cent quatre-vingt-dix cieux qui s'ébranlent tous et tremblent d'effroi. [4b] Là-dessus, le Roi verse des larmes brûlantes comme le feu, qui tombent dans le grand océan. Ce sont ces larmes qui ont fait naître l'ange préposé à la mer et qui le font subsistera. Il sanctifie le nom du Roi saint et s'engage à absorber toutes les eaux de la création et à les réunir dans son intérieur, à l'époque où se réuniront tous les peuples de la terre contre le peuple sacré. A cette époque, les eaux de la mer tariront et l'océan sera traversé à secb. Pendant le temps que le chef des anges ailés parlait ainsi, Rabbi Hiyâ entendit une voix céleste prononcer les paroles suivantes : Faites place, faites place, car le Roi-Messie arrive à l'école de Rabbi Siméon. Tous les bienheureux présents à l'école de Rabbi Siméon sont des chefs d'écoles; et ce n'est qu'après avoir accompli leur mission comme chefs d'écoles, qu'ils sont autorisés à monter, en qualité d'auditeurs 1, à l'École supérieure de Rabbi Siméon. Le Messie visite toutes les écoles célestes et écoute les explications des mystères données par les docteurs de la loi. Au même instant, le Messie entra, portant plusieurs couronnes célestes que les chefs d'écoles lui avaient mises sur sa tète. Tous les docteurs de la loi présents, ainsi que Rabbi Siméon, se levèrent, et la lumière que ce dernier répandait s'éleva jusqu'au faite des cieux. S’adressant à Rabbi Siméon, le Messie dit : Maître, tu es favorisé par le ciel; car les mystères que tu énonces montent vers Dieu sous la forme de trois cent et soixante-dix e lumières; et chacune de ces lumières se subdivise en six cent treize motifs 2 qui se baignent clans des fleuves de baume pur. Le Saint, béni soit-il, ne visite que trois écoles célestes, pour y écouter les explications des mystères : la tienne, celle d'Ezéchias, roi de

1. M. C. et LL. : ***; F. et B. ont la variante :***. Cette leçon est la plus vraisemblable; elle f est conforme au même récit reproduit dans le Tiqouné Z., XIX.- 2. Nombre des préceptes.

a) Zohar Hadasch, 72b. - b) V. Isaïe, LI, 10 et 11; Etz ha-Hayin, ch. XIX ; Pardes, fo 27a ; Saint Jérôme, Praef. in explan. Dan.; Saint Augustin, Epist. III, ad Volus. Cf. aussi Isaïe, XI, 15 et 16. - e) V. Nitzouzé Oroth, a. I.

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ZOHAR, I. – 4 b

Juda et celle d'Ahias de Silob. Aussi ne suis-je entré ici écouter1 tes explications des mystères que parce que j'y ai vu2 pénétrer le chef des anges ailés, car je sais que ce chef n'entre dans aucune autre école, sauf la tienne. Lorsque le Messie cessa de parler, Rabbi Siméon lui rapporta le serment prononcé par le chef des anges ailés. Le Messie trembla et éleva la voix avec une telle force que les cieux, le grand océan et le léviathan en furent ébranlés; et il semblait un moment que le monde allait s'effondrer. A ce moment, le Messie, apercevant Rabbi Hiyâ assis aux pieds de Rabbi Siméon, s'écria : Qui est-ce qui a introduit3 dans ce monde céleste un homme habillé d'un vêtement de ce monde (terrestre) ? Rabbi Siméon répondit : C'est Rabbi Hiyâ, le flambeau de la loi. S'il en est ainsi, dit le Messie, qu'il entre, lui ainsi que son fils, pour pouvoir faire partie de ton école. Rabbi Siméon répliqua : Qu'on lui accorde un délai. On lui accorda un délai et il quitta le ciel en tremblant, les yeux pleins de larmes. Rabbi Hiyâ fut vivement ému, et il s'écria en pleurant : heureux le sort des Justes dans le monde céleste, et heureux le sort du fils de Jochaï qui a mérité tant de gloire. C'est à lui que font allusion les paroles de l'Écrituree : « Je marche dans les voies de la justice au milieu des sentiers de la prudence, pour enrichir ceux qui m'aiment et pour remplir leurs trésors. » Sentant sa fin prochaine, Rabbi Hiyâ prononça ces paroles4 : O mon âme, retourne à ta demeure. Divine étincelle d'une flamme céleste, quitte ce corps mortel et vil. Jouet de la crainte, de l'espérance et de la douleur, il est temps que tu t'élèves vers les régions

1. ****, dit le Schebibé Nogah. a. 1., équivaut à ****. - 2. M. C. et P. ont *** Dans les autres éditions, le mot *** manque, mais doit être sous-entendu. - 3. A. F. C. et B. ont *** au lieu de ***; cela revient au même : « Qui a conféré à un homme la pourpre céleste ? » - 4. Ce passage n'est pas dans l'édition de Mantoue.

a) IV Rois, XVII, XIX et XX; Isaïe, XXXVIII; II Paralip., XXX et XXXII. - b) III Rois, VI et XI, 6 (V. Saint Epiph., De vita et morte Prophet., in Ahia); ibid., XII, 28 et 29; XIII, 1, 2 et sq.; XIV, 1, 2, 3 et sq.; XV, 27; II Paralip., IX, 29. - e) Proverbes, VIII, 19 et 20.

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Zohar, 1 – 4b

1

de la vie1. J'entends déjà la voix harmonieuse des anges qui appelle mon âme. Je me trouble, ma force me quitte, ma vue s'éteint, je cesse de respirer. La terre disparaît sous mes pieds et le ciel s'ouvre à mes yeux ; mes oreilles sont frappées du chant des anges ailés. Que vois-je ? Quel est cet arbre magnifiquea, resplendissant de lumière et embaumant la voûte azurée, et au sommet duquel vient de descendre la colombe céleste ? Je le reconnais; c'est le Messie-Roi, que j'ai déjà vu à l'école céleste de Rabbi Siméon. O anges ailés ! prêtez-moi vos ailes, pour que je monte d'un vol plus rapide vers le Messie-Roi. Quoi ! mon âme, est-ce mourir ? O quelle folie que de craindre un pareil ravissement ! O sépulcre, où est ta victoire ? O mort, où est ton aiguillon ? Rabbi Hiyâ cessa de parler et son âme s'envola.

Il est écritb : « Au commencement. » Rabbi Siméon ouvrit une de ces conférences par l'exorde suivant : « J'ai mis mes paroles dans ta bouche et je t'ai mis à couvert sous l'ombre de ma main, afin d'établir des cieux et de fonder la terre. »c Ces paroles de l'Ecriture nous font voir combien il importe à l'homme de s'appliquer jour et nuit à l'étude de la doctrine ésotérique. Car le Saint, béni soit-il, écoute la voix de ceux qui s'appliquent à l'étude de la doctrine ésotérique et crée un ciel nouveau à l'aide de chaque mot comportant une idée nouvelle dans l'explication de cette doctrine. Nous avons appris qu'au moment où la parole, renfermant une idée nouvelle concernant la doctrine, sort de la bouche de l'homme, cette parole s'élève et comparait devant le Saint, béni soit-il; et le Saint, béni soit-il, la saisit, la baise et la pare de soixante-dix couronnes composées de lettres gravées dans le nom divin2. Mais la parole renfermant une explication nouvelle de la Sagesse mystique (Hocmâ) va se placer sur la tête du Juste, vivant de toute éternité ; et, de là, elle s'envole, parcourt soixante-dix mille mondes et monte auprès de l'Ancien des temps. Or,

1. LL. et P. ****, vie supérieure. -- 2. **** signifie « des couronnes faites à l'aide des lettres gravées » (scil. ****, dans le saint nom). V. Pardes Rimonim, dans la préface.

a) Isaïe, XI, 1 et 2 ; voir Saint Jérôme, a. 1. – b) Gen., 1, 1. – Isaïe, LI, 16.

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Zohar, I. – 4b, 5a

 

comme toutes les paroles de l'Ancien des temps sont de la Sagesse mystique et sont dans les trésors cachés, la parole prononcée par l'homme et renfermant une idée nouvelle concernant la doctrine ésotérique, va se réunir aux paroles de l'Ancien des temps. Elle prend son vol ensuite et monte dans les dix-huit mondes mystérieux dont il est dit dans l'Écriturea : « L'oeil n'a point vu, hors vous seul, ô Dieu ! » Elles sortent de là, volent et viennent pleines et complètes b devant l'Ancien des jours. Alors Celui-ci flaire cette parole qui lui plaît plus que tout le reste ; il la prend et la pare de trois cent et soixante-dix mille couronnes c. La parole s'envole alors hors de la présence de l'Ancien des temps, et en redescendant, elle devient un ciel. Et ainsi, toutes les paroles renfermant des idées nouvelles concernant la doctrine ésotérique et conçues par l'homme, se métamorphosent en autant de cieux nouveaux fermement établis devant l'Ancien des temps, qui les nomme « Cieux nouveaux », c'est-à-dire cieux créés à l'aide d'idées nouvelles émanant de la science ésotérique1. Quant aux paroles renfermant des idées nouvelles concernant la doctrine ésotérique2, aussitôt sorties de la bouche de l'homme, elles paraissent [5a] devant l'Ancien des temps et, sortant de là, elles se métamorphosent en autant de « terres de vie» ; mais, au lieu de former divers corps séparés, elles s'unissent en un seul corps au moment où elles quittent le séjour céleste du Saint, béni soit-il, et enveloppent notre terre unique3, qui se trouve ainsi renouveléed et recréée, grâce à une parole renfermant une idée nouvelle concernant la doctrine ésotérique. C'est à ces cieux nouveaux que font allusion les paroles de l'Écrituree : « Car comme les cieux nouveaux et la terre nouvelle que je crée subsistent devant moi, dit le Seigneur, ainsi subsisteront vos descendants et votre nom. » L'Écriture ne dit point : « que j'ai

1. P. et F. n'ont pas ****. - 2. Par le terme *****, le Z. veut désigner l'autre doctrine, qui n'est pas secrète. - 3. En parlant de « terre unique », le Z. entend exclure les six autres terres qui se trouvent, selon lui, au-dessous de la nôtre, ainsi qu'il le dit plus loin, fol. 9b et 24b.

a) Isaïe, LIV, 4. - b) Cf. Z. hadasch, fol. 65b et 112b. - c) Cf. Zohar, II, 14a et 14b. - d) V. Saint Augustin, De tempore, sermo LXXXI. e) Isaïe, LXVI, 22.

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Zohar, I- 5a

 

créés », au passé, mais « que je crée », parce que la création continue et le renouvellement de la terre est ininterrompu, grâce aux paroles prononcées par l'homme, qui renferment des conceptions nouvelles touchant la doctrine. Telle est également le sens du verset précité de l'Ecriturea : « J'ai mis mes paroles dans ta bouche, et je t'ai mis à couvert sous l'ombre de ma main, afin d'établir des cieux et de fonder la terre. » L'Écriture ne dit point : afin d'établir « les cieux », c'est-à-dire déjà existants, mais « des cieux », c'est-à-dire nouveaux. Rabbi Éléazar demanda à Rabbi Siméon : Que signifient les paroles de l'Écriture, : « et je t'ai mis à couvert sous l'ombre de ta main » ? Rabbi Siméon lui répondit : Au moment où Moïse reçut, au mont Sinaï, la Loi, plusieurs centaines de mille d'anges célestes, jaloux de la faveur que Dieu daignait accorder à Moïse, s'apprêtaient à brûler celui-ci au moyen de leur souffle brûlant, lorsque Dieu le couvrit pour le protéger c

Chaque fois que la parole de l'homme monte vers le Saint, béni soit-il, celui-ci la couvre et protège celui qui l'a dite, pour que les anges ne soient pas jaloux de cet homme. Il la couvre ainsi jusqu'à ce qu'elle soit devenue ciel nouveau ou terre nouvelle; voilà pourquoi il est dit : « Je t'ai abrité sous l'ombre de ma main pour établir un ciel et fonder une terre. » Il résulte de là que toute parole qui est cachée au regard a une utilité supérieure ; c'est ce que disent les mots : « Je t'ai abrité sous l'ombre de ma main. » Et pourquoi est-elle ainsi couverte et soustraite aux regards ? Pour une utilité supérieure, comme il est écrit : « Pour établir un ciel et fonder une terre. » C'est d'ailleurs ce qu'on a déjà dit. L'Écriture ajoute : « et pour dire à Sion : vous êtes mon peuple. » Ce n'est pas « Ammi » (***= mon peuple) qu'il faut lire, mais «’Immi» (*=avec moi) d : vous devenez mes associés; de même que moi je crée des cieux par ma parole, ainsi qu'il est écrite : « C'est par la parole du Seigneur que les cieux ont été faits », de même vous créez des cieux nouveaux. Heureux le sort de ceux qui se consacrent à, l'étude de la doctrine ésotérique !

a) Isaïe, LI, 16. - b) Ibid. - e) Cl. T., tr. Sabbath, 88a et tr. Souccah, 5a - d) V. Paanéah Rasa, section Yithro, XVII, 11. – c) Ps., XXXIII. 6.

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Zohar, I. – 5 a

 

Mais que l'on ne pense pas que toute parole renfermant une idée nouvelle relative à la doctrine ésotérique crée un ciel nouveau, alors même qu'elle émane d'un ignorant. Remarquez que toute parole qui sort de la bouche d'un homme non initié dans la doctrine, s'envole, si elle est inexacte. Alors le démon appelé le « rusé aux paroles mensongères »a va à elle du fond de l'abîme et s'avance de cinq cents lieues à sa rencontre, s'en empare, redescend au fond de l'abîme et y crée, à l'aide de cette parole, un ciel de mensonges, appelé « Tohou ». Le démon parcourt ensuite ce ciel, dont l'étendue est de six mille parasanges, en un clin d'oeil. Lorsque ce ciel est affermi, il en sort la femelle des démons, appelée « femme luxurieuse »b, à laquelle il s'unit. Après cette union, la femelle quitte le fond de l'abîme et tue des milliers et des centaines de milliers d'hommes; car tant que le ciel de mensonges existe, la femelle des démons a le pouvoir de parcourir la terre en un instant. C'est pourquoi l'Écriture dit : « Malheur à vous qui tirez l'iniquité (Avon) à l'aide des cordes du mensonge et qui tirez après vous le péché (Hataah) comme les traits emportent le chariot. » « Avon » (=Iniquité), qui est du genre masculin, désigne le démon qui attire à lui la parole de l'ignorant à l'aide du ciel des mensonges. « Hataah » (= Péché), qui est du genre féminin, désigne la femelle du démon, qui attire à elle les hommes par le péché et les tue ensuite. Telle est aussi la signification des paroles de l'Écriture»d : « Car elle a blessé et renversé plusieurs », c'est-à-dire la Hataah a blessé plusieurs hommes, par le péché, et les a tués ensuite. Et qui est-ce qui cause tant de malheurs ? C'est un disciple qui prononce des sentences sans être arrivé au grade de maître; que Dieu nous en préserve. S’adressant à ses auditeurs, Rabbi Siméon dit : Je vous prie de ne jamais prononcer une parole touchant la doctrine, sans être tout à fait certains de son exactitude et sans l'avoir déjà entendue d'un arbre puissant, c'est-à-dire d'un maître éminent, afin de ne pas être la cause que la Hataah tue, par le péché, tant de légions d'hommes. Tous les auditeurs s'écrièrent alors à l'unisson : Que

 

a) Cf. Zohar, II, 87a - b) V. Appendice du Z., II, 275b. - c) Isaïe, v, 18. - d) Proverbes, VII, (27)


ZOHAR, I. – 5a, 5b

Dieu nous en préserve, que Dieu nous en préserve ! Remarquez que c'est par la doctrine que le Saint, béni soit-il, a créé le monde, , ainsi qu'on l'a déjà déduit du verseta : «J'étais avec lui et je réglais toute chose; j'étais chaque jour dans ses délices. » Le Saint, béni soit-il, examina d'abord la doctrine, une fois, deux fois, trois fois et quatre fois; ensuite il la prononça1; et enfin il s'en servit pour créer; Dieu agissait ainsi afin d'apprendre aux hommes que l'on doit examiner attentivement la doctrine ésotérique avant de l'enseigner, pour éviter toute erreur, ainsi qu'il est écritb : « C'est alors qu'il l'a vue, qu'il l'a découverte, qu'il l'a préparée et qu'il en a sondé la profondeur, et il dit à l'homme, etc.» Dans ce verset, on trouve quatre termes : vue, découverte, préparée et sondé, qui correspondent aux quatre mots du commencement de la Genèse, précédant les mots « cieux et terre », c'est-à-dire aux quatre mots : « Au commencement créa Dieu les... » Ce nombre de quatre correspond aux quatre examens auxquels le Saint, béni soit-il, a soumis la doctrine avant de s'en servir pour opérer l'oeuvre de la création.

Rabbi Éléazar allait une fois rendre visite à Rabbi Yossé, fils de Rabbi Siméon, fils de Laqounya, son beau-père. [5 b)] Il fit ce voyage accompagné de Rabbi Abba et suivi d'un porteur. S'adressant à Rabbi Eléazar, Rabbi Abba dit : Prenons la doctrine pour sujet de notre conversation, puisque le temps et le lieu s'y prêtent. Rabbi Éléazar commença ainsi : Il est écrite : « Observez mes Sabbats. » Remarquez que le Saint, béni soit-il, a opéré l'oeuvre de la création en six jours, dont chacun constituait une période distincte dans la création. Mais quel était le premier jour qui marqua la phase de la fécondité de cette création ? C'était le quatrième jour. Car, tout ce qui a été créé pendant les trois jours précédents, ne formait qu'une oeuvre cachée. Ce n'est qu'au quatrième jour que la fécondité des créations précédentes s'est mani‑

1. C'est-à-dire, après l'opération mentale, venait le Verbe qui matérialise l'immatériel. V. Zohar, I, 15 a. Voyez aussi Ch. Dunan, Essai de philosophie générale (Delagrave, Paris, 1902), § 328, p. 578.

a) proverbes, VIII, 30. - b) Job, XXXIII, 27. - c) Lévitique, XIX, 30.

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Zohar, I- 5 b

lestée. Car, bien que le feu, l'eau et l'air constituent les trois éléments principaux de la création, leur fécondité ne s'était manifestée qu'au jour où la terre se couvrit de végétations ; c'est alors seulement que fut connue la fonction de chacun d'eux. Mais, dira-t-on, c'est cependant au troisième jour de la création que Dieu a dita : « Que la terre produise de l'herbe », et c'est pendant ce même jour que cela a été fait, ainsi qu'il est ditb : « La terre produisit de l'herbe ! » A cette objection on peut répondre ceci : bien que l'Écriture assigne la création de la végétation au troisième jour, elle eut lieu, en réalité, au quatrième jour, symbole du quatrième pied du trône. Mais toutes les oeuvres de la création, celles des premiers jours aussi bien que celles des derniers ne furent affermies qu'au jour du Sabbat, ainsi qu'il est écritc : « Dieu termina au septième jour l'ouvrage qu'il avait fait. » Comme le sabbat forme le quatrième jour de la manifestation de la fécondité dans l'oeuvre de la création, il est également le symbole du quatrième pied du trône céleste. Mais, dira-t-on, s'il en est ainsi, pourquoi l'Écriture dit-elle : « Observez mes Sabbats », comme s'il y en avait deux ? L'Écriture désigne par ce terme au pluriel la veille du Sabbat et le jour du Sabbat mêmed, qui ne sont pas séparés.

Interrompant ce discours, le négociant qui les suivait, monté à dos d'âne, dit : Que signifient les paroles suivantes de l'Écrituree : «et craignez mon sanctuaire » ? Rabbi Éléazar lui répondit : Par le terme « mon sanctuaire », l'Écriture désigne la sainteté du Sabbat. L'inconnu reprit : Et quelle est cette sainteté du Sabbat ? Rabbi Éléazar lui répondit : C'est la sainteté céleste qui, en ce jour, est attirée sur la terre. L'autre reprit : Dans ce cas, le jour du Sabbat n'a en lui-même aucune sainteté, puisque ce qui le fait qualifier de saint, c'est la sainteté céleste. Intervenant dans la controverse, Rabbi Abba dit : La parole de Rabbi Éléazar est pourtant exacte, puisqu'il est écritf : « Et vous appellerez le jour du Sabbat jour de délices, et le Saint de Dieu le glorieux » ; donc, l'Écriture fait une distinction entre le « jour du Sabbat » et le « Saint de Dieu ».

a) Gen., t, 11. - b) Ibid., 12. - c) Genèse, II, 2. - d) Cf. Zohar, II, 135 -- e) Lévit., XIX, 30. - f) Isaïe, LVIII, 13.

 

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ZOHAR, I. – 5b

L'inconnu demanda : Mais qu'est-ce que vous entendez par les termes « le Saint de Dieu » ? Rabbi Abba répondit : C'est la sainteté céleste qui descend et s'attache à ce jour. S'il en était ainsi, répliqua l'inconnu, il s'en suivrait que, seule, la sainteté céleste est glorieuse, mais non pas la journée du Sabbat; et pourtant l'Écriture dit : « Glorifiez le jour du Sabbat. » Rabbi Éléazar dit alors à Rabbi Abba : Laisse parler cet homme, car il est certain qu'il sait quelque chose concernant la doctrine ésotérique que nous ignorons. Tous les deux, s'adressant alors à l'inconnu, lui dirent : Dis-nous ton opinion. Il commença ainsi : Il est écrita :

« Observez mes Sabbats. » La particule « Eth »b vient ajouter l'espace qu'il est défendu d'outrepasser le jour du Sabbat. L'étendue de cet espace est de deux millec dans toutes les directions. Le terme « mes Sabbats » désigne les deux sabbats célestes, le supérieur et l'inférieur, qui ne forment qu'un seul, tant leur union est étroite. Mais il y a encore un troisième Sabbat que l'Écriture ne mentionne pas, et qui était honteuxd. Ce Sabbat dit à Dieu : Maître de l'Univers, depuis que tu m'as créé, je suis appelé « jour du Sabbat ». Or, il n'y a point de jour qui ne soit accompagné d'une nuit; que l'on dise donc également : la nuit du Sabbat. Dieu lui répondit : Ma fille, tu es Sabbat, et je t'appellerai toujours « jour du Sabbat »; mais je te réserve une plus grande gloire. Alors Dieu proclama : « Et craignez mon sanctuaire », c'est-à-dire, craignez le Sabbat de la veille, sujet de crainte et sur lequel repose la crainte. Le nom du Saint, béni soit-il, se trouve ainsi renfermé dans le mot Sabbat : Voici ce que j'ai entendu à ce sujet de mon père : Que l'on imagine un carré tracé dans un cercle1f;

1. Les trois Séphiroth suprêmes (hypostases) sont représentées par un carré dans un cercle pourvu d'un point au centre; le cercle est le symbole de (Kether) ***= (couronne), première Séphira; le carré, celui de (hocma) =*** (sagesse éternelle) et le point du milieu, celui de *** = (Bina) (Esprit suprême). Voyez Sepher Yetzirah, XI.

 

a) Lévit., l. c. - b) Cf. T. tr. Pessahim, 22b et tr. Haguiga, 12a. - c) V. T. tr. Eroubin, sect. keçad Meabrin. - d) Cf. Zohar, II, 92a et 207b. e) V. Saint Augustin, in Psal. Enarr., CXVIII, Saint Ambroise. in Nab., n°3, - f) Cf. Zohar, I, 229a; II, 180a et 205a

 


Zohar, I - 5 b, 6 a

 

telles sont les deux premières hypostases divines, auxquelles correspondent les deux sections de la liturgie sabbatique, dont chacune est composée de trente-cinq motsa, correspondant aux soixante-dix noms du Saint, béni soit-il. La communauté d'Israël en est parée. C'est à ces deux hypostases que répondent les deux termes différents employés par l'Ecriture au sujet du Sabbat : « Observez le jour du Sabbat », et « souvenez-vous du jour du Sabbat ». De même que le carré est inséparable du cercle, de même, les deux hypostases sont inséparables; car il n'y a point de séparation dans l'essence divine. Pareille union existe ici-bas entre Jacob et Joseph. C'est pourquoi l'Écriture répète deux fois le mot « paix » (schalom) dans le versetb : « Paix, paix à celui qui est éloigné et à celui qui est proche. » Les paroles « à celui qui est éloigné » désignent Jacob [6a] et « à celui qui est proche » désignent Joseph. Du premier il est ditc : « De loin, Dieu m'est apparu », car le mot « Mérahoq » exprime l'éloignement, ainsi qu'il est écritd : « Et sa soeur se tenait loin de là. » Du second, il est dite : « A de nouveaux arrivés de près. » Le mot « de loin » désigne le point suprême qui se trouve dans son palais. Voilà pourquoi il est écrit : « Vous observerez »; il est enfermé dans schamor (observe). Les mots « et vous craindrez mon sanctuaire» f désignent le point qui est au milieu et qu'il faut craindre plus que tout le reste, parce que celui qui enfreint ce commandement est passible de mort, comme le dit le versetg : « Celui qui le violera sera mis à mort. » Qui le viole ? Celui qui entre dans le cercle et le carré, là où réside le point, et qui le souille. Celui-là est passible de mort. Voilà pourquoi il est dit : « Vous craindrez. » Ce point s'appelle « Ani » (moi) ; c'est sur lui que repose celui qui est caché en haut et n'est pas découvert, à savoir Dieu, et tout est un.

Rabbi Éléazar et Rabbi Abba ayant entendu ces paroles, embrassèrent l'inconnu en lui disant : Un homme versé dans la science ésotérique, comme toi, ne doit pas marcher à notre suite,

 

a) V. Tiqouné Z., sect. XXIV. - b) Isaïe, LVII, 19. - c) Jérémie, XXXI, 2. - d) Exode,- II, 4 c) Deutér. XXXII, 17. - d) Lévit. XIX, 30 - e) cf. Zohar, III, 260 a. - g) Exode. XXXI, 14.

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Zohar, I – 6 a

mais devant nous. Dis nous qui tu es. Il leur répondit1 : « Ne me demandez pas qui je suis ; mais, vous et moi, allons et occupons-nous de la doctrine. Que chacun prononce des paroles de sagesse mystique pour illuminer le chemin. » Ils lui dirent : « Qui t'a imposé d'aller ainsi sur un âne. » Il répondit : « Le Yod fit la guerre contre deux lettres, le Kaph et le Samekha pour qu'ils s'attachassent à moi. Le Kaph ne voulut pas s'attacher là où il ne pouvait subsister un seul instant sans son assistance. Le Samekh ne voulut pas non plus quitter sa place afin de soutenir ceux qui chancellent2; car sans le Samekh ils ne peuvent se maintenir. Le Yod vint donc prés de moi, tout seul; il m'embrassa, me caressa, pleura avec moi et me dit : Mon fils, que faire pour toi ? Voici : je vais aller me remplir de quantité de biens et de lettres cachées, supérieures et précieuses; ensuite je reviendrai vers toi, et je t'assisterai et te donnerai la possession de deux lettres supérieures valant plus que celles qui sont parties, à savoir Yesch (biens), formé du Yod suprême et du Schin suprême, qui formeront pour toi des trésors remplis de tous biensb. Voilà pourquoi, mon fils, va et monte sur un âne. » C'est pour cette raison que je marche ainsi.

R. Éléazar et R. Abba se mirent à rire et à pleurer, puis dirent : « Va, monte à cheval, et nous irons à âne derrière toi. » Il leur répondit : « Ne vous ai-je pas averti que c'est un ordre du Roi que j'agisse ainsi jusqu'à ce qu'arrive celui qui sera monté sur un âne ? »c

Ils lui dirent : « Mais tu ne nous a toujours révélé ton nom, ni le lieu où tu résides. » Il répondit : « Mon lieu d'habitation est beau et il entre chez moi (sic); c'est une tour qui vole dans l'air, forte et imposante. Elle a pour habitants le Saint, béni soit-il, et un pauvre. Telle est ma résidence; mais je l'ai quittée et je vais à

 

 

1. Les deux passages relatifs aux raisons données par ** et par ** ainsi que le passage concernant le séjour de l'inconnu, sont dans le supplément du Zohar, III, 300a, selon les éditions C. et S. - 2. Voir plus haut, p. 11, fol. 3 a.

a) cf. Pardés, ch. XVI. - b) V. Prov., VIII, 21, et Saint Aug. De Mandacio ad Consent., n° 17. - c) V. Zacharie, IX, 9, et T. tr. Sanhédrin, 98a.

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Zohar I – 6 a

âne. R. Abba et R. Éléazar le considérèrent, et ses paroles leur parurent douces comme la manne et le ciel. Ils ajoutèrent : Si tu nous dis le nom de ton père, nous baiserons la poussière de tes pieds. - Pourquoi ? répliqua-t-il. Telle n'est pas mon habitude, de tirer gloire de ma science. Mon père demeure dans la grande mer; c'était un grand poisson qui embrassait la grande mer d'un bout à l'autre. II est grand et ancien de jours; aussi avale-t-il tous les autres poissons de la mer, puis il les rend vivants, remplis de tous les biens du monde. Il parcourt la mer en un instant, grâce à sa puissance. Il m'a fait sortir « comme une flèche dans la main du héros »a, puissant, et m'a caché dans l'endroit que je vous ai dit. Quant à lui, il est retourné chez lui et s'est caché dans la mer.

R. Éléazar réfléchit sur ses paroles et lui dit : Tu es le fils de la lampe sainte, tu es le fils de Rab Hammenouna, le Vieux1. Réfléchissant sur les paroles de l'inconnu, Rabbi Éléazar s'écria : C'est toi qui es le fils de la Lampe sacrée2, c'est toi qui es le fils de Rab Hammenouna, le Vieillard, tu es le fils de celui qui est la lumière de la loi, et c'est nous qui marchons devant toi ! Ils pleurèrent, l'embrassèrent et continuèrent leur chemin. Ils lui dirent : Qu'il te plaise de nous faire connaître ton nom. Il leur répondit : Il est écritb : « Banaïas, fils de Joïada »; ce verset a déjà été expliqué correctement; mais il renferme aussi un sens anagogique des plus sublimes. En indiquant que Banaïas était le fils de Joïada, l'Écriture veut nous apprendre que le nom influec sur la vie de l'homme2. Ceci est motivé par le grand mystère de la (Hocmâ) « Sagesse ». Le verset continue : « Fils d'un homme vivant », ce qui veut dire : Fils du Juste qui vit de toute éternité`. Ensuite il dit : « Qui fit de très grandes actions », c'est-à-dire le

1. Parce que Hammenouna contient nouna, qui veut dire « poisson ». - 2. « Lumière sacrée ». - 3. V. à ce sujet Zohar, 1, 58b, et Sepher Yetzira, ch. XXXVI. - 4. S. et LL. ont ***, au lieu de ***.

a) Ps., CXXVII, 4. - b) IIe Rois, XXIII, 20-23, et 1er Paralip., XI, 22-25. - e) V. Tiqouné Z., IV et IX ; et Zohar, 1, 58b; III, 11b. V. Talmud, tr. Berakhot, 7b - d) Cf. Zohar, 164a

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Zohar, I – 6a, 6b

Maître de toutes les oeuvres et de toutes les armées célestes ; car toutes les armées célestes sont marquées1 des lettres constituant le nom divin de « Jéhova Çebaoth » (***). « Le Maître des grandes actions », veut dire : Le Maître de l'ange appelé « Miqabçéél ». C'est l'arbre le plus puissant et magnifique. D'où sort il et de quel degré vient-il ? Le verset le dit ensuite : De Qabçéél. degré supérieur inaccessible2 quea : [6b] « l'oeil n'a point vu, hors vous seul, ô Dieu », et où est concentrée toute la lumière céleste. C'est dans ce palais qu'est enfermée cette essence divine qui fait vivre et subsister tous les mondes et toutes les armées célestes. « Il tua les deux lions de Moab. » Ces paroles signifient qu'il a fait subsister le premier et le deuxième temple de Jérusalem ; mais, après qu'il se fut retiré, la lumière céleste qui les illuminait s'est retirée. C'est lui-même, s'il est permis de s'exprimer ainsi, qui frappa et détruisit les temples, et le trône sacré fut renversé, ainsi qu'il est écritb : « Et je suis dans la captivité », c'est-à-dire, cette essence divine qui est appelée « Je » est dans la captivité. Pourquoi l'Écriture dit-elle : « Près du fleuve C'bar ? » « C'bar » c'est le fleuve céleste qui répandait des lumières. Depuis que l'essence divine appelée « Je » est dans l'exil, les eaux de ce fleuve ont taric et ne répandent plus de lumières comme précédemmentd. C'est à ce fleuve que font allusion les paroles de l'Écrituree : « Le fleuve tarira et sèchera. » Les deux expressions « tarir » et « sécher » désignent le premier et le second temple de Jérusalem. Dans les paroles précitées : « Il tua les deux lions de Moab », au lieu de « Moab » il faut lire « Mêab », c'est-à-dire « du Père céleste ». A partir de ce moment toutes les lumières qui éclairaient Israël s'éteignirent3. L'Écriture dit ensuite : « Il descendit dans une citerne et tua un lion, en un

1. S. a **** au lieu de **** V. Zohar, II, 232a, et III, 296a. - 2. F. A. et B ont **** - 3. C'est donc ce passé qui n'existe plus, qui a valu au fleuve céleste le nom de `*** (Cebar) qui, en hébreu, signifie « autrefois »

a) Isaïe, LXIV, 3 – b) Ezéchiel, I, 1. - c) V. Zohar, 1, 85a, 149a et 49b ; II, 82 b – d) v. Zohar, I 222b - c) Job, XIV, 11.

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ZOHAR, I. – 6b

jour où il y avait de la neige. » Jadis, lorsque ce fleuve, dont il a été parlé ci-dessus, répandait ses eaux en bas, les Israélites existaient grâce aux sacrifices qu'ils offraient sur l'autel en expiation de leurs péchés. Alors un être céleste ayant la figure d'un lion descendait, au moment des sacrifices, sur l'autel ; on le voyait accroupi sur l'autel, consommant la chair des sacrifices avec l'avidité d'un homme affamé ; tous les chiens1 se cachaient et craignaient de paraître devant lui. Mais par suite des péchés, l'essence divine quitta le temple, et Dieu lui-même, s'il est permis de s'exprimer ainsi, tua le lion. L'Ecriture dit qu'il tua le lion2 dans une citerne, c'est-à-dire en présence des démons qui habitent dans les mondes inférieurs, afin de montrer à ceux-ci que, le lion étant tué, c'était à eux de s'emparer dorénavant de tous les sacrifices que les hommes pourraient offrir. Dieu n'en voulant plus3, c'est aux chiens de s'en emparera. Le nom du lion susnommé est « Ouriel », parce qu'il a la figure d'un lion, et le nom du chien est « Baladan », ce qui veut dire « non homme », mais chien, car il a la figure d'un chien. L'Écriture ajoute également : « En un jour où il y avait de la neige », c'est-à-dire lorsque Israël eut péché et eut été condamné par la justice célesteb. Telle est également la signification des paroles de l'Écriturec : « Elle ne craindra point pour sa maison la neige », c'est-à-dire, elle ne craindra pas la justice céleste, « parce que toute la maisonnée est habillée de pourpre », de façon à pouvoir braver le feu puissant. Tel est le sens anagogique du verset précité. L'Écriture continued : « Et il tua un Égyptien qui avait l'aspect clair. » Dans ce verset nous apprenons que chaque fois qu'Israël se rend coupable, Dieu le prive de tous les biens et de toutes les lumières qui l'éclairaient autrefois. Si l'Écriture dit : « Il tua un Égyptien », elle veut dire : Il ôta à Israël cette lumière céleste qui est Moïse, car Moïse est appelé

1. C'est-à-dire les démons. D'après le Zohar, III, 32b, et III, 211a les apparitions du lion et du chien alternaient suivant l'état moral des Israélites. -2. Le temple. - 3. S. a ***

a) Cf. Zohar, III, 211a. - b) Cf. Isaïe, 1, 6. - c) Prov, XXXI, 21. - d) IIe Rois, XIII, 21, et I Paralipom., XI, 23.

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ZOHAR, I. – 6b

« Égyptien », ainsi qu'il est écrita : « Un Égyptien nous a délivrés », etc. C'est là, en Égypte, qu'il est né, c'est là qu'il a grandi, et c'est là qu'il monta vers la lumière céleste1. « Un homme d'aspect clair », parce qu'il est écritb : « Il voit le Seigneur clairement, et non sous des énigmes. » L'Écriture se sert en outre pour désigner Moïse du mot « Isch » (איש), qui signifie « homme » aussi bien que «mari », ainsi qu'il est écritc : « L'homme (Isch) de Dieu », parce que Moïse était le mari de la divinité et la conduisit selon sa volonté, faveur dont jamais homme n'a joui. L'Écriture ditd : « L'Égyptien tenait en main une lance » ; c'est le sceptre de Dieu qui avait été confié à Moïse, ainsi qu'il est écrite : « Et le sceptre de Dieu est entre mes mains. » Ce sceptre a été créé au moment du crépuscule du sixième jourf de la création ; il était orné de l'inscription du nom sacré, gravé en lettres célestes. Mais au moment où Moïse se rendit coupable par ce même sceptre, ainsi qu'il est ditg : « Et il frappa deux fois la pierre avec son sceptre », le Saint, béni soit-il, lui dit : Moïse ! ce n'est pas pour agir de la sorte que je t'ai confié mon sceptreh ; je jure par ta vie qu'à partir de ce moment tu ne l'auras plus. » Aussi l'Écriture diti : « Il descendit avec sa verge. »2 Le mot « verge » (Schebet) fait allusion à la rigueur de la justice ; c'est pourquoi à partir de ce moment le sceptre lui fut enlevé. « Et il ravit la lance de la main de l'Égyptien », c'est-à-dire Moïse a perdu le sceptre en raison du péché commis à l'aide du sceptre. Puis il est dit : « Il le tua avec sa lance », c'est-à-dire pour le péché commis avec cette lance, il fut empêché d'arriver à la Terre-Sainte, et cette lumière fut enlevée à Israël. L'Écriture dit ensuitej : « Il était le plus honoré des trente, mais il n'a pas atteint les trois. » « Il était le plus

1. M. C. et S. *** - 2. Dans P., l'ordre des passages est interverti ; *** est expliqué avant les mots *** après***. Cette interversion est apparemment une simple faute d'impression. Il est évident que le Z. a suivi l'ordre biblique.

 

a) Exode, II, 19. - b) Nombres, XII, 8. - c) Deutér., XXXIII, 1. - d) Cf. Zohar, I, 21b. - e) Exode, XVII, 9. - f) Cf. Aboth. - g) Nombres, XX, 11. - h) V. Zohar, I, 28b. - i) IIe Rois, XXIII, 21. - j) IIe Rois, XXIII, 23.

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ZOHAR , I. – 6b, 7a

honoré des trente », ce sont les trente années supérieures pendant lesquelles il était détaché d'eux et qu'il était en bas, et c'est d'eux qu'il fut ravi ; ensuite il se rapprocha d'eux. «Mais il n'a pas atteint les trois », les trois viennent chez lui et lui donnent tout ce que son coeur désire, mais lui ne va pas aux troisa. Bien qu'il ne rentre pas dans le compte des trois « David l'a pourtant pris à son service ». Il ne le détacha pas de son coeur et à jamais il ne se séparera [7a] de lui. David tourne son coeur vers lui, non lui vers David, de même que la lune adresse des louanges et des hymnes au Soleil, parce qu'il l'attire à lui et en forme le centre d'attraction. Telle est la signification des paroles de l'Écriture b : « Et David le prit à son service. »

Rabbi Éléazar et Rabbi Abba se prosternèrent devant leur interlocuteur, mais au même instant celui-ci devint invisible. En vain regardèrent-ils de tous côtés, ils ne le virent plus. Ils s'assirent, versèrent des larmes, et il leur fut impossible de s'entretenir. Au bout d'un certain temps, Rabbi Abba rompit le silence en disant : Ainsi se vérifie la tradition qui nous apprend que, chaque fois que les justes voyagent ensemble et s'entretiennent de sujets relatifs à la doctrine, ils sont favorisés des visites des saints qui séjournent dans l'autre monde ; car il est manifeste que notre interlocuteur n'est autre que Rab Hammenouna, le Vieillard, qui, étant venu de l'autre monde pour nous révéler ces paroles, se déroba à nos regards avant que nous eussions le temps de le reconnaître. Ils se levèrent et voulurent charger leurs ânes ; mais ils ne purent y parvenir. Ils l'essayèrent de nouveau, mais avec un égal insuccès. Ils prirent peur et abandonnèrent leurs ânes. Aujourd'hui encore on appelle cet endroit : « L'endroit des ânes. »

Rabbi Éléazar commença : Il est écritc : « Combien est grande l'abondance de ta bonté que tu as cachée pour ceux qui te craignent ! » Combien cette bonté céleste que le Saint, béni soit-il, a réservée aux hommes dignes du ciel, qui craignent le péché et qui se consacrent à l'étude de la doctrine, est immense lorsqu'on arrive à l'autre monde ! L'Écriture ne dit pas : « Combien est

 

a) Cf. Zohar, I, I05b. -b) Ibid. - c) Ps., XXXI, 20.

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Zohar, I – 7a

grande ta bonté », mais « combien est grande l'abondance de ta bonté ». Et quelle est cette abondance de la bonté ? C'est celle dont l'Ecriture dita : Ils proclameront l'abondance de ta bonté. C'est elle qui constitue les délices des Saints qui, dans l'autre monde, paraissent devant l'Éternel, appelé 1' « attestation de l'abondance de bonté ». C'est de lui que parle l'Écritureb en disant : « Et l'abondance de bonté est à la maison d'Israël. » De plus, les paroles de l'Écriture : « Combien (Mâ) est grande l'abondance de votre bonté » renfermant le mystère de la « Sagesse », dont dépendent tous les autres mystères. Ce mystère est désigné par « Mâ ». Ainsi qu'il a été dit, « Mâ » forme le plus grand et le plus puissant arbre céleste ; car il y a encore un autre arbre plus petit qu'il a placé au faîte des cieux. Le mot « bonté » désigne la lumière créée au premier jour de la créationc. Les paroles « que tu as cachées pour ceux qui te craignent » désignent la lumière que Dieu a cachée dans ce monde, pour en faire jouir les Justes. Les paroles : « Tu l'as rendue parfaite pour ceux qui espèrent en toi » désignent le paradis supérieur, ainsi qu'il est écritd : « Sur cette demeure ferme que tu t'es préparée toi-même » ; or, on retrouve le mot « paâltha » tu t'es préparée, dans l'un et l'autre1 des versets précitésc. L'Ecriture dit enfin : « A la vue des enfants des hommes. » Ces paroles désignent le paradis inférieur, où tous les Justes accèdent, leurs âmes revêtues d'enveloppes éthérées ayant la ressemblance avec les corps qu'ils possédaient en ce bas monde. C'est pourquoi l'Écriture dit : « A la vue des enfants des hommes », parce que dans le paradis inférieur les âmes des Justes ressemblent aux hommes revêtus de leurs corps. Dans ce paradis les Justes s'arrêtent quelque temps, ils planent dans les airs, de là ils s'élèvent vers l'école céleste située dans le paradis supérieur ; de là ils s'envolent et se plongent dans des rivières parfumées, d'où ils sortent et descendent en bas ; parfois2 ils

1. Une des treize règles herméneutiques, appelée ***. - 2. C. et P. ont *** au lieu de ***, apocope très fréquente dans le Z.

a) Isaïe, CXLV, 7. - b) Isaïe, XLIII, 7. - c) Cf. T., tr. Haguiga, 12a. - d) Exode, xv, 17. - e) V. Zohar, 1, 46b

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ZOHAR, I. – 7a

apparaissent aux hommes, en faveur desquels ils opèrent des miracles, semblables aux anges célestes. Tel est le cas qui vient de nous arriver maintenant. Nous venons de voir la lumière de la Lampe sacrée ; mais, hélas ! il ne nous a pas été donné de contempler et d'apprendre plus de choses de la « Sagesse ».

Rabbi Abba a ainsi ouvert sa conférence : Il est écrita : « Et Manué dit à sa femme : Nous mourrons certainement parce que nous avons vu Dieu. » Bien que Manué ignorât l'essence de l'être1 qui lui était apparu, il pensait cependant avoir vu l'essence divine appelée «Je »2. Or, dit-il, puisque l'Écriture ditb : « Nul homme ne me verra sans mourir », il est certain que nous mourrons, puisque nous avons vu l'essence divine. Or, nous ajouta Rabbi Abba, nous avons été favorisés de la lumière céleste qui nous a accompagnés et que le Saint, béni soit-il, nous a envoyée pour nous dévoiler les mystères de la « Sagesse»3 (Hocmâ.

Rabbi Éléazar et Rabbi Abba, poursuivant leur chemin, arrivèrent près d'une montagne à l'heure du coucher du soleil. Les arbres plantés au pied de cette montagne faisaient, à l'unisson, monter vers le ciel leurs hymnes qu'on pouvait entendre, grâce au bruit que produisait le choc des branches, causé par la brise du soir. A ce moment, les deux voyageurs entendirent une voix puissante prononçant les paroles suivantes : Enfants du Dieu Saint, vous qui descendez parfois parmi les mortels sur la terre, vous qui êtes les lampes célestes de l'École céleste, assemblez-vous dans votre demeure habituelle pour jouir des paroles du maître relativement à l'explication de la doctrine. Les voyageurs furent saisis de frayeur, s'arrêtèrent et s'assirent. En même temps la voix céleste retentit de nouveau en disant : Rochers4 puissants

1. Par *** le Z. ne veut pas dire « quelle était la charge de l'être qui lui était apparu », mais «quelle en était l'essence ». V. Etz Ha-Hayim, ch. LXXIII, et Pardes. ch. XXVIII. - 2. C. *** « Il a vu l'image de celui dont le nom mystérieux est renfermé dans le mot Je. » - 3. A. et V. ont *** « Heureux notre sort. » - 4. C'est ainsi que sont désignés les saints au Paradis. V. Z., II, 109b, et Tiqouné Z., LIII.

 

a) Juges. XIII, 22. - b) Exode, XXXIII, 20.

 

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Zohar I. – 7a 7b

 

et haut placésa, sachez que le Maître, pareil à une figure en couleurs qui tranche sur le fond d'une tapisserie, vient de monter sur son trône. Montez donc au ciel et assemblez-vous. Au même instant les voyageurs entendirent une voix forte et puissante produite par les branches des arbres qui fit entendre ces paroles de l'Ecritureh : « La voix du Seigneur brise les cèdres. » Rabbi Éléazar et Rabbi Abba se prosternèrent et furent saisis d'une grande peur ; ils se levèrent précipitamment et s'en allèrent de là, sans rien entendre de plus. Après avoir quitté cette montagne, ils continuèrent leur chemin. Arrivés chez Rabbi Yossé, fils de Rabbi Siméon, fils de Laqounya, ils .y trouvèrent Rabbi Siméon, fils de Jochaï. Ils en éprouvèrent une grande joie, et [7b] Rabbi Siméon, à son tour1, en fut charmé. Rabbi Siméon leur dit : Je suis sûr que pendant votre voyage vous avez été témoins de miracles, et que vous avez joui de la vue de merveilles célestes. Car, dans le moment où vous étiez en voyage, j'ai dormi et j'ai vu en songe Banaïas, fils de Joïada, en votre compagnie ; je l'ai vu vous envoyer, par l'intermédiaire d'un vieillard, deux couronnes pour vous en parer. Il est certain que le Saint, béni soit-il, se trouvait sur votre chemin. D'ailleurs, quand même je n'aurais pas eu ce songe, j'aurais pu deviner ce qui vous est arrivé par l'altération de vos visages. Rabbi Yossé dit à Rabbi Siméon : Tes paroles sont justes, car un sage vaut mieux qu'un prophètee. Rabbi Éléazar vint alors poser sa tête sur les genoux de son père. Il lui raconta tout ce qui lui était arrivé. Rabbi Siméon, saisi de crainte, se mit à pleurer et s'écria : Il est écrit: « Seigneur, j'ai entendu ta parole et j'ai été saisi de crainte. » Ce verset a été prononcé par Habacuc au moment où, après avoir vu la mort, il fut ressuscité par Élisée. Pourquoi avait-il nom Habacuc ? En raison des paroles d'Élisée qui dit à la Sunamite e : « Dans un an, en ce même temps, tu embrasseras un fils. » Or, embrasser s'exprime en hébreu par le mot « Habach » ;

1. C. ***

a) Cf. Zohar, II, 109b. - b) Ps., XXXIX, 5. - c) Cf. Tal., tr. Baba Bathra, 12a. - d) Habacuc, III, 2. - e) IVe Rois, IV, 16.

 

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Zohar I. – 7b

de là le nom du prophète Habacuca. Le prophète Habacuc était donc le fils de la Sunamite, et s'il porte le nom de « Habacuc », qui est une forme du pluriel, c'est parce qu'il a été embrassé deux fois, d'abord par sa mère et ensuite par Elisée, ainsi qu'il est écrith : « Il mit sa bouche sur sa bouche. » Rabbi Siméon continua : J'ai trouvé dans le livre du roi Salomon le passage suivant : «Au moment de mourir, le fils de la Sunamite fut privé des soixante-douze noms sacrés de Dieu qui sont gravés sur chaque homme vivant et qui s'effacent à l'heure de la mort. Ainsi les soixante-douze noms sacrés de Dieu, qui étaient gravés sur l'enfant dès le moment où son père l'avait procréé, s'envolèrent à l'instant de sa mort. En embrassant l'enfant mort, Élisée grava de nouveau sur son corps les soixante-douze noms sacrés de Dieuc ; c'est ce qui le fit ressusciter. Les lettres qui composent ces noms sacrés sont au nombre de deux cent seize, et toutes ces lettres furent gravées par le souffle d'Élisée. C'est pourquoi il lui donna le nom de « Habaqouq », dont les lettres présentent la valeur numérique de deux cent seize. C'est pourquoi le prophète Habacuc s'écria d : « Seigneur, j'ai entendu ta parole et j'ai été saisi de ta crainte », c'est-à-dire j'ai entendu ce que je dois goûter dans ce monde et j'ai tremblé. Voulant prier pour lui-même, il dit : « Seigneur, faites que l'oeuvre dont j'ai été témoin s'accomplisse par sa vie », c'est-à-dire pendant la vie terrestre de celui qui est le principe de la vie de toutes les générations passées futures et sans lequel il n'y a point de vie. Après avoir récité ce passage du livre du roi Salomon, Rabbi Siméon se mit à pleurer en disant : Après ce que je viens d'entendre, moi aussi, je tremble devant le Saint, béni soit-il. Il leva les mains au-dessus de sa tête et s'écria : Combien est grande la faveur céleste, dont vous étiez l'objet, de regarder face à face Rab Hammenouna, le Vieillard, ce flambeau de la doctrine ésotérique, alors que le ciel ne m'a pas jugé digne de cette faveur. Rabbi Siméon, se prosternant face contre terre, eut une vision. Il vit Rab Hammenouna, le Vieillard qui, déplaçant des montagnes, accourait vers le palais du Roi

a) Cf. Zohar, II, 45a. - b) IVe Rois, IV, 31. – c) Cf. Zohar, II, 51b et 52a. - d) Habacuc, III, 2.

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ZOHAR. I. – 7b

Messie pour l'éclairer de ses lumières. Rab Hammenouna, le Vieillard dit à Rabbi Siméon : Maître, en ce monde, tu seras le voisin des maîtres de la doctrine, assis devant le Saint, béni soit-il. A partir de ce jour Rabbi Siméon appela Rabbi Éléazar, son fils, et Rabbi Abba du nom de « Peniel », en raison des paroles de l'Écriture a : « Jacob donna à ce lieu le nom de Peniel, en disant : J'ai vu Dieu face à face. »

Il est écrit b : « Au commencement », Rabbi Hiyâ a ainsi ouvert une de ses conférences : L'Écriture ditc : « Le commencement de la « Sagesse » est la crainte du Seigneur ; tous ceux qui agissent conformément à la crainte du Seigneur et à la « Sagesse » sont remplis de l'esprit salutaire ; sa louange subsiste dans tous les siècles. » Pourquoi l'Écriture dit-elle : « Le commencement de la « Sagesse », c'est la crainte du Seigneur », alors qu'elle aurait dû dire : « La fin de la « Sagesse », c'est la crainte du Seigneur », attendu qu'on n'arrive à la crainte de Dieu qu'à la fin de la « Sagesse » ? L'Écriture parle ici de la « Sagesse suprême » qu'on atteint seulement après la crainte de Dieu, comme le dit le versetd : « Ouvrez-moi les portes de la « Justice afin que j'y entre et que je rende grâces au Seigneur. » Et l'Écriture ajoute : « C'est là la porte du Seigneur » ; car quiconque ne passe pas par la porte n'arrivera jamais auprès du Roi céleste qui est caché et mystérieux. Pour y arriver il faut passer par plusieurs palais, élevés les uns au-dessus des autres, pourvus d'un grand nombre de portes avec des serrures, de sorte que, pour arriver à la « Sagesse suprême », il faut passer par la crainte de Dieu, qui est la porte qui y donne accès. Et voici la signification de «Be» Reschith : Il y a deux (Beth = deux) Reschith, deux commencements unis ensemble. Ce sont deux points, l'un caché, l'autre visible et connu. II n'y a pas de séparation entre eux ; c'est pourquoi on emploie le singulier « Reschith ». Et tout est un, la crainte de Dieu et la Sagesse suprême, comme le verset dite : « Et ils sauront que ton nom Jéhova est seul. » Pourquoi l'Écriture appelle-t-elle la première porte du nom de « la crainte du Seigneur » ? Parce qu'elle forme

a) Genèse, XXXII, 31. - b) ibid., I,1 - c) Ps., CXI, 10. - d) Ps., CXVIII, 19. - e) Ps., LXXIII, 19.

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ZOHAR, I. – 7 b, 8 a

l'arbre du bien et du mal : Quand l'homme le mérite, l'arbre est bon, sinon il est mauvais. [8 a] C'est pourquoi la porte de la crainte repose à cet endroit, et c'est la porte qui donne accès à tous les biens de l'autre monde. Par l'expression « Esprit salutaire », l'Écriture désigne ces deux portes qui n'en forment qu'une seule. Rabbi Yossé dit : C'est l'arbre de la vie qui ne contient que le Bien, sans aucun alliage de mal. Et c'est précisément à cause de l'absence du mal que l'Écriture se sert du mot «Tob », qui veut dire « bon » pour nous indiquer qu'il est exempt de tout mal. L'Écriture dit : « Tous ceux qui agissent conformément à la crainte du Seigneur et à la Sagesse ». Elle fait allusion à ceux qui ajoutent foi aux paroles du Seigneur, qui a dita : « Je ferai une alliance éternelle, selon la miséricorde promise à David. » Tous ceux qui soutiennent l'étude de la Tora - s'il est permis de s'exprimer ainsi - agissent. Ceux qui se consacrent à l'étude n'agissent pas, puisqu'ils étudient. C'est de ceux seuls qui la soutiennent qu'il est dit qu'ils agissent. Et c'est pour cela que l'Écriture ajoute enfin : « Sa louange subsiste dans tous les siècles » ; c'est-à-dire que le trône de Dieu subsiste sur ses bases dans toute l'éternité. Rabbi Siméon consacrait à l'étude de la doctrine ésotérique toute la nuit dans laquelle l'épouse céleste s'unit à son époux céleste b1 ; car, comme il a été enseigné, tous les membres du palais de l'épouse céleste doivent passer avec celle-ci toute la nuit et la conduire le lendemain sous le dais nuptial, auprès de son époux, et se réjouir avec elle. Ils doivent consacrer la veille de l'union céleste à l'étude du Pentateuque, des Prophètes, des Hagiographes, aux explications des versets et aux mystères ; car la science ésotérique constitue en quelque sorte les joyaux de l'épouse céleste. Elle et ses jeunes filles, qui se tiennent autour d'elle, se réjouissent toute la nuit ; et le lendemain, elle se rend sous le dais nuptial, entourée de celles-ci, justement appelées « les invitées de la noce ». Au moment où

1. C'est la veille de la fête de Pentecôte, jour où la loi fut révélée aux Israélites et l'alliance contractée entre Dieu et son peuple.

a) Isaïe, LV, 3 ; cf. Zohar, I, 219a. - b) V. Zohar, III, 98a.

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ZOHAR, I. – 8 a

l'épouse se rend sous le dais nuptial, le Saint, béni soit-il, salue les compagnes de l'épouse, les bénit et les pare de couronnes tressées par l'épouse ; heureux le sort des compagnes de l'époux Rabbi Siméon1 et ses collègues chantèrent des hymnes et prononcèrent des paroles renfermant des idées nouvelles concernant la doctrine ésotérique. Aussi, s'adressant à ses collègues, Rab Siméon s'écria : Mes enfants, heureux votre sort, car demain l'épouse céleste ne se rendra sous le dais nuptial qu'accompagnée de vous, parce que vous vous êtes réjouis avec elle la veille de l'union. Tous, vous serez inscrits sur le livre céleste ; et le Saint, béni soit-il, vous comblera de soixante-dix bénédictions et vous parera de couronnes du monde supérieur.

Rabbi Siméon ensuite commença : Il est écrita : « Les cieux racontent la gloire de Dieu, etc. » Ce verset a déjà été interprété par nous d'une certaine façon ; mais il renferme encore un sens anagogique. Au moment où l'épouse céleste se prépare pour se rendre le lendemain sous le dais nuptial, elle se pare de couronnes célestes éblouissantes de lumière2 en compagnie des docteurs qui se réjouissent avec elle toute la nuit, de même qu'elle se réjouit avec eux. Le lendemain, combien de légions, d'armées et de troupes se réunissent près d'elle ! Elle et eux attendent ceux qui l'ont préparée pendant la nuit. Dès qu'ils sont tous réunis et qu'elle aperçoit son mari : « Les cieux racontent la gloire de Dieu. » Par « les cieux », il faut entendre le fiancé qui entre dans la chambre nuptiale ; le mot « mesaperim» (racontent) signifie : éclairent comme un saphir brillant d'un bout du monde à l'autre ; « la gloire de Dieu »b, c'est la gloire de la fiancée, qui s'appelle 3 « El » (Dieu), ainsi qu'il est écritc : « Dieu juge le Juste et Dieu se met en colère tous les jours. » Durant tous les jours de l'année, qui précèdent l'union céleste, l'épouse ne portait que le nom de

1. « Pendant la nuit où l'union céleste a eu lieu, Rabbi Siméon, etc. 2. A. a *** qui se rapporte naturellement aux joyaux de l'épouse céleste. - 3. F. « Car Dieu est appelé la gloire de l'épouse céleste. » Ce ne peut être assurément qu'une faute d'impression.

a) Ps., XIX, 2 ; cf. Zohar, II, 136b. - b) V. Zohar, 1, 91b ; III, 119b et 147b – c) Ps., VII, 12.

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ZOHAR, I. – 8 a

«El » (= Dieu), mais à partir du jour de l'union céleste, l'épouse porte celui de « Cabod » (= Gloire). Ces deux noms de l'épouse céleste sont superposés l'un sur l'autre, tel un joyau sur l'autre, une lumière sur l'autre, un pouvoir sur l'autre. A partir de cette union céleste, c'est une ère de grâce et de miséricorde qui commence1, sans rigueur et sans colère. Après avoir dit qu'au moment de la céleste union l'époux fait briller la gloire de l'épouse divine, l'Écriture ajoute : « Et le firmament publie les ouvrages de ses mains. » Par le terme « les ouvrages de ses mains »a, l'Écriture désigne les hommes fidèles à l'alliance que l'époux céleste a faite avec son épouse ; car les fidèles à l'alliance sont appelés « les ouvrages de ses mains », ainsi qu'il est écritb : « Que la lumière du Seigneur notre Dieu se répande sur nous : conduis d'en haut les ouvrages de nos mains, et que les ouvrages de nos mains soient conduits par toi-même. » Par l'expression « et que les ouvrages de nos mains soient conduits par toi-même », l'Écriture désigne l'oeuvre de la circoncision, qui est une marque gravée dans la chair de l'homme. Rab Hammenouna, le Vieillard, a dit ce qui suit : Il est écritc : « Que la légèreté de votre bouche ne soit pas à votre chair une occasion de tomber dans le péché. » L'Écriture nous exhorte ici à ne jamais prononcer des paroles susceptibles de nous inspirer de mauvaises pensées de nature à souiller la chair sacrée, marquée du sceau de l'alliance sacrée ; car quiconque s'en rend coupable sera jeté dans l'enfer (Gehinom). Toutes les âmes montant aux régions célestes sont obligées de passer devant la porte de l'enfer2. L'ange préposé à l'enfer a nom « Douma » ; il est toujours entouré de plusieurs centaines de mille3 d'anges exterminateurs. « Douma » se tient constamment à la porte de l'enfer (Gehinom) pour arrêter les âmes qui passent. Mais il lui est défendu d'approcher d'une âme ayant appartenu à un homme qui, durant sa vie, a conservé intact le sceau de

1. C. ***; sans cette phrase, le texte présenterait une lacune, et ce qui précède serait sans liaison avec, ce qui suit. - 2. A. et P. n'ont pas ces mots. - 3. Mot à mot : « De nombreuses fois dix mille. »

a) Ps., XIX,2 - b) Ibid., XC, 17. - c) Ecclés., V, 5.

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Zohar, I. – 8 a, 8 b

l'alliance sacrée. Après avoir commis le crime d'adultère, le roi David fut saisi de crainte. Alors Douma monta vers le Saint, béni soit-il, et lui dit : Maître de l'univers, [8b] il est écrit dans le Pentateuquea : « Si quelqu'un abuse de la femme d'un autre et commet un adultère avec la femme de son prochain, que l'homme adultère et la femme adultère meurent tous deux », et il est écritb en outre : « Vous ne vous approcherez point de la femme de votre prochain, et vous ne vous souillerez point par cette union honteuse et illégitime. » Or David vient de commettre le crime d'adultère ; comment dois-je me comporter à son égard ? Le Saint, béni soit-il, lui répondit : David n'est pas coupable ; il n'a jamais détruit le sceau de l'alliance sacrée, attendu qu'il est manifeste devant moi que Bethsabée lui était destinée dès la création du monde. Douma reprit : Si ce fait était manifeste pour vous, il ne l'était pas pourtant aux yeux de David ; donc il est coupable. Dieu lui répondit : D'ailleurs l'acte de David était licite, attendu qu'aucun de ceux qui allaient à la guerre ne partait de chez lui sans remettre préalablement un acte de divorce à sa femmee. Douma objecta : Il aurait dû alors attendre trois mois avant de faire venir Bethsabée chez lui, délai fixé par la loi pour tous ceux qui veulent épouser une veuve ou une femme divorcée. Dieu lui répondit : Quel est donc le motif de cette prescription d'attendre trois mois ? N'est-ce pas pour que, dans le cas où la femme se trouve enceinte, l'on puisse savoir si l'enfant est du premier ou du second mari ? Or, je savais qu Urie ne s'est jamais approché de sa femme ; et c'est pour cela que son nom s'écrit parfois « Uriyâ » (***) et parfois « Uriyahou » (***), mot où l'on retrouve toutes les lettres formant mon nom (***), afin d'indiquer qu'il n'a jamais cohabité avec sa femme. Douma répliqua : Maître de l'Univers, si le fait que vous me communiquez est manifeste pour vous, est-ce qu'il l'était aussi pour David ? Donc, il devait attendre trois mois. Du reste, si David eût su qu'Urie n'avait jamais cohabité avec sa femme, il ne lui aurait pas ditd : « Va-t'en

a) Levit., XX, 10. - b) Levit., XX, 18. - c) Cf. Talmud, tr. Sabbat, 56 a, et Ketoubot 9 b - d) IIe Rois. XI, 8.

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ZOHAR, I. – 8 b

chez toi et lave tes pieds. »1 Dieu répondit : « Certes, David ignorait ce fait ; mais pour ce qui est du délai de trois mois, David en fit passer un plus long entre le départ d'Urie et le jour où il fit venir Bethsabée chez lui ; il n'a pas seulement attendu trois mois, mais quatre. Il a été enseigné que le vingt-cinq Nissan David fit appeler tout Israël sous les armes. Et il se trouva le sept Sivan, avec Joab, au moment de la guerre avec les Ammonites. Il y resta les mois de Sivan, Tamouz, Ab, Eloul, et c'est le 24 Eloul seulement qu'il connut Bethsabée. Et c'est le jour de Kippour que Dieu lui pardonna. D'autres disent que c'est le 7 Adar que David appela les Israélites sous les armes. Ils se réunirent le 15 Iyar, et c'est le 15 Eloul qu'il connut Bethsabée. Et c'est le jour de Kippour que Nathan lui annonçaa : « Le Seigneur aussi a fait disparaître votre péché ; vous ne mourrez point.» Que signifient les mots « vous ne mourrez point » ? Vous ne mourrez point par la main de Douma. Enfin Douma s'écria : Maître de l'Univers, j'ai encore un mot à dire au sujet de David. N'a-t-il pas prononcé sa propre condamnation en répondantb au prophète Nathan : «Je jure au nom du Seigneur que celui qui a commis cette mauvaise action est digne de mort. » Donc, j'ai maintenant un pouvoir sur lui. Dieu lui répondit : Non, tu n'as aucun droit sur lui, car il s'est confessé à moi en disant : « J'ai péché contre le Seigneur », bien qu'en réalité il ne fût pas coupable. Son seul péché était d'avoir fait exposer Urie à la mort ; mais en expiation de ce péché, je l'ai puni en le faisant passer, dans l'Ecriture, comme coupable, punition qu'il a acceptée avec résignation. Aussitôt que Dieu eut fini de parler, Douma retourna désappointé à son poste. C'est pourquoi David a ditc : « Si le Seigneur ne m'eût assisté, peu s'en serait fallu que mon âme ne tombât à Douma. » Les mots « Si le Seigneur ne m'eût assisté » signifient : Si Dieu ne se fût institué mon défenseur". Que signi‑

 

1. On sait que « laver les pieds » signifie, en hébreu, les relations conjugales. V. Bamidbar Rabbah, sect. Beschalab.

a) IIe Rois, XII, 13. - b) IIe Rois, XII, 5. - c) Ps., XCIV, 17. - d) Cf. Zohar, I, 94a.

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ZOHAR, 1. – 8 b

fient les mots « peu s'en serait fallu s ? David voulait dire qu'il s'en serait fallu, pour que son âme tombât entre les mains de Douma, d'un instant aussi court que celui pendant lequel l'homme le plus saint peut perdre son âme. C'est pourquoi l'homme doit se garder de ne jamais prononcer sa propre condamnation, à l'exemple de David, pour que Douma ne puisse la faire valoir, comme preuve de la faute. Aussi l'Ecriturea dit-elle : « Ne dites pas devant l'ange : c'est ma faute », c'est-à-dire ne dites rien dont l'ange Douma puisse conclure à votre faute, L'Ecriture ajoute : « Pourquoi irriter Dieu contre tes paroles et faire détruire les ouvrages de tes mains », c'est-à-dire pourquoi irriter Dieu par votre propre condamnation, qui permettrait à Douma de vous considérer comme des hommes qui, ayant souillé leur corps, ont, par ce fait, détruit le sceau de l'alliance sacrée empreint sur une chair sainte. Les parolesb « les ouvrages de tes mains » désignent le sceau de l'alliance sacrée. C'est pourquoi l'Écriturec dit : « Et le firmament publie les ouvrages de ses mains. » « Les ouvrages de ses mains », ce sont les hommes qui forment la suite de l'épouse céleste et dont les noms sont publiés par le firmament. Qu'est-ce que l'Écriture entend par l'expression « firmament » ? C'est cette voûte éthérée ornée du soleil, de la lune, des étoiles et de toutes les constellations. Ced firmament constitue le livre de Dieu1. Dans ce livre, Dieu inscrit les noms de tous les saintse qui, durant leur vie, ont conservé intact le sceau de l'alliance sacrée. Cette inscription se fait à l'aide de la création de nouveaux astres ; l'arrivée de chaque âme nouvelle au ciel fait naître un astre nouveau2. L'Écriture nous apprend donc que le firmament publie les noms des saints qui ont vécu dans la chasteté, afin que nous invoquions l'intercession de ces saints auprès de Dieu ; car Dieu les exauce toujours. L'Écrituref continue : « Un jour annonce à un autre jour la Parole », c'est le jour le plus sacré des jours célestes

 

1. Mot à mot : livre des mémorandums. - 2. M., C. et LL. ont ***

 

a) Ecclés., v, 5 - b) Ibid. - c) ps., XIX, 2. - d) Cf Zohar, II, 34a. - e) Cf Zohar, II, 70a. - f) Ps., 1.c., 3

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Zohar I. – 8 b, 9 a

du roi, qui loue ses compagnons, et répète les paroles que chacun des doctes a dites à son compagnon. L'Ecriturea ajoute : « Et une nuit apprend à l'autre nuit le Savoir », c'est-à-dire une nuit communique à l'autre le mystère de « savoir » qui - s'il est permis de s'exprimer ainsi - est né la nuit de l'union entre les époux célestes, et qui éclaire toutes les intelligences. « Il n'y a point de discours, point de paroles qui y soient entendus », dit l'Ecritureb ; c'est-à-dire, il n'y a point de discours ni de paroles touchant les choses profanes, qui parviennent jusqu'au Roi saint ; car il ne veut pas les entendre. Puis l'Écriture ajoute : « Leur mesure s'est répandue sur toute la terre », c'est-à-dire les oeuvres [9a] faites avec une mesure, c'est-à-dire les habitations célestes et les habitations terrestres ; et c'est à l'aide de ces paroles que furent créés les cieux et la terre. Et pour que l'on n'imagine pas que ces paroles ne sont qu'en un seul point, l'Écriture ajoutec « Et leurs paroles se font entendre d'un bout de l'univers à l'autre. » Mais puisque les cieux furent créés à l'aide de ces paroles, qui est-ce donc qui réside dans les cieux ? L'Écriture répond : « i1 fit des cieux une tente pour le Soleil », c'est-à-dire le Soleil sacré a établi sa résidence dans les cieux qui lui servent de dais. Dès qu'il est dans les cieux et s'en pare « il est comme un époux qui sort de dessous son dais ». Il se réjouit et il parcourt les cieux. De là il s'en va et monte dans une autre tour qui se trouve dans un autre endroit. Telle est la signification des paroles de l'Ecrilured : « Il sort de l'extrémité du ciel, et son orbite est à l'autre extrémité », c'est-à-dire il part du monde supérieur et arrive en ce bas monde. Le mot « Outhqouphatho » exprime l'idée de rondeur, c'est-à-dire la terre. C'est pour la même raison qu'on appelle la durée d'une année « thqouphath ha-sanâ », parce que, dans cet espace de temps, la terre a vu tous les rayons de la circonférence solaire, qu'elle entoure de tous côtés1. « Et il n'y a personne qui se cache à sa

1. Le mouvement de la terre autour du soleil était donc enseigné par la Tradition. V. Zohar,III, 10 a.

a) Ps., 1. c., 3. - b) ibid, 4. - c) Ibid., 5. - d) lbid., 7.

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Zohar I.9 a

chaleur », dit l'Écriturea. De même que le soleil, qu'il soit visible sur la terre ou non, ne cesse de chauffer celle-ci par ses rayons1, de même il n'y a rien qui puisse se cacher de lui. Par le mot « sa chaleur on désigne la doctrine ésotérique ; c'est pourquoi l'Écriture ajouteb : « La loi du Seigneur est parfaite. » A partir de ce verset, l'Écriture répète six fois consécutives le nom (tétragramme) de « Jéhova » ; il y a en outre six versets depuis le commencement du chapitre jusqu'au verset précité. C'est pour nous indiquer le mystère renfermé dans le mot « Bereschith » qui a six lettres, Bara sith », c'est-à-dire il créa les six. Car c'est par les six lettres du mot « Bereschith » que Dieu créa les cieux et la terre. C'est également pour cette raison qu'après le mot Bereschith toute l'oeuvre de la création est exprimée en six mots : «Créa Dieu, les cieux et la terre. »

Pendant que Rabbi Siméon faisait cette conférence, Rabbi Éléazar, son fils, et Rabbi Abba venaient d'entrer. Rabbi Siméon leur dit : En vérité, la face de la « Schekhina » arrive ; c'est pourquoi je vous ai appelésc « Peniél », parce que vous avez vu la « Schekhina » face à face. Et maintenant que je vous ai dévoilé le mystère renfermé clans les versets concernant Banaïas, fils de Joïada, qui désigne manifestement l'Ancien sacré ; et après vous avoir dévoilé le vrai sens du verset qui vient après et d'autres versets mystérieux, je vais vous donner également l'explication d'un autre passage biblique. Il commença : Il est écritd : « Et il tua l'Égyptien haut de cinq coudées. » Ce verset renferme le même mystère que nous avons indiqué précédemment au sujet de Banaïas, fils de Joïada. Par le mot « Égyptien l'Écriture désigne celui dont nous avons parlé, c'est-à-dire Moïse. En disant qu'il était haut de cinq coudées, l'Écriture fait allusion au versete : « Moïse était devenu très grand dans toute l'Égypte, tant aux yeux des serviteurs de Pharaon que de tout son peuple. » Le mot « haut » désigne moins la

 

1. Mot à mot : « Ne cesse d'avoir la terre exposée aux rayons de sa circonférence. »

a) Ps., 1. c., 7. - b) Ibid., 8. - c) V. Zohar. I, 7b. - d) I Paralipom., XI, 23. - e) Exode. XI, 3

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ZOHAR. 1. – 9a

hauteur du corps que l'élévation de l'âme ; c'est ainsi qu'il faut entendre la tradition qui dita qu'Adam mesurait en hauteur un nombre de coudées équivalent à celui qui sépare les deux extrémités de la terre. La tradition veut dire qu'Adam dominait toute la terre. De même, en disant que Moïse mesurait cinq coudées, l'Écriture entend que Moïse pratiquait les cinq vertus1 qui mènent à la perfection. L'Écriture ajoute : « Et l'Égyptien portait une lance comme la navette du tisserand. » L'Écriture fait allusion au sceptre de Moïse, sur lequel étaient gravées les lettres formant le nom sacré ; ces mêmes lettres, au nombre de quarante-deux, étaient gravées sur la navette de Beseléel, ainsi qu'il est écritb : « Il les remplit tous deux de sagesse, pourc faire toutes sortes d'ouvrages qui peuvent se faire en bois, en étoffes de différentes couleurs et en broderie. » Les lettres formant le nom sacré se lisaient sur toutes les faces du sceptre de Moïse ; chacune des quarante-deux lettresd répandait une lumière d'une couleur différente. Le reste du verset a déjà été expliqué précédemment. Heureux le sort de Moïse. Venez, chers amis, venez et laissez-nous émettre des idées nouvelles relatives à la doctrine ésotérique, idées qui formeront les joyaux de l'épouse céleste ; car, quiconque suivra l'épouse céleste durant cette nuit de l'union, sera préservé de tout mal au ciel et sur la terre à jamais ; il jouira de la paix céleste jusqu'à la consommation des temps, ainsi qu'il est écrite : « l’ange du Seigneur environnera ceux qui le craignent, et il les délivrera. Goûtez, et voyez combien le Seigneur est doux ; heureux l'homme qui espère en lui ! »

Rabbi Siméon ouvrit une de ses conférences par l'exorde suivant : Il est écritf : « Au commencement créa Dieu. » Ce verset demande méditation. Quiconque dit qu'il y a un autre Dieu

1. Le « Etz ha-Haviin n, ch. LXIII, interprète les mots *** « les cinq vertus qui mènent à la perfection » l'amour de Dieu, la chasteté, la charité, l'humilité et la persévérance dans l'étude de la doctrine ésotérique. V. Reschith Hoema, ch. XXXII, et Sepher ha-Kavanoth, ch. XVIII.

 

a) V. tr. Kallâ, IV et ailleurs. - b) Exode, XXXV, 35. - c) Ibid., XXXVIII, 23. - d) Cf. Zohar, II, 260 a. - e) Ps., XXXIV, 8 - f) Gen.,I,1.

 

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Zohar I – 9 a, 9 b

s'exclut de tous les mondes, ainsi qu'il est écrita : « Vous leur parlerez de la sorte : Les dieux qui n'ont point fait les cieux et la terre seront exterminés de la terre et périront sous les cieux ; cela. » Car il n'y a point d'autres dieux hors du Saint, béni soit-il, qui est le Dieu unique. [9b] Ce verset est rédigé dans l'Écriture, en langue chaldaïque, sauf le dernier mot « cela » (Éléh), qui est écrit en langue hébraïque. Pourquoi ? On pourrait répondre que le verset a été rédigé en langue chaldaïque afin qu'il ne soit pas compris des anges qui ne comprennent pas cette langue b. Mais pourquoi ne pas l'avoir rédigé en langue hébraïque, pour que les anges le comprennent et témoignent de l'unité de Dieu ? La vraie raison pour laquelle ce verset a été rédigé en langue chaldaïque, est celle-ci : « Afin que les anges ne portassent pas envie aux hommes et ne leur fissent pas de mal.» Car, par l'expression « les dieux qui n'ont point fait les cieux et la terre », l'Écriture désigne certains anges qui, révoltés contre le ciel, se font passer pour des dieux. L'Écriture se sert du mot « arga » pour désigner la terre, alors que la terre, en langue chaldaïque, est appelée «area ». Pourquoi ? C'est pour faire allusion à « Arqa », qui est une des sept terres existantes en basc ; là habitent les petits-fils de Caïn. Après avoir été chassé de la terre, Caïn descendit à « Arqa », où il engendra des enfants. Caïn se trouva soudainement sur «Arqa », sans savoir par qui il avait été transporté. La terre «Arqa » est formée de deux parties, dont l'une est constamment inondée de lumière, et l'autre toujours plongée dans les ténèbres. Il y a là deux chefs, dont l'un règne sur la partie éclairée, et l'autre sur la partie privée de lumière. Ces deux chefs étaient constamment en guerre l'un contre l'autre. A l'époque où Caïn descendit à « Arqa », il opéra l'union de ces deux chefs, en complétant l'un par l'autre. C'est sous cette forme unie qu'ils s'aperçurent que c'est à Caïn qu'ils devaient leur existence1, et que, partant, ils étaient ses en‑

1. Comme le Z. commence par dire *** et qu'il finit par ***, il est évident que les enfants engendrés par Caïn sur Arqa n'étaient autres que les deux chefs Aphrira et Qastimon, lesquels, n'étant devenus conscients d'eux-mêmes que grâce à leur union opérée par Caïn, sont considérés comme les enfants de celui-ci. V. Sepher Yetzira, ch. III, IX et XXVII.

 

a) Jérémie, X, 11. - b) Cf. Zohar, I, 74b, 75a et 89a ; voir également T. tr. Sabbat, 12b, et tr. Sotah, 33a. - e) V. Zohar, I, 19b, 24b, 25b, 37a, 58a et 126a

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Zohar, I. – 9b

fants. C'est pourquoi, bien qu'unis, ils ont deux têtes, comme s'ils avaient deux corps1. Au lieu d'être réparties entre les deux différentes parties de 1' « Arqa »2, la lumière et les ténèbres se succèdent3 alternativement sur 1' « Arqa » ; seulement, quand il fait jour, c'est la tête du chef de la partie de 1' «Arqa », précédemment toujours éclairée, qui dominea ; et quand il fait nuit, c'est la tête de l'autre chef qui domine. Ce changement dans la répartition de la lumière et des ténèbres sur 1' « Arqa» est survenu à la suite de l'union des deux chefs en un seul. Mais ces deux têtes étant réunies sur un seul corps, il s'ensuit que la lumière n'est pas pure de tout alliage ténébreux, et les ténèbres ne sont pas entièrement dépourvues de lumière. Ainsi furent unis ces deux chefs, dont l'un s'appelle « Aphrira » et l'autre « Qastimon ». Avant leur union, ils étaient semblables aux anges, pourvus de six ailes4 ; l'un avait la forme d'un bœuf, l'autre celle d'un aigle. Quand ils furent réunis ensemble, ils prirent la forme d'un homme, et c'est sous cette forme qu'ils engendrèrent d'autres êtres semblables à eux. Lorsqu'ils se trouvent dans les ténèbres, ils se métamorphosent en un serpent à deux tètes ; ils rampent comme un serpent ; ils se plongent dans le grand océan et descendent à l'Abîme, séjour des dénions. Lorsqu'ils atteignent le repaire d'« Aza» et d' « Azaèl »b, ils irritent ceux-ci et les narguent au point de leur faire prendre la fuite. « Aza » et « Azaël » se sauvent vers les montagnes obscures, craignant que l'heure ne soit déjà venue de rendre compte de leur conduite au Saint, béni soit-il.

 

- 1. Le commentateur Derekh Emeth a confondu le mot *** (= corps) avec *** (= serpent). - 2. Comme cela se passait avant l'union des chefs. - 3. Après l'union des deux chefs. - 4. S. et LL. ont ***, pour indiquer que c'était chacun d'eux qui en était pourvu. D'après les commentateurs rabbiniques, entre autres le Minhath Yehouda, fol. 142b, les anges pervertis dont parle la Genèse (VI, 2) étaient des descendants d'Aphrira et de Qastimon. Voir également à ce sujet Sepher ha-Kavanoth, ch. XIX.

a) V. Sepher ha-Pardès, ch. LVII. - b) V. Zohar, I, 58a

 

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ZOHAR, I. – 9 b

Les deux chefs traversent ensuite le grand océan à la nage, s'élèvent dans les airs et vont visiter, pendant la nuit, « Naàmâ »a, la mère des démons, celle qui a séduit les premiers anges. Celle-ci parcourt d'un bond six mille parasanges1, en prenant successivement diverses formes humaines, pour séduire et corrompre les hommes. Les deux chefs s'élèvent enfin dans les airs, parcourent toute la terre et retournent à « Arqa », où ils vont exciter les petits-fils de Caïn, en leur suggérant des pensées de luxure, à engendrer dans le péché. Vue de 1' «Arqa la disposition des constellations est différente de celle que nous apercevons de notre terre. La saison des semailles et des récoltes y est également différentes des nôtres ; elles ne s'y renouvellent qu'au bout d'un nombre considérable d'années et de siècles. En disantb : « Les dieux qui n'ont point fait les cieux et la terre seront exterminés de la terre et périront sous les cieux ; cela », l'Écriture veut dire que les deux chefs de 1' « Arqa» qui se font passer pour des dieux, mais qui, en vérité, n'ont point fait ni les cieux ni 1' «Arqa », seront exterminés de la terre, c'est-à-dire de notre terre appelée « Thèbel », et qui est supérieure aux six autres. Par les mots « seront exterminés », l'Écriture entend que ces deux chefs n'auront aucun pouvoir sur les habitants de notre terre, qu'ils ne pourront plus parcourir les régions placées sous nos cieux, c'est-à-dire les régions d'où la disposition des constellations paraît exactement telle que nous la voyons de notre terre, qu'ils seront enfin impuissants à souiller les corps des hommes, en provoquant, pendant la nuit, chez ceux-ci, des pertes séminales. Et l'Écriture ajoute : « Cela », c'est-à-dire le bannissement de ces deux chefs s'opérera par « Cela» (Éléh), au nom de qui les cieux et la terre furent créés, ainsi que nous l'avons déjà ditc précédemment. C'est pourquoi ce verset biblique a été rédigé en langue chaldaïque, afin que les anges supérieurs ne se méprissent sur le mot « dieux » et ne crussent que ce mot les désignât ; car ils n'auraient pas manqué, dans ce cas, de requérir

1. La « Parsah » talmudique équivaut à environ six mille mètres. Chaque fois que le Z. parle de six mille parasanges, il entend le tour du monde.

a) V. Zohar, I, 15b et 55a. - b) Jérémie, X, 11. - c) Zohar, I, 3b.

 

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Zohar, I, - 9b, 10a

contre les humains. C'est pourquoi également le mot « Cela » (Éléh) est écrit en langue hébraïque, parce qu'il désigne le nom sacré, qui ne peut pas se traduire en langue chaldaïque, s'écrivant identiquement dans toutes les langues.

Rabbi Éléazar dit à son père : Que signifient les paroles de l'Écriture : « Qui ne te craindra, ô Roi des gentils ? pourtant tout t'appartient.» Quel éloge est-ce d'être le roi des gentils ? Rabbi Siméon lui répondit : Sache, Éléazar mon fils, sache que ce verset a été interprété de diverses façonsb ; mais il est certain qu'aucune des interprétations données ne correspond au sens véritable de l'Écriture ; et ce qui le prouve, c'est la suite du verset : « Car, parmi tous les sages des gentils et parmi tous leurs royaumes, nul n'est semblable à toi. » Ce verset a pour but de fermer la bouche aux coupables qui s'imaginent que le Saint, béni soit-il, ne connaît rien de leurs pensées et de leurs méditations1c. Aussi le moment me semble-t-il opportun de te faire connaître leur démence. Un philosophe des gentils vint un jour me trouver et me dit : Vous dites que votre Dieu réside au plus haut des cieux et qu'aucune légion d'anges ne peut l'approcher, ni connaître son essence. Or, le verset : « Car, parmi tous les sages des gentils et parmi tous leurs royaumes, nul n'est semblable à toi », n'exprime pas une glorification digne d'un tel Dieu ; car, quelle gloire est-ce pour un Dieu de ne pas trouver parmi les hommes, [10a] êtres périssables, quelqu'un qui lui soit semblable ? En outre, vous enseignez que de ce que l'Ecritured dit : « Il ne s'éleva plus dans Israël de prophète semblable à Moïse », on peut conclure que c'est seulement parmi Israël que Moïse n'avait pas son semblable, mais qu'il l'avait bien parmi les autres peuples du monde. Or, faisant valoir une pareille façon de déduction, je pourrais conclure du verset (le Jérémie précité que ce n'est que parmi les sages des gentils que Dieu n'a pas son semblable, mais qu'il l'a bien parmi les sages

1. Le Z. parle des peuples païens qui, gouvernés par des anges particuliers, ainsi que cela est dit plus loin, s'imaginent que Dieu ne s'occupe pas de leurs actes ni de leurs pensées.

a) Jérémie, X, 7, - b) V. Zohar, II, 95b. - c) Cf. Zohar, II, 36a. - d) Deutér., XXXIV, 10

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ZOHAR, I. – 10 a

d'Israël ; il s'ensuivrait que parmi ces derniers il y a des sages semblables à Dieu ; donc celui-ci ne serait plus le maître! Examine ce verset et tu verras que j'argumente judicieusement. Je répondis à ce philosophe : En effet, tu as raison de dire que parmi les sages d'Israël il y en a qui sont semblables à Dieu. Qui ressuscite les morts ? n'est-ce pas le Saint, béni soit-il ? Et pourtant Éliea et Éliséeb ont ressuscité des morts. Qui fait pleuvoir ? n'est-ce pas le Saint, béni soit-il ? Et pourtant, grâce à la prière, Éliec put empêcher la pluie et la faire tomber ensuite. Qui a créé les cieux et la terre ? n'est-ce pas le Saint, béni soit-il ? Et pourtant ce fut Abraham qui les fit subsister, grâce à son mérited. Qui règle le cours du soleil ? n'est-ce pas le Saint, béni soit-il ? Et pourtant Josué fit taire le soleil et lui ordonna de s'arrêter, ainsi qu'il est écrite : « Et le soleil se tut et la lune s'arrêta. » Le Saint, béni soit-il, décrète des châtiments, et Moïse aussi en décréta un certain nombre, et ces décrets se réalisèrent. En outre, le Saint, béni soit-il, décrète des châtiments, et les Justes d'Israël en détournent l'effet, ainsi qu'il est écritf : « La domination appartient à l'homme ; le Juste domine la crainte du Seigneur. » Il y a plus ; Dieu lui-même commande aux Justesg d'Israël de marcher dans sa voie et de s'assimiler à lui en tout. Après cet entretien, ce philosophe, me quittant, alla se convertir dans le village de Sehalim, où on le dénomma Yossé Qatinaâ (l'Humble). Dans ce village, ce philosophe s'appliqua à l'étude de la doctrine et devint un des sages et des méritants de la contrée. Maintenant revenons à examiner le verset précité, qui offre d'autant plus de difficultés que l'Écriture même dit ailleurs h : « Tous les gentils du monde sont devant lui comme s'ils n'étaient point, et il les considère comme un vide et comme un néant. » Quelle gloire est-ce donc pour Dieu de ne pas trouver son semblable parmi les sages des gentils ? Et, en outre, que signifient les paroles : « Qui ne te craindra, ô Roi des gentils ? » Dieu est-il donc le roi des gentils, et non pas le roi d'Israël ? Mais

 

a) IIIe Rois, XVII, 17-22. - b) IVe Rois, IV, 32-35. - c) IIIe Rois, XVII, 1, et XVIII, 45. - d) Gen., XVIII, 17-32. - e) Josué, X, 13. - f) IIe Rois, XXIII, 3. - g) Lévit., XIX, 2, et Deutèr., XXX, 20. - h) Isaïe, XL, 17

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ZOHAR. 1. – 10 a

la vérité est que partout, le Saint, béni soit-il, veut être glorifié par Israël, et n'attache son nom qu'à Israël seul, ainsi qu'il est écrita : « Le Dieu d'Israël, le Dieu des Hébreux », et ailleursb, : « Voici ce que dit le Seigneur, le Roi d'Israël. » Ainsi Dieu est appelé Roi d'Israël. Mais les autres peuples du monde disent : Nous avons d'autres patrons au ciel, attendu que le Roi des Israélites ne règne que sur ceux-ci seuls, et non sur nous. C'est pourquoi l'Écriture dit : « Qui ne te craindra, Roi des gentils », c'est-à-dire quel est ce roi des gentils qui ne te craindra pas1 ? L'Écriture fait allusion aux grands chefs célestes qui régissent les gentils. Car, il y a au ciel quatre anges régnant, qui gouvernent tous les autres peuples ; mais, malgré cela, il ne leur est pas permis d'accomplir le moindre acte, sans que celui-ci ne leur ait été commandé, ainsi qu'il est écritc : « Tous les habitants de la terre sont devant lui comme un néant ; et à l'aide des armées célestes, il accomplit tout ce qui lui plait parmi les habitants de la terre. » Par l’expression «les sages des gentils », l'Écriture désigne les chefs célestes des gentils, dont émane toute la sagesse des gentils ; et par l'expression « parmi tous leurs royaumes », l'Écriture désigne également ces règnes des chefs des gentils, ainsi que nous venons de le dire. Tel est le sens du verset précité. J'ai trouvé dans les livres anciens le passage suivant : « Bien que les chefs célestes aient sous leurs ordres des légions et des armées d'anges chargés chacun d'une mission particulière sur la terre, il n'y en a aucun qui soit semblable à vous, ô Seigneur ; car vous êtes manifeste en haut et manifeste dans votre oeuvre.» Telle est la signification des paroles « nul n'est semblable à toi », c'est-à-dire, nul n'est semblable au Mystérieux sacré, qui fasse en sorte d'être en même temps aux cieux et sur la terre. Nul n'est semblable à toi, ô Seigneur, dans toute cette oeuvre sublime établissant le Roi saint aux cieux et sur la terre. Car, des chefs des gentils, il est ditd : « Ils

 

1. S., A. et V. donnent, entre parenthèses, la variante suivante : *** (pour***) *** (sic!)***.

a) Exode, V, 3. - b) Isaïe, XLIV, 6. - c) Daniel, IV, 3. - d) Isaïe, XLIV, 9.

 

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ZOHAR, I. – 10a, 10b

sont le néant, et leurs ouvrages les plus estimés ne serviront de rien. » Du Saint, béni soit-il, l'Écriture dit : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre »; tandis que, de leur règne, l'Écriture dit : « Et la terre était informe et chaotique. » Rabbi Siméon dit à ses collègues : A l'occasion de l'union céleste, que chacun de vous pare l'épouse céleste d'un joyau. S'adressant ensuite à Rabbi Éléazar, son fils, il lui dit : Éléazar, offre une parure à l'épouse céleste en récompense de quoi tu seras jugé digne, demain, de contempler l'épouse céleste lorsque, accompagnée des hymnes et des louanges de sa suite céleste, elle se rendra sous le dais nuptial. Rabbi Éléazar commença de cette façon : Il est écrita : « Qui est celle-ci qui s'élève du désert ? » Les mots « qui » et celle-ci » désignent les deux saintes hypostasesb, qui sont unies par un trait d'union unique, par un lien unique; et ce trait d'union, ce lien, c'est l'hypostase appelée « Holocauste » (Olâ) ; car le mot «Olâ », qui signifie au sens littéral «s'élève», désigne en réalité 1' « Olâ » (Holocauste) proprement dit, qui est le Saint des saints. Ainsi « Qui » (Mi) s'unit à « Celle-ci » (Zoth), pour que Holocauste » (Olâ), qui est le Saint des saints, vienne du désert; car c'est du désert que, selon la tradition, cette épouse céleste doit venir en se rendant sous le dais nuptial. Les paroles de l'Écriture « Olâ min ha-midbar », qui signifient, d'après le sens littéral, « s'élève du désert », ont encore un autre sens anagogique. « Olâ » (Holocauste) est fait de « Midbar » (Verbe ; car le mot Midbar » signifie aussi le Verbe, ainsi qu'il est écritc : « Ton Verbe (midbarekh) est agréable. » L'Écriture nous apprend que le Verbe [10b] sorti de la bouche de Dieu est devenu Holocauste (Olâ). Nous avons appris par la tradition ce qui suit : Que signifient les paroles de l'Écritured : « Qui nous sauvera de la main de ce Dieu puissant ? C'est ce Dieu qui a frappé l'Égypte de tant de plaies dans le désert (ba-midbar). « Pourquoi dans le désert ? Est-ce dans le désert que le Saint, béni soit-il, frappa les Égyptiens de plaies ? C'était pourtant dans leur propre pays que les Égyptiens furent frappés de plaies. Le mot « ba-midbar »

 

a)Cant., III, 6. - b) Cf. Zohar, I, 176a. - c) Cant., IV, 3. - d) I° Rois, IV, 8.

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ZOHAR. I. – 10b

ne signifie pas « dans le désert », mais bien « par le Verbe », ainsi qu'il est écrita : « Ton Verbe (midbarekh) est agréable », et ailleurs b; « Parce que vous ne comprenez ni les avertissements venant de l'Orient et de l'Occident, ni ceux venant du Verbe (mi-midbar) sur les montagnes. » De même les paroles « Olâ min ha-midbar » signifient : u Olâ u est fait de u Midbar », c'est-à-dire le Verbe (Midbar) s'est fait Holocauste (Olâ). Car, venant de la bouche de Dieu, le Verbe s'introduit entre les ailes de la mère, et, sortant de là, il descend sur la tête du saint peuple. La descente de la mère par le Verbe s'opère grâce aux louanges adressées au ciel. Quand l'homme se lève le matin, il doit bénir son maître; aussitôt qu'il ouvre les yeux, il doit le bénir. Les pieux de l'antiquité procédaient de la manière suivante : ils plaçaient à côté d'eux un vase d'eau, et, au moment du réveil, ils se lavaient les mains, se mettaient à étudier la doctrine en disant la prière qui accompagne l'étude. Lorsque le coq chante, c'est-à-dire à minuitc, le Saint, béni soit-il, se trouve au paradis en compagnie des Justes, et il convient de le bénir en ce moment. Mais il est défendu de le bénir tant que les mains sont souillées et impures. Ceci ne s'applique pas seulement à l'heure de minuit, mais à toutes les heures; car, au moment où l'homme dort, son âme le quitte, et lorsqu'il est privé de son âme, un esprit, impur apparaît et s'attache à ses mains qu'il souilled. C'est pourquoi il est défendu de bénir Dieu, tant qu'elles ne sont pas lavées. Ce précepte trouve une application, même pendant le jour, où l'homme ne dort pas et où, par conséquent, l'âme ne quitte pas le corps pour que l'esprit impur puisse s'attacher à celui-ci : c'est lorsque l'homme se trouve dans un lieu malpropre. Car, en sortant d'un tel endroit, il est défendu de bénir Dieu ou de réciter un seul mot de l'Écriture sans s'être lavé les mains, alors même que celles-ci n'ont touché à rien d'impur. Malheur aux hommes qui dédaignent ces choses, parce qu'ils ne connaissent point l'élévation de leur Maître, ni ne savent sur quoi repose ce monde ! Car il y a un mauvais esprit dans chaque

 

a) Cant., l. c. - b) Ps., LXXV, 7. - (-) V. Zohar, I, 60b, 169b et 384b. - d) Cf. Talmud, tr. Pessahim, fol 111b, et tr. Houllin, fol. 105b.

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ZOHAR, I. – 10b

endroit malpropre; cet esprit se complaît dans la malpropreté et s'attache aux doigts de l'homme qui y passe.

Rabbi Siméon dit : Quiconque se divertit durant les jours de fêtea sans donner la part à Dieu est un avare ; Satan le hait, requiert contre lui et l'enlève du monde. O combien sont terribles les châtiments1 qui attendent un tel homme ! On donne la part à Dieu en divertissant le pauvre selon ses moyens. Car, durant les jours de fête, le Saint, béni soit-il, vient visiter ses vases brisés2 et lorsqu'il voit que ceux-ci sont privés du nécessaire, il les plaint et remonte au ciel, décidé à anéantir le monde. Les âmes des Justes3 arrivent alors devant Dieu et lui disent : Maître de l'Univers, tu es appelé dans l'Écriture « Compatissant et Clément »; aie pitié de tes enfants ! Dieu leur répond : Est-ce que la miséricorde n'est pas la seule base sur laquelle j'ai établi le monde, ainsi qu'il est écritb : « Le monde est édifié sur la miséricorde ? » Les Anges célestes disent ensuite à Dieu : Maître de l'Univers, voici un tel qui mange, qui se rassasie et qui a les moyens de faire du bien aux pauvres, mais qui ne le fait pas. Aussitôt l'accusateur se présente, et, après avoir demandé la permission d'agir, se met à la poursuite du coupable. Quel homme au monde a dépassé le patriarche Abraham en bienveillance envers toutes les créatures ? Et pourtant voici ce que la tradition nous apprend : Le jour du festin d'Abraham est décrit dans l'Écriture', en ces termes : « Et l'enfant crut, et on le sevra, et Abraham fit un grand festin au jour qu'il fut sevré. » Abraham invita à ce festin tous les grands hommes de l'époque. A chaque festin, nous apprend la tradition, un ange accusateur descend pour s'enquérir si l'amphitryon a d'abord envoyé une partie des mets à la maison des pauvres et s'il

 

1. Mot à mot : « Combien de châtiments sur châtiments qui s'accumulent autour de lui. » - 2. Allusion aux paroles de Rabbi Hiyâ, dans le Tiqouné Zohar, XXI : « Les hommes sont les vases de Dieu; les riches sont des vases intacts; les pauvres sont des vases brisés. Mais si les hommes donnent la préférence aux vases intacts, Dieu aime davantage ses tessons. » - 3. Le Nitzoutzé Oroth. a. I., traduit *** « âmes des Justes », attendu que ce sont elles qui composent l'école céleste.

 

a) Cf. Zohar, II, 88b. - b) Ps., LXXXIX, 3. - c) Gen., XXI, 8.

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ZOHAR, I -10b,11

en a invité à sa table. Dans le cas affirmatif, l'ange accusateur s'écarte de la maison et n'y entre pas; dans le cas contraire, il monte au ciel et requiert contre l'amphitryon. Le jour où Abraham invita tes grands hommes de l'époque, l'ange accusateur se présenta à sa porte déguisé en pauvre; mais personne n'y fit attention. Abraham était occupé à servir ses invités, des rois et des grands hommes, alors que Sara allaitait les enfants de tous ceux qui ne croyaient pas qu'elle venait d'accoucher ; car nombre de personnes prétendaient qu'Isaac était un enfant trouvé dans la rue et apporté chez Sara. C'est pourquoi tous ceux qui n'y croyaient pas apportèrent leurs enfants, pour que Sara les allaitât en leur présence. Aussi l'Ecriturea dit-elle : « Qui croirait qu'on aurait jamais pu dire [11a] à Abraham que Sara allaiterait des fils. » L'Écriture parle de plusieurs fils. C'était au moment où l'ange accusateur se tenait à la porte, que Sara prononça les paroles : « Dieu m'a faite un sujet de rire. » Aussitôt l'ange accusateur se présenta devant le Saint, béni soit-il, et lui dit : Maître de l'Univers, tu appelles Abraham « mon ami »; or, il vient de faire un festin, sans t'en accorder aucune part, puisqu'il n'a rien donné aux pauvres1 et ne t'a pas même offert le sacrifice d'une tourterelle; en plus, Sara a dit que tu t'es raillé d'elle. Le Saint, béni soit-il, répondit à l'ange : « Quel homme au monde est aussi charitable qu'Abraham ! Mais l'accusateur ne se tint pour satisfait que lorsqu'il eut obtenu la promesse que tout ce festin serait bientôt troublé. Aussi, peu de temps après ce festin, Dieu ordonna-t-il à Abraham d'offrir Isaac en holocauste, et décréta-t-il la mort de Sara, survenue à la suite de la frayeur qu'elle éprouva en apprenant l'ordre de Dieu, concernant l'immolation de son fils2. Toutes ces peines ont eu pour seule cause un manque de charité envers les pauvres.

1. *** est l'explication de *** - 2. D'après le Talmud et le Bereschith Rabbah, l'Écriture raconte la mort de Sara (Gen., XXIII) immédiatement après l'ordre d'immolation d'Isaac (ibid, XXII), pour enseigner que la mort de Sara est survenue à la suite de la frayeur qu'elle éprouva en apprenant d'Abraham l'ordre de Dieu concernant son fils. V. Yalcouth Siméoni, n° 936, et Raschi, dans son commentaire sur la Genèse, l. c.

 

a) Gen., XXI, 7.

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ZOHAR, I. – 11 a

Rabbi Siméon ouvrit une de ses conférences de cette façon : Il est écrita : « Alors Ézéchias tourna le visage du côté de la muraille et pria le Seigneur. » Remarquez combien grand est le mérite de celui qui étudie la doctrine, et combien celle-ci est supérieure à toutes les oeuvres ! Quiconque se consacre à l'étude de la doctrine ne craint rien, ni des êtres célestes, ni des êtres terrestres, ni aucun des maux qui accablent les hommes, attendu qu'il est attaché à l'arbre de la vie, qui l'instruit tous les jours. Car la doctrine apprend à l'homme à marcher dans la voie de la vérité; elle lui apprend la manière de revenir au Maître, pour détourner les maux que celui-ci a décrétés. C'est pourquoi il convient à l'homme de se consacrer à l'étude de la doctrine jour et nuit et de ne jamais s'en écarter, ainsi qu'il est écritb : « Méditez-la jour et nuit. » Quiconque néglige l'étude de la doctrine ou l'abandonne, est aussi coupable que s'il se séparait de l'arbre de la vie. Remarquez que le verset précité, relatif à la prière d'Ézéchias, nous sert d'avertissement. Quand, la nuit, l'homme se met au lit, il doit se soumettre de tout son coeur le royaume du ciel et confier son âme à la garde de Dieu; en agissant ainsi, il sera préservé de visions impures, et aucun mauvais esprit n'aura de pouvoir sur lui. Et le matin, quand l'homme sort du lit, il doit bénir son maître, entrer dans la maison de celui-ci, se prosterner avec beaucoup de recueillement et faire ensuite sa prière. Il doit aussi prendre conseil des saints patriarches, ainsi qu'il est écritc : « Et, me confiant dans l'abondance de votre miséricorde, j'entrerai dans votre maison; je me prosternerai devant votre saint palais, dans votre crainte. » La tradition nous apprend ce qui suit : L'homme ne doit jamais entrer dans la maison de prières, sans avoir préalablement consulté Abraham, Isaac et Jacob, qui instituèrentd les prières à adresser au Saint, béni soit-il. C'est pourquoi il est écrit : « Et, me confiant dans l'abondance de ta miséricorde, j'entrerai dans ta maison » ; ces paroles désignent Abraham ; « je me prosternerai devant ton saint palais », désignent Isaac; « dans ta crainte » désignent Jacob. L'invocation des patriarches doit

 

a) Isaïe, XXXVIII, 2. - b) Josué, I, 8. - c) Ps., v, 8. - d) V. Talmud, tr. Berakhoth, fol. 26a.

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ZOHAR I. – 11a, 11b

avoir lieu avant d'entrer dans la maison de prières, ainsi qu'il est écrita: « Et il m'a dit : Israël, tu es mon serviteur, et je me glorifierai en toi. »

Rabbi Pinhas avait coutume de fréquenter Rabbi Rehoumaï, demeurant au bord de la mer de Génésareth, Rabbi Rehoumaï était un grand homme. Accablé par les ans, il perdit la vue. II dit à Rabbi Pinhas : Ayant entendu dire que le fils de Jochaï, notre collègue, possédait une perle précieuse, j'éprouvais le désir de la voir. Elle répandait une lumière éclatante, pareille à celle du soleil, lorsque le matin, sortant de son fourreau, il éclaire le monde. Cette lumière descend du ciel sur la terre, et elle éclairera tout le monde jusqu'au jour où l'Ancien des temps s'assiéra sur le trône, ainsi que cela doit s'accomplir. Le dépositaire de cette perle, dont la lumière éclairera tout le monde, est de ma famille1b ; heureux ton sort ! Pars donc, mon fils, pars à la recherche de cette perle qui éclaire le monde, car l'heure t'est propice. Rabbi Pinhas quitta Rabbi Rehoumaï et s'embarqua sur un vaisseau en compagnie de deux autres hommes. Voyant deux oiseaux planer dans les airs au-dessus des eaux de la mer, il leur cria : Oiseaux, oiseaux, vous qui traversez les mers, pouvez-vous m'indiquer le séjour du fils de Jochaï ? Après une courte pause, il reprit : Oiseaux, oiseaux, allez et apportez-moi ce renseignement. Prenant leur vol, les oiseaux s'éloignèrent. Au bout de peu de temps, Rabbi Pinhas vit revenir les oiseaux, dont l'un tenait dans son bec un billet sur lequel était écrit ces mots : « Le fils de Jochaï a déjà quitté la grotte avec Rabbi Eléazar, son fils. » Se rendant alors auprès de Rabbi Siméon et le trouvant changé et le corps couvert de plaies, Rabbi Pinhas se mit à pleurer [11b] avec Rabbi Siméon, à qui il dit : Que je suis malheureux de te trouver dans un tel état ! Rabbi Siméon répondit : Que je suis heureux que tu m'aies vu dans cet état, car si tu ne m'eusses vu dans un

1. Rabbi Pinhas était le beau-fils de Rabbi Siméon, d'après le Talmud, tr. Sabbath, fol. 33b, ou son beau-père, suivant le Yalkouth Siméoni, n° 1089.

a) Isaïe, XLIX, 3. - b) V. Talmud, tr. Sabbath, fol. 33b.

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ZOHAR, I. – 11b

pareil état, je ne serais ce que je suis1. Rabbi Siméon fit alors une conférence touchant les commandements de la loi, en démontrant que les commandements que le Saint, béni soit il, a prescrits aux Israélites, se trouvent tous résumés dans l'histoire de la Genèse. Voici sa conférence :

Il est ecrita : « Au commencement créa Dieu. » Ces paroles résument le premier commandement, qui est appelé « la crainte du Seigneur »; car la crainte du Seigneur est désignée dans l'Écriture par le mot « commencement », ainsi qu'il est écritb : « Le commencement de la Sagesse, c'est la crainte du Seigneur », et affleure : « La crainte du Seigneur est le commencement de la Sagesse. » Elle est appelée « commencement » parce qu'elle est la porte qui donne accès à la foi, et parce qu'elle est le fondement sur lequel repose le monde. Il y a trois genres de crainte du Seigneur, dont deux sont blâmables et un seul louabled. Il y a des hommes dont la crainte du Seigneur n'a d'autres motifs que le désir de conserver la vie de leurs enfants el de les préserver d'une mort prématurée, ou bien la crainte des souffrances corporelles ou de pertes d'argent. Une crainte du Seigneur motivée par de telles raisons n'est point méritoire. Il y a d'autres hommes qui craignent le Saint, béni soit-il, parce qu'ils ont peur des châtiments de ce monde et des peines de l'enfer. Ces deux genres de crainte du Seigneur ne sont point méritoires. La seule crainte méritoire, c'est celle de l'homme qui craint son Maître parce qu'il est grand et tout puissant, parce qu'il est la racine de tous les mondes et parce que tout ce qui existe est nul à ses yeux, ainsi qu'il est écrite : « Tous les habitants de la terre sont devant lui comme un néant. « Quand la crainte du Seigneur est de cette nature, elle a pour effet de hâter l'heure où, de même qu'au ciel, la volonté de Dieu sera faite dans les régions inférieures appelées crainte » f.

 

1. Voir la suite de l'entretien de Rabbi Siméon avec Rabbi Pinhas au Z., III, 309a, aux additions.

 

a) Gen., I, 1. - b) Ps., CXI, 10. - c) Prov., I, 7. - d) Cf. Tiqouné Zohar, XI et XXIII. - e) Daniel, IV, 32, et Ps., XXXVIII, 6. - f) V. Zohar, I, 52b.

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ZOHAR, I. – 11b

En prononçant ces paroles, Rabbi Siméon s'écria en pleurant : J'ai de la peine à parler et j'ai de la peine à garder le silence. Si je parle, les méchants sauront comment servir leur Maître. Et en gardant le silence, je priverai mes collègues de la connaissance de ce fait que, de même que dans les régions supérieures il y a une crainte de Dieu, de même il y a en bas une crainte mauvaise. L'homme, dont la crainte du Seigneur est motivée par la crainte des peines, tombe au pouvoir des démons qui deviendront ses bourreaux. Une telle crainte n'est pas appelée une crainte du Seigneur, mais une crainte du mal. C'est pourquoi l'Écriture spécifie le genre de crainte qui est le commencement de la Sagesse : la crainte du Seigneur. Dans le premier verset de la Genèse, se trouve résumé ce commandement, qui est la base de tous les autres. Quiconque observe ce commandement arrive à observer tous les autres; et celui qui l'enfreint enfreindra tous les autres, attendu qu'il constitue la porte d'entrée de tous les commandements. C'est pourquoi il est écrit : « Be-reschith », c'est-à-dire, « avec le commencement », qui est la crainte véritable du Seigneur : «Créa Dieu, les cieux et la terre ». Celui qui viole l'un (la loi de la crainte) viole les commandements de la loi, et sa punition est désignée par les mots1 : « Et la terre était thohou et bohou; et les ténèbres couvraient la face de l'abîme; et l'esprit de Dieu planait sur les eaux. » Dans ce verset sont indiqués les quatre genres de peine capitale que l'on inflige aux coupablesa. Le mot «thohou» désigne la peine de la strangulation, ainsi qu'il est écritb : « Le cordeau de thohou. » Le mot « bohou » désigne la peine de la lapidation, parce que les pierres s'enfoncent dans le grand abîme pour la punition des coupables. Les mots « et les ténèbres » désignent la

1. S. et V. ont cette variante : « Comme la crainte du Seigneur est la seule base des cieux et de la terre, il s'ensuit que, si les hommes n'avaient pas cette crainte, les cieux et la terre s'effondreraient, ainsi que cela est arrivé aux coupables de Sodome. C'est pourquoi l'Écriture dit : Au commencement, créa Dieu, les cieux et la terre, c'est-à-dire : c'est sur la base de la crainte du Seigneur que Dieu créa les cieux et la terre. »

a) V. Talmud, tr. Sanhédrin, fol. 49b. - b) Isaïe, XXXIV, 11.

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ZOHAR, I. – 11b, 12a

peine de la combustion, ainsi qu'il est écrita : « Et lorsque vous avez entendu sa voix du milieu des ténèbres et que vous avez vu la montagne tout en feu », et un peu plus loin : « Nous avons entendu sa voix du milieu du feu. » Nous voyons donc que l'Écriture identifie ces deux mots « feu » et « ténèbres ». Les mots « et l'esprit de Dieu planait sur les eaux » désignent la peine de la décapitation par l'épée, parce que le vent de tempête est une épée aiguisée qui flamboie, ainsi qu'il est écrit b : « Et l'en ayant chassé, il mit des chérubins devant le jardin de l'Éden, qui faisaient étinceler une épée de feu, pour garder le chemin qui conduisait à l'arbre de vie. » Or, cette épée de feu porte le nom d' « Esprit ». Cette peine est destinée au châtiment des coupables qui ont violé les commandements de la Loi. Après avoir résumé le commandement de la crainte du Seigneur, appelé « commencement », commandement qui embrasse tous les autres, l'Écriture passe aux suivants.

Le second commandement est intimement lié avec celui de la crainte du Seigneur et n'en est jamais séparé; c'est l'amour parfait dont l'homme doit être pénétré à l'égard de son Maître. Et quel est l'amour parfait ? C'est l'amour de la perfection, qui est appelé le grand amour, ainsi qu'il est écrit c : « Marchez devant moi, et soyez parfait », c'est-à-dire soyez parfait dans votre amour. C'est pourquoi il est écrit : « Et Dieu dit : Que la lumière soit faite. » Par le mot « lumière » l'Écriture désigne l'amour parfaitd qui est l'amour de la perfection. Ce commandement concerne donc l'amour dont l'homme doit être pénétré envers son Maître. Interrompant la conférence de Rabbi Siméon, Rabbi Éléazar s'écria : Mon père, j'ai entendu une définition de l'amour parfait. Rabbi Siméon lui répondit : Mon fils, fais entendre ta définition pendant que Rabbi Pinhas est présent, car il pratique l'amour parfait. Rabbi Éléazar dit : L'amour parfait est celui qui se manifeste en deux circonstances différentes; car l'amour qui ne se manifeste pas également dans ces deux circonstances n'est [12a] point un amour méritant le nom de parfait. C'est pourquoi il a été enseigné que l'amour du Saint, béni soit-il, se manifeste en deux circonstances

 

a) Deutér., V, 20. - b) Gen., III, 24. - c) Gen., XVII, 1, - d) Cf. Zohar, II, 254b.

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ZOHAR, I. – 12a

différentes. Il y a des hommes qui aiment Dieu parce qu'il leur a accordé richesse, longévité, descendance mâle, autorité sur leurs ennemis, succès dans leurs entreprises. Ces mêmes hommes haïraient Dieu, si la roue de la destinée tournait et qu'ils fussent accablés de maux. Un tel amour de Dieu n'est pas méritoire. L'amour parfait est celui qui se manifeste également dans les deux circonstances différentes : dans l'affliction et dans la joie. C'est pourquoi la traditiona nous apprend qu'il faut aimer Dieu, même quand il nous ôte la vie. C'est aussi pourquoi la lumière répandue au moment de la création a été aussitôt cachée. Lorsqu'elle fut cachée, apparut la rigueur; et les deux contraires furent réunis pour qu'il y eût perfection (en aimant Dieu malgré sa rigueur) ; c'est en cela que se montre l'amour1. Ayant entendu ces paroles de Rabbi Éléazar, Rabbi Siméon l'embrassa; Rabbi Pinhas en fit autant et, après l'avoir béni, il s'écria : En vérité, c'est le Saint, béni soit-il, qui m'a conduit ici; car il m'a été annoncéb qu'un membre de ma famille possède une perle précieuse, dont la lumière parviendra au bout d'un certain temps à éclairer le monde entier. Reprenant le fil de son discours, Rabbi Éléazar dit : Évidemment, le commandement de la crainte du Seigneur ne peut être séparé d'aucun autre commandement, et encore bien moins de celui de l'amour parfait; car de même que l'amour du Seigneur doit se manifester alors même qu'on est accablé de maux, de même la crainte du Seigneur doit être pratiquée alors même qu'on est comblé de richesses afin qu'on ne pêche pas, d'une santé florissante, d'une descendance mâle et d'abondance. C'est pourquoi il est écritc : « Heureux l'homme qui est toujours dans la crainte», c'est-à-dire dont la crainte du Seigneur est comprise dans l'amour. Celui qui est l'objet de la rigueur (qui est malheureux) doit être animé de crainte et redouter son Maître, niais non endurcir son cœur. Voilà pourquoi il est écrit : Celui qui endurcit son cœur tombera dans le malheur,

 

1. C. a *** : « jusqu'à ce qu'arrivera la génération de la grâce. »

a) Mischnah, tr. Berakhoth, fol. 54e. - b) V. fol. 11a - c) Prov., XXIII, 14.

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Zohar, 1. – 12a

c'est-à-dire dans l'autre alternative qui s'appelle malheur. Ainsi, la crainte est associée aux deux alternatives et y est comprise en elle; et c'est là l'amour parfait. C'est pourquoi l'Écriture ajoute : « Mais celui qui a le coeur dur, tombera dans le mal. »

Rabbi Siméon continua sa conférence de la manière suivante : Le troisième commandement est de reconnaître qu'il y a un Dieu tout puissant et maître de l’univers, de proclamer chaque jour son unité dans les six directions célestes et d'en faire une unité, en disant les six mots du Schemaa; en outre, il faut, en les prononçant, manifester l'intention d'accomplir la volonté céleste. Dans la récitation de ce verset, il faut appuyer sur le mot « un », en prolongeant la voix pendant une durée pareille à celle qu'il faut pour prononcer six motsb1. C'est pourquoi l'Écriture ditc : « Que les eaux de dessous le ciel se rassemblent en un endroit un », c'est-à-dire que les eaux des fleuves qui se réunissent toutes dans l'océan, malgré les directions opposées de leur courant, servent de témoignage2 de l'unité des six directions célestes. C'est sur la lettre finale du mot «Ehad» qu'il faut appuyer; la lettre « d», ayant la valeur numérique de quatre, indique les quatre directions des fleuves qui témoignent de l'unité des six directions célestes. C'est pourquoi la lettre «d » du mot « Ehad » est, dans ce passage, plus grande que les autres lettres. L'Écriture ajoute : « Et que la terre ferme apparaisse », c'est-à-dire que la lettre ד(d), symbole de la terre ferme, démontre l'unité des six directions célestes. Car les antonymes que présente l'affirmation de l'unité des six directions se réduisent, en effet, à trois seulement : la direction sud étant le prolongement de celle du nord, celle de l'ouest de celle de l'est, celle d'en bas de celle d'en haut. Restent donc trois directions opposées en apparence : celles du nord au sud, de l'est à l'ouest et

1. M., C. et S. ont ***; A., LL., F., V. et B. ont *** et *** entre parenthèses. Dans tous les cas, il est hors de doute que le Z. entend par là une durée pareille à celle qu'il faut pour prononcer six mots. - 2. C., S. et P. ont***. Dans A. et V., la suite du passage se trouve aux ***, Z., I, 257a.

a) Deutér., VI, 4. - b) Cf. Talmud, tr. Berakhoth, 13b. - c) Gen., I, 9.

 

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ZOHAR, I. – 12a, 12b

du haut en bas. Or, suivant sa position, la lettre (d) figure ces trois directions, et pourtant elle ne forme qu'une unité. Après avoir attesté l'unité des six directions célestes, l'homme doit aussi proclamer l'unité de celles d'en bas, par la récitation d'un autre verset également composé de six motsa : « Béni soit-le nom-glorieux de-son règne-en toute-éternité. » b C'est en reconnaissant l'unité des trois directions symbolisées par la lettre ד (d) que l'homme marchera sur la « terre ferme » féconde en fruits et en arbres1. Voilà pourquoi il est écrit : « Dieu appela le continent terre. » L'unité d'en bas est attestée par la terre, qui lui plaît complètement. Aussi est-il dit à propos de la terre deux fois : « Dieu vit que c'était bien », une fois pour l'unité d'en haut, et une fois pour l'unité d'en bas. Étant ainsi constituée, la terre pouvait produire des fruits et des fleurs, comme il le fallait.

Le quatrième commandement est de reconnaître que «Jéhova» (Dieu) est « Élohim » (Seigneur), ainsi qu'il est écritc : « Reconnaissez donc en ce jour, et que cette vérité soit toujours gravée dans votre coeur, que Jéhova est Élohim. » C'est donc le devoir de l'homme de reconnaître qu'Élohim et Jéhova ne sont qu'un et ne constituent aucune dualité. Ce mystère est résumé dans les paroles de l'Écriture : « Que des lumières (M'oroth) soient faites dans le firmament des cieux. » L'Écriture désigne les deux essences divines (Jéhova et Élohim) qui n'en forment qu'une seule et ne présentent aucune dualité. Le mot «lumières » (M'oroth) est écrit sans « vav »d, ce qui indique un singulier pour nous dire que les deux ne font qu'une unité indivisible. De même que la lumière vue à travers le prisme parait être composée de blanc et de couleurs foncées, bien qu'en réalité elle soit une, de même les essences divines ne forment qu'une unité. [12b] C'est aussi le vrai sens de la colonne de fumée blanche, pendant le jour, et celle de feu pendant la nuit, marchant devant

1. V. Minliath Yehouda, fol. 13a.

a) Cf. Zohar, II, 149b et Schebibé Nogah, a. 1. - b) Phrase qui se récite après le premier verset du Schema. - c) Deutér., IV, 39. - d) V. Talmud tr. Houllin, fol. 60b.

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ZOHAR, I. – 12b

Israël dans le désert. Ces deux colonnes étaient le symbole des deux essences divines, qui correspondent au jour et à la nuit; et l'une se confond avec l'autre pour éclairer le monde, ainsi que nous avons expliqué précédemment les mots : « Afin qu'elles éclairent la terre. » C'est en quoi consiste le péché du premier serpent. Celui-ci a proclamé l'unité en bas et la diversité en hauta. C'est par cette doctrine qu'il attira sur les hommes les maux dont ils souffrent, attendu que l'homme doit au contraire proclamer la séparation en bas et l'unité en haut, c'est-à-dire qu'il doit proclamer l'unité de la lumière céleste à couleurs variées, et la distinction de l'essence de Dieu d'avec les choses matérielles qui forment le mauvais côté, c'est-à-dire le côté accessible aux démons. C'est pourquoi l'homme doit reconnaître l'unité absolue d'Élohim et de Jéhova; et lorsqu'il aura reconnu cette vérité, le démon disparaîtra également de ce monde matériel et n'aura aucun pouvoir même ici-bas. Tel est le mystère renfermé dans les mots : « Et qu'elles luisent dans le firmament du ciel. » De même que les méninges enveloppent le cerveau, de même les démons, qui sont la mort, enveloppent la lumière. Le mot « lumière » (Or) est le symbole de l'unité, en ce sens que les lettres dont il est composé sont, dans l'ordre alphabétique (d'abord A*aleph, ensuite O* vav et enfin r* resh); alors que le mot mort (Moth) (mem vav tau***) est le symbole de la séparation, vu que l'ordre alphabétique se trouve interverti dans la disposition des lettres qui le composent (d'abord * ensuite * et enfin *). Or, le mot « M'oroth » est composé de deux mots : « Or » et « Moth ». Si on supprime du mot « M'oroth » les lettres formant le mot « Or », qui désigne la lumière et symbolise l'unité, il ne reste que le mot « Moth », qui désigne la mort et qui symbolise la séparation. C'est par ces lettres qu'Eve a été cause du mal dans le monde, comme il est écritb : « Et la femme jugea que c'était bon. » Elle a pris les lettres de M'oroth à rebours, et il est resté m v (*** en retranchant * et *). Ces deux lettres ont emporté avec elles le taw (ת) (soit *** « mort »)

a) C'est-à-dire : « Il admettait l'Unité de Dieu avec l'Univers, mais il professait la triade des essences divines. » - b) Gen., III, 6.

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et c'est ainsi qu'elle a été cause de la mort dans le monde. Interrompant le discours de Rabbi Siméon, Rabbi Éléazar lui dit : Mon Père, nous avons appris par la tradition que lorsque la lettre «m» est restée seule - car la lettre «v », qui est le symbole de la vie, s'en alla delle-mêmea - Ève y ajouta «th », ainsi qu'il est écrit : « Et ayant pris », et plus loin : « Et en donna à son mari. »1 C'est ainsi que fut formé le mot « moth » qui désigne la mort. Pour guérir du péché originel il suffit d'ajouter à ce mot la lettre «a» (א), dont la valeur numérique est un, symbole de l'unité des essences divines, pour former le mot « Emeth »2, qui signifie vérité. Rabbi Siméon lui dit : Sois béni, mon fils, car c'est ainsi en effet que l'explication de ce mot nous a été transmise.

Le cinquième commandement se trouve résumé dans ce versetb : « Que les eaux produisent des esprits vivants. » Ce verset renferme trois commandementsc : L'un de se consacrer à l'étude de la doctrine, l'autre de pratiquer les paroles divines : « Croissez et multipliez-vous », et enfin, le troisième, de procéder à la circoncision le huitième jour après la naissance de l'enfant mâle et d'enlever le prépuce. Le cinquième commandement est donc de se consacrer à I'étude de la doctrine ésotérique, de l'approfondir et d'y faire des progrès chaque jour. Car, l'homme qui se consacre à l'étude de la doctrine ésotérique s'ennoblit grâce à l'âme supplémentaire dont le ciel le pourvoitd, ainsi qu'il est écrite : « Des esprits vivants », c'est-à-dire des esprits émanant de la région céleste appelée « vivant » (Hayâ). L'homme qui ne cultive pas la science ésotérique est dépourvu de la sainte âme supplémentaire; la sainteté d'en haut ne repose pas sur lui. C'est la voix de l'homme qui étudie la doctrine qui opère la descente de l'âme vivante émanant de la région céleste appelée «vivant» (Hayâ); et, grâce à elle, l'homme devient l'égal des anges, ainsi qu'il est écritf : « Bénissez le Seigneur, vous qui êtes ses anges », c'est-à-dire les

1. Ces deux mots commencent par un taw. - 2. LL. et B. ont *** Ces trois lignes manquent dans M.

a) Cf. Zohar, III, 236a. - b) Gen., I, 20. - c) V. Zohar, I, 46b. - d) Cf. Zohar, I, 62a. e) Ps., CIII, 20. -f) Ps., CIII, 20.

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ZOHAR, I. – 12b,

hommes qui étudient la doctrine et qui sont appelés « ses anges » sur la terre. C'est pourquoi l'Écriture dit : « Et les oiseaux qui volent sur la terre. »a Nous avons appris, en effet, que les hommes qui, durant leur vie sur la terre ont étudié la doctrine, seront pourvus par le Saint, béni soit-il, d'ailes1 comme des aigles, à l'aide desquelles ils parcourront la terre, ainsi qu'il est écritb : « Ceux qui espèrent au Seigneur trouveront des forces toujours nouvelles; ils prendront des ailes et voleront comme des aigles. » Les paroles de l'Écriture : « Et des oiseaux qui volent sur la terre », signifient donc que l'homme qui se consacre à l'étude de la doctrine ésotérique, appelée « eaux »c, sera pourvu d'une sainte âme supplémentaire émanant de la région céleste, appelée « vivant »d. C'est pourquoi David a dite : « Créez en moi, ô Dieu, un coeur pur », c'est-à-dire ouvrez mon coeur, ô Dieu, à l'étude de vos mystères, et ainsi : « Créez en moi un esprit sûr », c'est-à-dire, favorisez-moi de la sainte âme supplémentaire.

Le sixième commandement est relatif à la pratique des paroles divines : « Croissez et multipliez-vous. » Quiconque pratique le précepte de « croissez et multipliez-vous » contribue à ce que les eaux du fleuve céleste coulent toujours sans jamais tarirf et aillent remplir l'océan2. Car, à chaque naissance d'enfants, des âmes

 

1. C. et P. ont, entre parenthèses, cette variante : *** « et entoureront de toutes parts le Verbe de Dieu et l'assisteront au jugement dernier ». Il convient de comparer ce passage avec les paroles du Rédempteur (St Matthieu, XIX, 27) : « Et Jésus leur dit : Je vous dis en vérité que, pour vous qui m'avez suivi, lorsqu'au temps de la génération le Fils de l'homme sera assis sur le trône de sa gloire, vous serez aussi assis sur douze trônes, et vous jugerez les douze tribus d'Israël.» V. St Augustin, De civit. Dei, XX, ch. V, n° 5; St Chrysost., in Math. homn., LXV, et St Jérôme, a. 1. - 2. Par le terme ***, dit le Sepher ha-Pardès, ch. XIX, le Z. entend la région céleste appelée ***, où sont réunies toutes les âmes destinées à naître. Tant que toutes les âmes de cette région n'auront pas été revêtues de corps, la fin des temps n'aura pas lieu. Aussi, tous ceux qui s'abstiennent de pratiquer le précepte de « croissez et multipliez-vous » contribuent à prolonger le séjour des âmes dans ladite région, à faire durer les souffrances des humains et à retarder, enfin, l'heure de la résurrection des morts. (Cf. Talmud, tr. Yebamoth, 62a.) – Pourtant le Z. dit qu'à chaque naissance des âmes sont créées. Il faut tenir compte des opinions souvent différentes qu'exposent les divers interlocuteurs.

 

a) Voir S. Matth., XXII, 30. - b) Isaïe, XL, 31. - c) Cf. Talmud, tr. Taanith, 7a. - d) V. Zohar, I, 112b. - e) Ps., 12. - f) V. Zohar, 1, 152a et 186b.

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ZOHAR, I. – 12b, 13a

nouvelles sont créées et détachées de l'arbre céleste. Grâce à ces Ames nouvelles, les légions célestes s'accroissent. C'est pourquoi l'Écriture dit : « Que les eaux produisent des esprits vivants », c'est-à-dire que les eaux du fleuve céleste, qui prend sa source à la sainte et éternelle alliance, produisent toujours, ce qui équivaut à dire que ses eaux coulent toujours sans jamais tarir, et cela grâce aux esprits vivants, ou, en d'autres termes, grâce aux dates nouvelles, créées au moment de la naissance d'enfants. L'Écriture ajoute : « Et des oiseaux qui volent sur la terre », parce que, au moment où l'âme nouvellement créée traverse la région céleste appelée « vivant » (Hayâ), plusieurs anges l'accompagnent; et quand elle descend sur la terre, elle est accompagnée de ces anges qui l'ont suivie dès le moment où elle fut détachée de l'arbre céleste. Combien d'anges accompagnent chaque âme ? Deux, dont l'un se tient à droite, l'autre à. gauche. Si l'homme est digne, ces anges sont ses gardiens, ainsi qu'il est écrita : « Car il a commandé à ses anges de te garder dans toutes tes voies. » Si l'homme est indigne, ces anges deviennent ses accusateurs. Rabbi Pinhas dit : [13a] Le nombre des anges qui protègent l'homme quand il est digne est de trois, ainsi qu'il est écrit b : « Si un ange protecteur choisi entre mille plaide l'équité de l'homme,... » Les paroles « si un ange » désignent le premier ange ; « protecteur », le second ; et «choisi entre mille plaide l'équité de l'homme », le troisième. Rabbi Siméon dit : Les anges protecteurs sont au nombre de cinq, car l'Écriture ajoute : « ...Il aura compassion de lui, et il dira. » « Il aura compassion de lui » désigne un quatrième ange; « et il dira » en désigne un cinquième. Rabbi Pinhas dit à Rabbi Siméon : Tes paroles sont inexactes ; car les paroles : « Il aura compassion de lui » désignent le Saint, béni soit-il, attendu que c'est à lui seul qu'est réservée la compassion. Rabbi Siméon lui répondit : Tu as raison. Celui qui s'abstient de pratiquer le précepte de « croissez et multipliez-vous » diminue - s'il est permis

a) Ps., XCI, 11. - b) Job, XXXIII, 23.

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ZOHAR, I. – 13

de s'exprimer ainsi - la figure céleste, centralisatrice de toutes les figuresa, arrête le cours du fleuve céleste et souille l'alliance sainte. C'est à des hommes agissant ainsi que font allusion les paroles de l'Écritureb : « Ils sortiront pour voir les corps morts de ceux qui ont péché contre moi. » L'Écriture dit « contre moi », parce que ce péché est contre Dieu lui-même. L'âme d'un tel homme ne pénétrera jamais dans le vestibulec du paradis et sera repoussée du monde céleste.

Le septième commandement est de circoncire les enfants mâles le huitième jour de leur naissance et d'enlever la souillure du prépuce. Car la région céleste appelée « vivant » (Hayâ), d'où émanent les âmes, forme le huitièmed des contrées célestes ; c'est pourquoi tout enfant mâle ne doit être circoncis qu'au huitième jour de la naissance. Les nouveau-nés dont les âmes, au lieu d'émaner de la région céleste appelée « vivant » (Hayâ), proviennent des régions des démons, meurent dans les huit jours de leur naissance1. Tel est le sens de ces motse : «Que les eaux produisent des esprits vivants. » Dans le livre d'Hénoch se trouve décrite la configuration du fleuve céleste dont les eaux constituent la semence sacrée des âmes. Ce fleuve a la forme de la lettre Yod (י) ; c'est pourquoi la chair sainte est marquée de la même lettre2. L'Écriture ajoute : « Et oiseau qui vole sur la terre. » Ces paroles font

1. Aussi ne doit-on pas procéder à l'opération de la circoncision avant le huitième jour, afin d'être certain que l’âme de l'enfant émane de la région céleste appelée « vivant» (Hayâ). Tel est le sens des paroles de l'Écriture : « Que les eaux produisent des esprits vivants », c'est-à-dire que les eaux du fleuve céleste parcourant la région appelée « vivant » (Hayâ) produisent des âmes vivantes, ou, en d'autres termes, des âmes demeurant longtemps attachées au corps, alors que les âmes provenant des régions des démons se séparent des corps avant huit jours. Le Sepher ha-Pardès, ch. XXXVII, dit : « J'ai vu des manuscrits du Zohar faits à Jérusalem, en l'an CCIX (1449), où ce passage ne figurait point dans le texte, mais dans une note marginale.» Il n'est pas non plus dans l'édition de Mantoue. - 2. On a vu précédemment (fol. 7b) que l'homme en naissant est marqué des lettres composant les soixante-douze noms divins, qui ne s'effacent qu'à l'heure de la mort. Le Z. veut apparemment dire ici que, entre les lettres mentionnées, la chasteté empreint sur l'homme la lettre Yod.

a) Cf. Zohar, I, 186b, 187a; II, 105b,107a; III, 5b, 7a, 59a et 145b. - b) Isaïe, LXVI, 24. - c) V. Zohar, I, 85b, 91a, 115a, 187b et 228b. – d) Cf. Zohar, I, 33a. - e) Gen., I, 20.

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ZOHAR, I. – 13b

allusion à Élie qui franchit l'espace en quatre vols pour assister à chaque circoncisiona. Avant l'opération, il faut installer un trône à Élie et le lui destiner verbalement en disant : c'est le trône d'Élieb; sinon, celui-ci n'y vient pas1. L'Écriture ajoute ensuite : « Dieu créa les grands poissons. » Ces paroles font allusion aux deux poissons, mâle et femelle, appelés Léviathan. Ces deux poissons sont le symbole de la forme mâle et femelle qui se manifeste dans toute l'oeuvre de la création. Or, la circoncision consiste également en deux opérations : le retranchement du prépuce, emblème du mâle, et la mise à nu du glande, emblème de la femelle2. Les paroles « et tout être vivant qui a mouvement », font allusion au signe sacré dont sont marqués tous les enfants qui possèdent des âmes émanant de la région appelée « vivant » (Hayâ), ainsi que cela a été dit précédemment. Les paroles : « Que les eaux produisent selon son espèce », font allusion au signe de la lettre Yod (י), qui est le symbole de la configuration du fleuve céleste, source3 de toutes les âmes, et qui constitue le sceau sacré et pur des Israélites, ici-bas, afin qu'il y ait une distinction entre le côté saint et le côté des démons qui est profane. De même que les Israélites sont marqués, afin qu'il y ait une distinction entre eux qui sont saints, et les païens dont les âmes émanent toutes des démons qui sont profanes, de même le bétail et les volailles des Israélites sont marqués pour être distingués de ceux des païens. Heureux le sort des Israélites !

Le huitième commandement est d'aimer le converti qui vient se faire circoncire pour entrer sous les ailesd de la Schekhina; car celle-ci prend sous ses ailes tous ceux qui se séparent du côté des démons pour venir à elle, ainsi qu'il est écrit : « Que la terre produise des esprits vivants selon son espèce. » L'Écriture veut nous indiquer que les âmes des convertis ne retourneront4 pas dans la

1. 2. 3. Même remarque qu'à la note 1 de la page précédente. - 4. S. et F. ont *** « passeront », au lieu de *** « monteront ». « Les âmes des gentils convertis ne passeront pas par Hayâ, mais sous les ailes de la Schekhina.» Voir Minhath Yehouda, 143b.

a) Cf : Talmud tr. Berakhoth, 4b. - b) V. Zohar, I, 93a. - c) V. Zohar, III, 91b. -d) V. Zohar, II, 70a

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ZOHAR, I. – 13b

région céleste appelée «vivant» (Hayâ), où vont les âmes des Israélites après leur séparation du corps, mais qu'elles entreront sous les ailes de la Schekhina. C'est pourquoi l'Écriture dit « selon son espèce ». Car chacune des ailes de la Schekhina embrasse plusieurs compartimentsa ; l'aile droite en contient deux .qui servent de passage aux âmes des Israélites lorsque, après leur séparation du corps, elles montent pour retourner dans la région céleste appelée « vivant ». L'aile gauche en renferme deux autres, qui sont destinées à « Amon » et « Moab »1. De2 ces deux compartiments émanent les âmes dont sont pourvus les convertis. Toutes les âmes, celles émanant de la région céleste appelée « vivant » (Hayâ), aussi bien que celles provenant de sous les ailes de la Schekhina, sont désignées sous le nom d' « esprits vivants » ; seulement ces dernières sont d'une espèce différente. Aussi l'Ecriture, en parlant des âmes des convertis, dit-elle : « selon son espèce » ; car ces âmes, étant d'une espèce différente, ne parviendront, après leur séparation du corps, que jusque sous les ailes de la Schekhina, mais non pas plus loinb. Tandis que les âmes des Israélites, qui émanent du corps même de l'arbre céleste, y retourneront après leur séparation des corps. C'est à ce mystère que font allusion les paroles de l'Écriturec : « Et vous serez une terre de délices », c'est-à-dire : la région où retourneront les âmes des Israélites sera beaucoup plus délicieuse que celle où vont reposer les âmes des convertis. C'est pourquoi Israël est appelé « Fils chéri », parce que Dieu lui a donné une meilleure part qu'aux convertis. Les Israélites sont également appelésd : « Ceux que je porte dans mon

1. Ce passage embarrasse les auteurs rabbiniques, attendu que le Talmud, d'après l'Écriture (***), exclut Amon et Moab de toute participation à la vie future. « Peut-être, dit le célèbre auteur du Noda Bihoudah (part. eben haézer, § 94), qu'après l'avènement du Messie tous les peuples participeront à la vie éternelle. » - 2. Tout ce passage, à partir de*** jusqu'au commencement du neuvième commandement, ne figure ni dans LL., ni dans B., ni dans P. Le Etz ha-Hayim, ch. LXXXVI, cite textuellement le même passage, à deux légères variantes près, tiré du manuscrit d'un ancien auteur, - ce qui prouverait son caractère apocryphe et le daterait postérieurement à 1512.

a) Cf. Zohar, H, 95'. - b) V. Zohar, III, 168'. - e) Malachie, nt, 12. - d) Isaïe, xLVI, 3.

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ZOHAR, I. – 13a, 13b

sein, que je renferme dans mes entrailles », parce que les âmes des Israélites retournent, après leur séparation des corps, dans l'intérieur de l'arbre céleste même, d'où elles émanent et d'où elles ne sortiront jamais plus. Mais les [13b] âmes des convertis n'ont aucune part de l'arbre céleste, et à plus forte raison elles n'y rentreront pas ; elles n'ont qu'une part des ailes, et pas plus; aussi ne parviendront-elles pas plus loin que sous les ailes de la Schekhinaa. L'Écriture parle des convertis sincères1 ; ce sont les âmes de ceux-ci qui parviendront au séjour céleste que nous venons d'indiquer. C'est pourquoi l'Écriture ditb : « Que la terre produise des esprits vivants selon son espèce », c'est-à-dire, la part des âmes des convertis sera, au ciel, inférieure à celle des âmes des Israélites. Et l'Écriture ajoute : « Les animaux, les reptiles et les bêtes de la terre selon leurs espèces », c'est-à-dire, de même que les animaux diffèrent les uns des autres, bien qu'ils soient tous animés d'un même souffle de vie, de même les âmes humaines diffèrent les unes des autres, bien qu'elles émanent toutes du ciel.

Le neuvième commandement est d'avoir compassion du pauvre et de lui accorder la nourriture, ainsi qu'il est écritc : « Faisons l'homme à notre ressemblance. » L'Écriture se sert du pluriel : « Faisons », pour nous indiquer que la création de l'homme a été opérée par les deux essences divines qui sont symbolisées par le mâle et la femelle. «A notre image » veut dire les riches; «à notre ressemblance » veut dire les pauvres; car le mâle, c'est la richesse, et la femelle, c'est la pauvreté. Or, de même que les deux essences divines ne forment qu'une seule, parce que l'une protège2 l'autre, se l'assimile et la comble de bienfaits, de même parmi les hommes, ici-bas, le riche et le pauvre, symboles du mâle et de la femelle, ne doivent former qu'un, en donnant l'un à l'autre et en faisant

1. C'est-à-dire ***, qu'il faut distinguer de ***. - 2. Le Z. ne veut pas dire que les essences divines se protègent l'une l'autre, mais que les mâles et femelles qui en sont l'image se protègent et se comblent réciproquement de bienfaits. *** se rapporte à ***. C'est ainsi également que le texte est interprété par le Minhat Yehouda, fol. 146a.

a) V. Zohar, I, 96a; III, 22a et Tiqouné Z., VI. - b) Gen., I, 20. - c) Gen., I, 26.

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ZOHAR, I. – 13b

du bien l'un à l'autre. L'Écriture ajoute : « Et qu'il commande aux poissons de la mer, aux oiseaux du ciel, aux bêtes, à toute la terre et à tous les reptiles qui se meuvent sur la terre. » Dans le livre du roi Salomon, nous avons vu le mystère suivant : Quiconque assiste un pauvre par un sentiment de commisération conservera toujours sur son visage le sceau dont était marqué le visage du premier homme. Tant que l'homme porte sur son visage l'empreinte d'Adam, il en impose à tous les animaux du monde, ainsi qu'il est écrita : « Que tous les animaux de la terre et tous les oiseaux du ciel soient frappés de terreur et tremblent devant vous. » Car c'est la seule loi imposée par le créateur à tous les animaux et observée par ceux ci instinctivement de craindre tout homme qui porte sur son visage le sceau dont fut marqué le visage d'Adam. Tant que l'homme compatit avec le pauvre, il conserve ce sceau sur son visage. D'où le savons-nous ? Nous le savons de Nabuchodonosor. Bien qu'il ait eu le songe que l'on sait, aucun mal ne lui est arrivé et le songe ne s'est pas réalisé tant qu'il a pratiqué les oeuvres de miséricorde envers les pauvres; mais aussitôt qu'il eut cessé de secourir les pauvres, il arriva ce qui est exprimé dans les paroles de l'Écritureb : « A peine le roi avait prononcé cette parole, qu'on entendit cette voix du ciel, etc. », c'est-à-dire, le sceau d'Adam fut effacé de son visage et il cessa d'être homme. C'est pourquoi l'Écriture se sert, pour exprimer la création de l'homme, du mot «faire », ainsi qu'il est écrit : « Faisons l'homme », afin de nous indiquer que pour conserver l'empreinte du premier homme, il faut être charitable2, le mot « faire » exprimant la charité, ainsi qu'il est écritc « Le nom de l'homme avec qui j'ai fait aujourd'hui est Booz. »

Le dixième commandement est de porter des phylactères et de reproduire ainsi l'image céleste, car « Dieu créa l'homme à son image ». Rabbi Siméon continua : Il est ecritd : « Ta tête est

1. C. et LL. ont *** « Tant que l'homme est charitable il est homme; mais en manquant à la charité il devient l'égal de la bête. »

a) Gen., IX, 2. – b) Daniel, IV, 28. - c) Ruth, II, 19. - d) Cant., VII, 6.

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ZOHAR, I. – 13b

comme le Carmel. » Ce verset a déjà été interprété d'une certaine façon; mais il a encore un autre sens. « Ta tête est comme le Carmel » désigne le phylactère de la tête qui présente l'image de la tête céleste, c'est-à-dire du nom sacré du Roi céleste : Jéhova (`****). Chacunea de ces lettres du nom sacré est représentée, dans le phylactère de la tête, par une section biblique. Les quatre sections bibliques renfermées dans les quatre compartiments du phylactère de la tête sont les commentaires des quatre lettres du nom sacré, dans l'ordre où elles se suivent. C'est pourquoi la tradition nous apprend que les paroles de l'Écriture b : « Tous les peuples de la terre verront que tu portes le nom du Seigneur, et ils te crain­dront » désignent le phylactère de la têtec, parce que les sections renfermées dans ce phylactère sont les commentaires des quatre lettres du nom divin. La première sectiond : « Sanctifiez-moi tout aîné qui ouvre le sein », est le commentaire de la lettre Yod (י), l'aînée de toutes les saintetés célestes. Cette lettre ouvre le sein de la seconde lettre pour provoquer la fécondité. La lettre Yod est pourvue à sa base d'un délié qui symbolise l'ouverture du sein. C'est cette lettre qui constitue la première des saintetés. La seconde sectione : « Et lorsque le Seigneur vous aura fait entrer » est le commentaire de la lettre Hé (*), dont le sein s'ouvre par Yod. C'est par cinquante ouvertures1 des palais célestes et mystérieux que le Verbe de Yod pénètre à Hé pour faire entendre la voix du cor (Schofar). Le Schofar (cor) est fermé de tous côtés ; et le Yod vient l'ouvrir pour faire entendre le son, signe de la liberté, qui annonce l'affranchissement des esclaves. C'est par le son du Schophar que les Israélites sont sortis de l'Égypte; et c'est aussi au son du Schophar que se fera la délivrance, à la fin des jours. Toute délivrance est annoncée par le Schophar. Et c'est pourquoi il est question, dans la seconde section, de la sortie d'Égypte qui s'est opérée au son du Schophar. Telle est l'interprétation de Hé, seconde lettre du nom sacré. La troisième`

1. V. à ce sujet le Sepher Yetzira, ch. VII.

a) Cf. Zohar, III, 258a, 269a et 292b. - b) Deut., XXVIII, 10. - c) Talmud, tr. Berakhoth, 6a. - d) Exode, VIII, 2. - e) Exode, XIII, 5.

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ZOHAR, I. – 13b, 14a

sections, renfermant le mystère de l'Unité : « Écoutez, Israël, le Seigneur notre Dieu, le Seigneur est un », est le commentaire de la lettre Vav (*). Celle-ci procède des deux précédentes qu'elle unit; elle en forme le trait d'union. La quatrième sectionb, est : « Si vous obéissez aux commandements. » Cette section, renfermant des paroles de deux natures différentes : paroles de consolation et paroles d'avertissements comminatoires1, [14a] se rapporte à la communauté d'Israël, auquel est confié tout pouvoir en ce bas monde, et qui est désigné par le Hé final, quatrième lettre du nom sacré, qui contient les lettres précédentes et est formée par elles. Ainsi, les phylactères sont les commentaires des lettres qui constituent le nom sacré. C'est pourquoi l'Écriture dit : « Ta tête est comme le Carmel », c'est-à-dire le phylactère de la têtec. L'Écriture ajoute : « Et les cheveux de ta tête sont comme la pourpre. « Or, au lieu de se servir du mot « Saàr» pour désigner les cheveux, elle emploie le mot « Dalath », dérivant de « Dal » et exprimant la pauvreté. C'est qu'elle veut nous indiquer le phylactère du bras qui symbolise la pauvreté, alors que celui de la tête symbolise la richesse. L'Écriture ajoute ensuite : « Le roi lié dans des plis », c'est-à-dire, le nom sacré du Roi céleste se trouve exposé dans les quatre compartiments du phylactère. Quiconque porte les phylactères est un homme « fait à l'image de Dieu » ; car, de même que l'essence de Dieu se trouve unie dans les quatre lettres du nom sacré, de même cet homme en unit l'explication dans les quatre compartiments du phylactère. C'est pourquoi l'Écriture ajoute : « II les créa mâle et femelle. » Les phylactères de la tète et du bras sont également le symbole de mâle et de femelle ; et pourtant, leur contenu étant identique, ils ne forment qu'un seul.

Le onzième commandement est de prélever la dîme sur les produits de la terre. Le verset de la Genèse qui fait allusion à ce

1. Les paroles de consolation sont exprimées clans les versets 14 et 15 (Deutér., XI) et les paroles d'avertissements comminatoires dans les versets 16 et 17.

a) Deutér., VI, 4. - b) Ibid., XI, 13.- e) Cf. Zohar, II, 43a et III, 264a.

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ZOHAR, I. – 14 a

commandement en renferme, en réalité, deux : celui de la dîme des produits de la terre et celui de la dîme des prémices des arbres. Le premier commandement est résumé dans les paroles a : « Je vous ai donné toutes les herbes qui portent leur graine sur la terre. » L'Écriture se sert ici du mot « donné »; et ailleurs b il est dit : « Et aux enfants de Lévi j'ai donné toutes les dîmes d'Israël »; et autre part c encore : « Toutes les dîmes de la terre, soit des grains, soit des fruits des arbres, appartiennent au Seigneur et lui sont consacrées. » 1

Le douzième commandement est d'apporter les prémices des arbres, ainsi qu'il est écrit d : « Et tous les arbres qui renferment en eux-mêmes leur semence, chacun selon son espèce, afin qu'ils vous servent de nourriture. » Dieu a dit : Bien que tout ce qui m'est consacré soit défendu à manger, je vous permets de manger toutes les dîmes des produits de la terre et des prémices des arbres; c'est pourquoi l'Écriture dit : « Afin qu'ils vous servent de nourriture » : à vous et non aux générations futures.

Le treizième commandement est de racheter l'enfant premier-née et de l'attacher ainsi à la vie. Car il y a deux anges, dont l'un est préposé à la vie, l'autre à la mort, qui se tiennent toujours près de l'homme. Et lorsque l'homme rachète son fils, il le soustrait aux mains de l'ange préposé à la mort et empêche celui-ci d'exercer son pouvoir sur l'enfant. Ce mystère est renfermé dans les paroles : « Et Dieu vit que tout ce qu'il avait fait était très bon. » Le mot « bon » désigne l'ange de la vie; le mot « très », l'ange de la mort. En rachetant le premier-né, l'homme confère la prédominance à l'ange de la vie, alors que l'ange de la mort faiblit à la suite du rachat, ainsi que nous l'avons dit, et ne s'attache plus à l'enfant.

Le quatorzième commandement est d'observer le repos du jour du Sabbat, attendu que Dieu s'est reposé en ce jour de la création.

1. Cette déduction, tirée d'une similitude de mots, forme une des treize règles herméneutiques appelée ***.

a) Gen., I, 29. – b) Nombres, XXVII, 21. - c) Lévit., XXVIII, 30. d) Gen., l. c. - e) Exode, XIII, 2.

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ZOHAR, I. – 14 a, 14 b

Le commandement relatif au jour du Sabbat se subdivise en deux : l'un est d'observer le repos en ce jour et de s'abstenir de tout travail, et l'autre de le sanctifier. Pour ce qui est du repos sabbatique, nous avons déjà dit qu'il a été ordonné à la suite du repos que Dieu a observé en ce jour après la création. Toutes les oeuvres de la création furent achevées avant le jour du Sabbat. Lorsque arriva l'heure sacrée du Sabbat, plusieurs esprits sont restés inachevés, le temps ayant manqué de les pourvoir de corps. Ces esprits forment la légion des démons. On pourrait se demander. Le Saint, béni soit-il, ne pouvait-il donc pas reculer l'heure sacrée du Sabbat, pour avoir le temps de pourvoir de corps ces esprits ? Mais la vérité est que l'arbre du bien et du mal a incité à la révolte plusieurs esprits avant même qu'ils fussent pourvus de corps. Ces esprits ont conçu le plan de descendre sur la terre, une fois pourvus de corps, et de s'emparer du monde. Dieu classa alors les esprits en deux catégories : les bons furent placés à côté de l'arbre de la vie et les mauvais à côté de l'arbre du bien et du mal a. Il commença ensuite par pourvoir de corps les esprits de la première catégorie; et lorsque le moment fut arrivé d'en pourvoir ceux de la seconde, le Sabbat vint interrompre l'oeuvre de la création. Si ces b esprits eussent été pourvus de corps, le monde n'aurait pu exister, pas même la durée d'un clin d'oeil. Mais le Saint, béni soit-il, a créé le remède avant le mal, en faisant devancer l'heure du Sabbat; grâce à ce remède, le monde subsiste. Contrairement au plan qu'ils avaient conçu de peupler le monde avec leur descendance, les mauvais esprits éprouvaient la mortification de voir les bons esprits, revêtus de corps, accomplir, dès la nuit du premier Sabbat, le devoir de la procréation, alors que, dépourvus de corps, ils étaient impuissants à en faire autant. C'est pourquoi les sages, qui connaissent le fait relaté, bornent leurs relations conjugales au jour du Sabbat c, [14 b] afin de montrer aux esprits du mauvais côté combien sont supérieurs les esprits du côté saint, qui, pourvus de corps, peuvent accomplir le devoir de la procréation. Les mauvais

a) Cf. Tiqouné Zohar, IX, XIII et XIX. - b) Cf. Talmud, tr. Berakhot, fol. 6a. - c) Cf. Talmud, tr. Ketouboth, fol. 62b, et tr. Baba Kamma, fol. 82a.

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ZOHAR, I. – 14 b

esprits sortent en foule et font le tour du monde, dans l'espoir de surprendre quelqu'un qui, nu, entretient des relations conjugales à la lumière d'une lampe; car les enfants nés de ces relations seront épileptiques, parce que les esprits démoniaques s'attachent à ces enfants dès leur naissance. Ceux qui sont atteints de cette infirmité finissent par être possédés de la femelle des démons, appelée « Lillith », qui les tue. Aussitôt le jour sacré du Sabbat arrivé et la sainteté céleste répandue dans le monde, les démons, saisis de terreur, vont se cacher pendant la nuit et le jour du Sabbat, excepté «Assimon », qui est autorisé à parcourir le monde, accompagné de son escorte, pendant la nuit du Sabbat, pour rechercher ceux qui, nus, entretiennent des relations conjugales. Mais, la nuit passée, ils sont obligés d'aller se cacher dans le profond abîme. Lorsque le jour du Sabbat est passé, de nombreuses légions de démons reparaissent dans le monde qu'elles parcourent dans tous les sens. C'est pourquoi on a institué la récitation du Psaume XCI contre les démons, psaume que le saint peuple récite à la fin du sabbat, afin d'être préservé des mauvais esprits. Vers quel endroit les démons se dirigent-ils d'abord à la fin du Sabbat, quand ils fuient précipitamment et que tandis qu'ils comptaient dominer dans le monde sur le peuple saint, ils voient les Israélites réciter des prières et ce Psaume, puis la liturgie de « séparation »1 a qu'on prononce en tenant en main une coupe de vin ? Ils s'envolent précipitamment et vont se cacher dans le désert. Que Dieu nous préserve des démons ainsi que de tous ceux qui émanent du mauvais côté. Nos maîtres, d'heureuse mémoire, nous ont transmis l'enseignement suivant : par trois mauvaises actions l'homme s'attire le mal. D'abord l'homme qui se maudit lui-même; ensuite, celui qui jette par terre du pain ou des miettes

1. *** (Habdala). Cette cérémonie se pratique non seulement à la fin du Sabbat, mais à la fin de tous les jours fériés; elle consiste à tenir une coupe de vin dans la main droite et à réciter quelques versets de Psaumes, renfermant des mots de « distinction » ou de « séparation ». Elle remonte à une haute antiquité; et Origène croit y voir l’image de la Cène.

a) V. Talmud, tr. Berakhot, fol. 52a, et tr. Pessabim, fol. 103, 104 et 105.

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ZOHAR, 1. – 14 b

de la grandeur d'une olive, et enfin celui qui, à la fin du Sabbat, allume une chandelle avant que les Israélites aient récité la liturgie de la « séparation ». En allumant, le samedi soir, une chandelle avant l'heure réglementaire, on est cause que les feux de l'enfer sont allumés avant l'heure. Car il y a en enfer un endroit réservé, où ceux qui ont profané le Sabbat, comme tous les autres damnés, sont à l'abri du feu de l'enfer pendant toute la durée du Sabbat. Tous ces damnés chargent de malédictions celui qui, à la fin du Sabbat, allume la chandelle avant l'heure réglementaire; ils disent a : « Le Seigneur va te faire transporter ici, comme un coq les pieds liés, et il t'enlèvera aussi facilement qu'un manteau qu'on met sur soi. Il b te couronnera d'une couronne de maux ; il te jettera comme on jette une balle dans un champ large et spacieux. « Ainsi, il ne convient pas d'allumer une chandelle, à la fin du Sabbat, avant que les Israélites n'aient fait leurs prières et récité, sur une coupe de vin, la liturgie de « séparation ». Tant que dure le Sabbat, la sainteté de ce jour impose un repos absolu au ciel aussi bien qu'à l'enfer; les châtiments des coupables sont suspendus et les esprits célestes préposés aux diverses fonctions demeurent inactifs. Toute l'activité reprend dès que les Israélites ont récité cette formule c : « Sois béni, Seigneur, qui sépares le saint du profane. » A ce moment, la sainteté céleste se retire de ce monde, et les esprits retournent chacun à sa fonction. Aussi, les préposés de l'enfer ne sont-ils autorisés à y allumer les feux avant de voir la lumière chez les Israélites. C'est pourquoi ces préposés sont appelés « les Veilleurs du feu », parce qu'ils sont obligés de voir si les Israélites ont déjà allumé. Telle est la raison pour laquelle celui qui, à la fin du Sabbat, allume la chandelle trop tôt, s'attire la malédiction des damnés de l'enfer. Mais celui, au contraire, qui tarde, en ce jour, d'allumer la chandelle, s'attire de ces mêmes damnés toutes les bénédictions du Saint, béni soit-il; ils disent à cet homme d : « Que Dieu te donne une abondance de la rosée du ciel et de la graisse de la terre. Sois e béni dans la

a) Isaïe, XXII, 17. - b)ibid., 18. -c) Cf. Talmud, tr. Pessahim, fol. 105a. - d) Gen., XXVII, 28. - e) Deutér., XXVIII, 3.

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ZOHAR, 1. – 14

ville, et sois béni dans les champs, etc. Heureux a l'homme qui a de l'intelligence sur le pauvre : le Seigneur le délivrera dans le jour du mal. » Pourquoi l'Écriture n'emploie-t-elle pas le terme « dans le mauvais jour », au lieu de « dans le jour du mal » ? Parce que l'Écriture parle du jour où le démon voudrait s'emparer de l’âme d'un homme; c'est alors que le Seigneur l’en délivrera. Par le terme « pauvre » l’écriture désigne une âme malade par suite des péchés contre le Saint, béni soit-il. D'après une autre interprétation, les paroles « le Seigneur le délivrera dans le jour du mal » font allusion au dernier jugement du monde; c'est alors que le Seigneur saura délivrer l'homme ; « le jour du mal » signifie : quand le dernier jugement sévira dans le monde1.

1. Dans l'appendice, à la fin de la première partie du Z., fol. 251a, n°1, on trouve le passage que certains commentateurs supposent devoir former le commencement de la section Bereschith.

a) Ps., XLI, 2.
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[1] Le Zoharé Hammah, d'après un ms. de Palestine, lit « Rabbi Éléazar ».

[2] Selon tous les commentateurs hnwvw tyav hnwvw tyad Nynb est une glose ou note marginale expliquant l'expression Mycvch Nyb Aussi dans toutes les éditions, excepté M., ces mots sont-ils placés entre parenthèses.

[3] M. et S. ont Nvrqav au lieu de Nvnyav.

 

 
Thursday, February 19, 2009
  instructions aux élus coën coen cohen kohen

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5e Instruction du vendredi 21 janvier 1774

 

(27)      A l'entrée du temple de Salomon étaient deux colonnes égales de 18 coudées de haut, cell